Suite des articles autour de la coopération

Coopérations

Le groupe "Hybridation en coopération ouverte" créé à la sortie du premier confinement sur Riposte Créative Pédagogique montre l'intérêt d'un partage d'expériences, de ressources face à une crise qui bouleverse les conditions de formation. La vingtaine de webinaires réalisés ou en cours en sont un reflet vivant.

Face à une crise écologique qui touche à l'existence même de la société humaine sur terre, voici maintenant la création du groupe "Transition en coopération ouverte" justifiée par l'urgence de la crise. Ce nouveau groupe en coopération ouverte (pour un monde vivable et désirable) [1] privilégie les productions et contenus réutilisables .

Avec un second webinaire le 30 juin à 16h

L'agenda du groupe

Un second webinaire le 30 juin à 17h
Une rencontre pour échanger sur les coopérations possibles, les ressources à mutualiser et un programme à co-construire.

Proposition pour la rencontre

  • Présentation de la dynamique
  • Petit exercice collaboratif : souvenirs du futur
  • Nos premier plus petit pas possibles

- pour participer au webinaire bientôt le lien pour s'inscrire
- pour s'abonner à la liste d'échanges

Et déjà une collecte sur le pad pour

  • noter un liens sur la transition écologique dans l'enseignement supérieur
  • indiquer une envie de faire

Et enrichir les bases de données ressources et initiatives

Avec les formulairer
- saisir une ressource,
- saisir une initiative
il est facile de signaler une ressource ou une initiative
autour de la transition écologique dans l'enseignement supérieur francophone qui complète la centaine de ressources déjà partagées.


De la mutualisation à la coopération ouverte

Depuis 6 ans, Le magazine Innovation pédagogique met en réseau les publications d'une trentaine de sites qui acceptent de partager leur contenu. Au fil des années, la production éditoriale et la notoriété du site se sont accrues comme en rend compte ce graphe des visiteurs mensuels :

Avec la crise du Covid, les échanges d'expériences, réflexions, se sont multipliés avec plus de 200 articles publiés autour de l'hybridation et de la "Riposte Pédagogique". Dans un temps de crise où le monde ne peut plus fonctionner comme avant, l'urgence pousse de nombreuses personnes à coopérer au delà de leur seul établissement.

Pour favoriser cette coopération ouverte, un espace collaboratif "Riposte Créative Pédagogique, a été créé à l'image de Riposte Créative Territoriale [2] initié avec la direction Innovation du CNFPT et d'une dizaine d'autres espaces s'appuyant sur le même outil et la même démarche d'écriture ouverte et de partage des contenus.

Nous y apprenons un partage de ressources, de retours d'expériences au delà de nos établissements [3] avec par exemple le groupe "Hybridation en coopération ouverte" et la vingtaine de webinaires réalisés.

Alors que les publications sur Innovation pédagogique sont proposées à la publication par leur auteur ou via un flux RSS, dans les "Riposte", l'écriture est directe, modifiable et révisable (on peut facilement revenir en arrière) ; c'est un wiki. Et comme à l'école nous n'avons pas écrit à écrire publiquement pour être lu, dans les Riposte nous proposons un petit pas, le plus simple possible, pour écrire, avec l'usage de formulaires, tel celui des fiches ressources.

Les deux espaces sont reliés : les articles d'Innovation Pédagogique sur l'hybridation et en riposte pédagogique à la crise du Covid sont proposés sur Riposte pédagogique. Et les webinaires sont relayés sur Innovation Pédagogique.

Sous le "capot" des Riposte se trouve le logiciel libre yeswiki [1], particulièrement facile à utiliser dans l'esprit d'outil convivial [4] développé par Ivan iIllitch, un outil qui

- augmente l'efficience sans dégrader l'autonomie personnelle ;
- ne suscite ni esclave, ni maître ;
- renforce le pouvoir d'agir

Les bases de données facilement modifiables, fournissent aussi une cartographie lorsque l'adresse d'une initiative est renseignée comme dans Riposte Créative Bretagne.

C'est cette démarche en coopération ouverte [5] que nous proposons pour la création de ce groupe autour de la transition écologique dans l'enseignement supérieur francophone et en formation d'adultes.

Pourquoi un groupe en coopération ouverte autour de la Transition écologique ?

Je reprends ici la page de présentation du groupe dans Riposte Pédagogique.

Ce groupe travaille sur la prise en compte de la transition écologique (climat, biodiversité, raréfaction des ressources, numérique responsable, résilience .. ) dans l'enseignement supérieur francophone et la formation des adultes. Face à une crise qui touche à l'existence même de la société humaine sur terre, nous faisons ici le choix d'une démarche en coopération ouverte à toutes et tous. L'urgence de la crise justifie à nos yeux une coopération ouverte (pour un monde vivable et désirable) qui privilégie les productions et contenus réutilisables (telles celles sous licences Creative Commons ; pour répondre aux nombreuses questions qui se posent

  • Quelles transformations des contenus enseignés ?
  • Quelles formes pédagogiques qui impliquent les étudiants et relient au territoire ?
  • Quels enseignements spécifiques ?
  • Quelles ressources éducatives libres ?
  • Quels retours d'expériences, bilans, analyses ?

Cette initiative est complémentaire des démarches internes d'établissements ou de consortium qui ont mis ces questions à leur agenda. L'espace gare d'aiguillage est là pour faire le lien vers les autres initiatives rendues publiques (et ne pas refaire ce qui a déjà été fait, en précisant les conditions de leur réutilisabilité ou non).

La particularité de ce groupe en Riposte Pédagogique est son caractère ouvert avec une volonté de partage des ressources et de favoriser la réutilisabilité de ce ce qui existe déjà.

Comme nous le disions dans le préambule, l'urgence de la crise plaide pour un partage où chacun ne refasse pas dans son coin où nous enrichissons des apports des autres et inventons une intelligence collective autour de communs en actes !

Pour quoi faire ?

Espace collaboratif ouvert chacun.e peut y participer selon son envie, et même avec un petit temps disponible (il suffit de quelques minutes pour ajouter une ressource à la base de données par exemple, signaler une ressource à un collègue concerné, ajouter un lien à la gare d'aiguillage).

Que peut-on déjà faire ?

- Rejoindre le groupe transition en coopération ouverte

Pour rejoindre le groupe, il suffit de vous inscrire sur la liste sympa en cliquant ici [2]

- Participer au premier webinaire le 25 mai en s'inscrivant via le petit formulaire

- Consulter les articles issus d'Innovation Pédagogique

Une soixantaine d'articles sont proposés autour

Ces pages sont alimentées par les flux RSS associés à des mots clés mis sur les articles d'Innovation pédagogique et la page d'accueil qui présente les 5 derniers articles associés évolue au fil des publications, (d'autres sources pourront être ajoutées).

- Référencer une ressource

La base de données ressources permet de référencer ce que vous pensez être une ressource (retour d'expérience, programme, descriptif d'Unité d'Enseignement etc ..). Dés qu'un certain nombre de ressources seront disponibles elles seront proposées directement dans cet espace (via un filtre sur le mot clé transition).

- Documenter la gare d'aiguillage

Les Ripostes Créative fonctionnent dans un logique d'archipel [6, 7] et n'ont pas vocation à regroupe mais à relier. C'est l'idée de gare d'aiguillage [8] qui renvoie vers les ressources dejà existantes.

La gare d'aiguillage aussi appelée "gare centrale" dans les formations à l'animation de projets coopératifs Animacoop [9] est un espace de partage d'information qui rend visible tous les éléments utiles aux membres d'un collectif pour y agir en collaboration.

Pour la transition écologique dans l'enseignement supérieur une pagea été créée qu'il reste à documenter !

- Expérimenter un cercle d'apprentissage

L'archipel des Riposte Créative est aussi l'occasion d'un croisement des initiatives et nous pourrons nous inspirer des 10 cercles d'apprentissages mis en place par le CNFPT dans Riposte Créative Territoriale pour apprendre ensemble. Voir aussi le cercle apprenant sur la coopération entre ingénieurs, conseillers pédagogiques mis en place par le groupe hybridation en coopération ouverte (première réunion le 3 mai).

- Proposer un webinaire

Avec de 30 à 100 participants, la quinzaine de webinaires de Riposte Pédagogique ont été à la fois de riches temps de rencontres mais constituent aussi via les enregistrements et les ressources associées une base de contenus utiles sur différentes facettes de la pédagogie dans ce temps de crise.
là aussi une organisation collaborative où chacun.e peut proposer et organiser démultiplie le champs des possibles dans une organisation agile et frugale.

Voilà pour quelques propositions que nous avons déjà pratiquées [10] ; mais un groupe coopératif [9] ne manquera d'en faire émerger de nouvelles idées !

Toutes les coopérations avec des réseaux existants est bienvenue, ce groupe n'a aucune autre ambition que de faciliter la transition écologique dans un fonctionnement par consentement où celui qui a envie de faire fat dans la mesure où il n'y a pas d'objection sur le fond du projet !

Alors à bientôt pour croiser nos envies d'une transition écologique en actes dans l'enseignement supérieur francophone et ne formation des adultes.

Les publications citées

[1] Coopération ouverte pour un monde vivable et désirable, texte élaboré lors desrencontres Co-construire à Tournai, août 2019.

[2] La démarche Riposte Créative Territoriale, est présentée dans le film "Silence de l'innovation" réalisé par Thomas Troadec (54 mn), mars 2021.

[3] Ce que nous apprenons des Riposte Créative, une démarche d'écriture collaborative réutilisable, par Michel Briand et Laurent Marseault, 21 juin 2020.

[4] Le rôle du techno-pédagogue dans un « Riposte créative » espace en coopération ouverte, entretien avec Laurent Marseault et Florent Merlet, 15 avril 2021.

[5] La coopération, un changement de posture : vers une société de la coopération ouverte, diapos commentées et audio de la conférence de Michel Briand au colloque QPES 2019, dans Innovation Pédagogique, juin 2019.

[6] Partage sincère, "tragédie du LSD", fonctionnement en archipel : dialogue autour de la coopération ouverte avec Laurent Marseault, 12 mars 2021.

[7] - Agora des archipels, un espace de rencontres et de partage entre acteurs de la transition qui se retrouvent dans un fonctionnement u, qu'ils soient des individus, des collectifs en archipel.

[8] - La gare d'aiguillage aussi appelée "gare centrale" dans les formations Animacoop espace de partage d'information qui rend visible tous les éléments utiles aux membres d'un collectif pour y agir en collaboration, un exemple de circulation ds flux sur Riposte Creative Bretagne.

[9] Animacoop formation à l'animation de projets coopératifs ]] et aussi Interpole, l'espace ressource de la CIA (Collectif Inter Animacoop).

[10] Créer et animer une "Riposte Creative, formation action autour de la coopération ouverte proposée au CNFPT par Michel Briand et Laurent Marseault et mise en oeuvre pour le département de la Gironde avec Julie Chabaud (février, mars 2021).

Quelques liens autour de la coopération ouverte

- Autour des compétences qui favorisent la coopération : L'état d'esprit collaboratif, « faire avec » et « avoir le souci des communs » : trois pivots pour coopérer par Elzbieta Sanojca dans Innovation Pédagogique, 11 mars 2018.

- La compostabilité : pour un écosystème de projets vivaces par Romain Lalande et Laurent Marseault sur Vecam, 4 mars 2018.

- La coopération ouverte, un concept en émergence, par Elzbieta Sanojca, Michel Briand, dans Innovation Pédagogique, 15 mai 2018.

- E-book Cooptic un manuel à l'usage des animateurs de réseau et les contenus bonifiés par Gatien Bataille dans sa formation cooptic

- Histoires de coopération, une trentaine d'interview d'acteurs de la coopération ouverte sur le blog Coopérations, mars 2019.


Quelques projets en coopération ouverte

- Bretagne Créative
"L'innovation sociale ouverte, c'est donc donner à voir son projet/son idée, échanger avec les autres pour croiser et enrichir les savoirs-faire et compétences. Sources d'efficience et créatrices de lien social sur les territoires, les démarches collaboratives sont une manière de pérenniser et de multiplier ces initiatives tout en favorisant le bien commun."

- Riposte Créative Territoriale
L'objectif ? Co-construire, avec les collectivités territoriales, les réponses formatives innovantes pour faire face à ces défis complètement inédits, en mobilisant l'intelligence collective. Comment développer des modes d'apprentissage dans l'urgence, pour des solutions créatrices de valeur sociale pour le service public territorial et la démocratie locale ?
Notre intention fait écho à l'alerte de Bruno Latour : « Si on ne profite pas de cette situation incroyable pour changer, ce serait gâcher une crise. »

- Riposte Créative Bretagne

« Une marmite ne commence pas à bouillir par le couvercle, mais toujours par le fond ! » Proverbe de Haute-Bretagne un espace collaboratif ouvert pour

  • donner à voir et mutualiser les initiatives en complémentarité des services et groupes mis en place
    -* exprimer des besoins prenant en compte les personnes en précarité, en situation de fragilité et éloignées des services proposés
  • favoriser l'attention, le soin, et une convivialité, et ainsi contribuer au bien vivre ensemble
  • favoriser des transformations créatives solidaires et en transition pour l'après

- Faire ecole ensemble
association - collégiale et à durée de vie limitée - qui facilite le soutien citoyen de la communauté éducative durant l'épidémie de COVID-19. Ses actions s'organisent par programmes et se destinent à être supportés par des coalitions d'organisations pérennes.

- Outils libres
Internet avait été conçu comme un réseau décentralisé, qui donne du pouvoir et de la liberté aux citoyens. Sortir nos informations des gros silos de données pour revenir à des petites structures ouvertes et inter-connectées, c'est possible avec un peu de savoir faire technique et de la bonne volonté. Dans le cadre du mouvement plus global des logiciels libres, et par sa rencontre et collaboration avec l'association Framasoft, Colibris a rejoint le Collectif d'Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS) et met à disposition gratuitement des solutions libres et respectueuses de la vie privée.

- Transiscope
Aujourd'hui, de nombreux d'acteurs de la transition et des alternatives ont entamé un travail de recensement et de cartographie de leurs organisations, actions et écosystèmes.

Dans la majorité des cas, néanmoins, ces informations sont éparpillées sur les sites de chacune de ces organisations et les données ne peuvent pas communiquer entre elles en raison de choix techniques différents : aucune visualisation agrégée n'était jusqu'à présent possible.

Pour permettre de relier ces alternatives, une dizaine de collectifs travaillent depuis deux ans pour développer des outils libres permettant de connecter les différentes bases de données existantes et de les visualiser au même endroit : TRANSISCOPE

- Collectif Yeswiki
L'outil libre facilitant la coopération ouverte.
YesWiki est un logiciel libre né du croisement des discussions et savoir-faire de développeurs et animateurs de projets coopératifs.

A l'image d'une page blanche, ses usages sont quasiment illimités : ils dépendront de votre créativité !

YesWiki est aujourd'hui maintenu et amélioré par une communauté de professionnels issus d'horizons différents qui prend du plaisir à partager ses rêves, ses créations et ses développements.


[1] YesWiki est un logiciel libre né du croisement des discussions et savoir-faire de développeurs et animateurs de projets coopératifs. A l'image d'une page blanche, ses usages sont quasiment illimités : ils dépendront de votre créativité. YesWiki est aujourd'hui maintenu et amélioré par une communauté de professionnels issus d'horizons différents qui prend du plaisir à partager ses rêves, ses créations et ses développements. texte repris de la page d'accueil de YesWiki

[2] Cette liste est hébergée par Infinihébergeur associatif brestois et membre du collectif Chatons (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires)


Accéder à l'intégralité du contenu

Dans le fonctionnement d'un projet coopératif, les contraintes du travail à distance ont amplifié la place des technologies. Encore faut-il que ces technologies soient au service des humains et du projet. A la lumière de l'expérience des Ripostes Créative et de projets en coopération ouverte, voici dans un entretien avec Laurent Marseault et Florent Merlet une présentation du rôle du techno-pédagoque dans une techno-socio-structure pour l'appropriation d'outils conviviaux qui augmentent l'efficience sans réduire l'autonomie, ne génèrent ni maître ni esclaves, et renforcent le pouvoir d'agir avec la proposition d'un réseau d'entraide entre techno-pédagoques.

Le terme « Riposte créative » est utilisé en référence à notre expérience de Riposte Créative Territoriale initié avec le CNFPT et prolongée dans un archipel de Riposte ou d'espaces comme l'agora des archipels ou plus largement d'espaces en coopération ouvertes partageant des choix d'une écriture ouverte, de contenus réutilisables (par des licences CC by sa) et d'une porosité rendue possible par l'outil.

Pour une découverte de la démarche Riposte Créative territoriale, voir le film "Silence de l'innovation" réalisé par Thomas Troadec (54 mn).


avec Laurent Marseault

Peux tu présenter les 3 notions d'outil convivial , d'animateur et de techno pédagogue dans un espace collaboratif en coopération ouverte ?

Peut-être en préambule expliquer pourquoi on associe ces 3 notions dans un projet coopératif. Si on parle de la partie technique et de la partie animation, ces éléments reliés forment une techno-socio-structure qui va permettre au groupe de fonctionner, en présence, à distance, avec des outils adaptés, des techniques d'animation. Bien souvent, ce que l'on peut voir dans des groupes, c'est que les techno-socio-structures sont confisquées parce que l'on a déjà choisi telle technologie qui est pensée pour le groupe et non par le groupe. Ceci fait qu'au bout d'un moment les outils et les process associés deviennent des outils qui ne correspondent plus au niveau de maturité du groupe, des outils sur lesquels le groupe ne peut plus interagir. Cela peut-être tout à fait préjudiciable, comme on peut le rencontrer dans les outils mis en place par les directions informatiques de grosses institutions ou de collectivités. Une des grosses souffrances des salariés au travail, c'est de

Les coopérations ouvertes thème du 8éme Forum des usages coopératifs à Brest du 3 au 6 juillet 2018. plus avoir la main sur les outils qu'ils utilisent pour exercer l'art de leur métier.

La notion de techno-socio-structure :

Ce sont tous les éléments techniques, les éléments qui sont du registre des accords de groupe, de l'animation, tous les éléments informatiques, numériques et humains qui permettent à un groupe de bien fonctionner. Dans des groupes qui fonctionnaient uniquement en présence, on était dans la socio-structure, avec des rôles, un mode de gouvernance. Maintenant avec la crise du Covid, nous avons des groupes qui sont uniquement à distance, en plein dans l'usage des technologies avec parfois des groupes qui pensent qu'en ne mettant que du techno cela fonctionnera. Insister sur la techno-socio-structure permet de montrer les liens féconds qui apparaissent quand on relie ces notions.

La notion d'outil convivial

la notion d'outil convivial est une notion chapeau qui nous est proposée par Ivan Illitch, sociologue des années70 qui a écrit notamment « La convivialité » qui nous explique que l'on s'est trompé dans le cahier des charges des outils, avec des humains qui sont, dès lors, devenus esclaves des outils alors que les outils étaient censés faciliter le travail des humains et être émancipateurs ; il a travaillé sur un certain nombre de conditions pour que les outils soient conviviaux. Lorsqu'il parle d'outils dans les années 70, il ne s'agit pas d'outils au sens numériques mais d'outils au sens organisation du terme. On peut ainsi dire qu'un vélo est un outil ou qu'un système éducatif est un outil. Pour Ivan Illitch un outil convivial doit respecter 3 règles fondamentales :

- La première est que ces outils mis en place doivent augmenter l'efficience du groupe sans impacter l'autonomie individuelle. Si on met en place de l'organisation, des outils, des techniques d'animation, il faut que cela permette au groupe d'être plus efficient, c'est à dire arriver au résultat en consommant moins d'énergie, mais sans impacter l'autonomie individuelle, en permettant aux humains de garder une vision globale sur l'intégralité du système. On pourrait par exemple mettre des humains à faire du travail à la chaîne, on augmenterait l'efficience ; mais chaque maillon de la chaîne aurait perdu une maîtrise de l'entièreté du processus.

- La seconde règle, c'est que les outils ne doivent générer ni maître ni esclave. Lorsque l'on met en place des modes opératoires, des outils numériques, bien souvent on va se retrouver avec un webmaster (« maître du web ») qui va avoir de super pouvoirs, qui aura le droit de créer de nouvelles rubriques, uniquement lui aura le doit d'écrire, de valider un contenu. Fabriquer un système qui ne génère ni maître ni esclave, c'est travailler à la fois l'horizontalité et le fait que cette techno-socio-structure soit co-portée par l'intégralité des personnes et que quiconque puisse à n'importe quel moment interagir avec le système.

- La troisième règle est que ces outils proposés, avec le mot outil au sens le plus large du terme, doivent augmenter le pouvoir d'agir. Ce qui rejoint la notion d'encapacitation. Si une personne fait l'expérience d'un outil au sein d'un collectif, il faut que cela puisse lui donner des idées, lui donner de nouveaux pouvoirs. Que l'expérience acquise au sein du projet puisse être transposée ailleurs. D'où l'importance que les outils soient libres (au sens librement réutilisables) et que les humains soient libres. Par exemple si j'utilise un YesWiki [1] dans un Riposte et que je trouve cet outil pertinent pour le projet, il faut que je puisse l'utiliser à l'extérieur, dans un club de tai-chi ou dans ma collectivité. A l'inverse, si je fais l'expérience de l'holacratie ou de Jalios dans un projet, comme c'est une méthode qui est copyrightée, je ne peux pas l'utiliser dans un autre contexte.

Lorsque l'on va mettre en place des systèmes, des organisations, sans être dans la perfection de cette trilogie, le fait de garder cela dans un petit coin de la tête permet de les interroger : est ce que l'on a pris en compte le partage des pouvoirs ? est ce que les personnes sont dans des logiques de formation ? des logiques d'éducation populaire ?

« Une politique conviviale s'attacherait d'abord à définir ce qu'il est impossible d'obtenir soi-même quand on bâtit sa maison. En conséquence, elle assumerait à chacun l'accès à un minimum d'espace, d'eau, d'éléments préfabriqués, d'outils conviviaux allant de la perceuse au monte-charge, et, probablement aussi, l'accès à un minimum de crédit »1.

Illich définit trois critères indispensables pour qu'une instrumentation ou une institution soit considérée comme juste ou conviviale :

- elle ne doit pas dégrader l'autonomie personnelle en se rendant indispensable ;
- elle ne suscite ni esclave, ni maître ;
- elle élargit le rayon d'action personnel.

Critères de convivialité dans l'article de wikipedia

L'articulation entre animateur et techno-pédagoque :

Pour mettre en place des techno-socio-structure, on voit très clairement apparaître le besoin d'une animation avec deux rôles qui émergent.

Une fonction d'animateur, celle de la personne qui va aider à caler les règles, à définir les objectifs, aider le groupe à avancer, à être productif, à grandir en maturité.

Mais ce que l'on voit de plus en plus c'est que les groupes n'ont pas la capacité à être en permanence autour d'une table pour travailler ou partager un temps convivial. Très souvent il va falloir travailler à distance, particulièrement dans le contexte de crise de la covid. La dynamique que l'on veut pouvoir impulser ou que l'on veut faire perdurer va se passer à distance, où l'on va avoir besoin d'outils numériques ; d'où l'intérêt d'aller solliciter le second métier celui de techno-pédagogue ; c'est à dire de personnes qui sont à l'articulation de la technique et de la pédagogie. Ce sont des personnes qui sont capables de repérer des outils et de les mettre au service de la communauté, au service de l'animation, et de ne pas choisir un outil qui encapsule le groupe dans un mode opératoire qui n'est pas le sien.

Ces deux rôles doivent être complices pour qu'à la fois l'animateur connaisse un petit peu ce que l'on peut faire techniquement et lui éviter de penser des dispositifs d'animation qui soient complètement impossibles à mettre en œuvre mais soit aussi à l'écoute de ce que permet le numérique. Et il y a aussi besoin d'une écoute du techno-pédagogue pour comprendre la logique de l'animation et la traduire par de la technique en se débrouillant pour la fluidifier pour que le numérique se mette au service de l'animation et aussi être en capacité de faire des propositions ; il y a un travail de pédagogie qui parfois n'est pas le plus grand fort des techniciens ou des « geek ».

D'où l'intérêt d'afficher ce rôle un peu particulier, qui n'est pas celui d'un informaticien mais d'une personne qui à la fois maîtrise les outils et fait preuve d'une capacité d'écoute et de pédagogie, un chaînon manquant assez rare aujourd'hui.


Peux tu préciser les fonctions du techno-pédagogue dans un espace collaboratif ouvert tel les « Riposte reative » ?

Un techno-pédagogue est d'abord quelqu'un qui fait de la veille sur toutes les possibilités qu'offre le numérique avec aujourd'hui un fourmillement d'outils pour faire de la visio, de l'écriture collaborative... Il faut que ce soit quelqu'un qui ait un sac à dos rempli de plein de petits outils utilisables en fonction des différents usage que l'on souhaitera outiller dans le groupe. Il y a donc ce travail de veille, de test, d'une suffisamment bonne connaissance des outils pour pouvoir les proposer en fonction du contexte dans lequel l'outil devra être déployé. Si je dois déployer un outil dans une collectivité territoriale qui est verrouillée par une DSI, il ne faudra pas choisir le même outil que dans une petite association. Et si je dois travailler dans un collectif où il y a , à la fois des personnes de collectivité et des associatifs, il va falloir proposer et tester l'outil qui conviendra au mieux au processus.

Deuxième élément : ne surtout pas devancer les besoins du groupe. Vraiment être en attention par rapport à ce dont le groupe aura besoin, voire même parfois surjouer le fait que les outils proposés soient un cran de moins fonctionnels par rapport aux besoins du groupe. Cela donne l'occasion au groupe ou à l'animateur de formuler lui-même ses besoins. Cela permet au groupe de maturer les usages qui ont besoin d'être outillés. Ce n'est pas du tout évident parce que, lorsque l'on a un peu l'habitude, on sait que dans un groupe il y aura besoin d'un trombinoscope, d'un annuaire, d'un porte document, et on pourrait facilement installer l'outil tip top. Mais les bons outils sont les outils fabriqués par le groupe et qui correspondent au degré de maturité du groupe. Le rôle du techno-pédagogue c'est d'avoir tout cela dans le sac à dos et de les activer, de les faire monter en puissance au fur et à mesure que le groupe en aura besoin.

Au démarrage d'un riposte :

A travers la mise en place d'une dizaine de sites "Riposte Créative" en coopération ouverte nous avons ritualisé une démarche d'apprendre en faisant. Partant d'un espace wiki vide les participant.e.s sont invité.e.s à se présenter, une écriture par fiche facile d'accès mais qui est déjà une écriture publique et non au sein d'un espace fermé. Le second exercice est l'aspiration d'une base de de données issue d'un autre riposte pour créer dans l'espace du groupe une base de données "ressource" ou "initiative". En quelques minutes la base est créée en écran partagé ; Sans vouloir en faire un savoir partagé cela montre que ce n'est pas très compliqué et surtout directement utilisable. Pour cela les participants sont répartis par groupe de deux pour remplir par interview croisée une fiche ressource. En un quart d'heure, au retour du groupe la base contient autant de fiches que de participants et dans la cas d'une fiche initiative localisées sur la carte associée au groupe !

Ces petites expériences irréversibles de coopération sont un des deux piliers (à côté d'apports sur la coopération ouverte dans un groupe) de la formation action "Créer et animer un Riposte Creative" que nous avons récemment mis en oeuvre pour le département de la Gironde avec le CNFPT. Comme tous les autres contenus en coopération ouverte ce descriptif est librement réutilisable (cc by sa).

Le faire au début pour le groupe, puis le faire devant le groupe et puis le faire avec le groupe et puis ensuite se débrouiller pour que le groupe puisse le faire lui-même.

Il y a là un travail d'"égo mesuré" lorsque l'on se retrouve le maître des clés, avec un nouveau lieu de pouvoir de l'organisation. Une des tâches du techno-pédagogue est de transférer ces compétences acquises et ce pouvoir pour que le groupe puisse se l'approprier et faire évoluer lui-même son propre processus. C'est quelque chose d'intéressant qui demande une certaine finesse.

Le troisième élément est plus méta qui est souvent un impensé dans un groupe naissant. Un groupe qui travaille va petit à petit se trouver en contact avec d'autres groupes, on parle souvent de logique d'archipel [2]. Il est assez naturel qu'un groupe qui commence à travailler soit plutôt centré sur lui, avec assez peu de porosité. Par contre un groupe qui va grandir va davantage échanger, comme par exemple les projets Riposte qui, petit à petit, sont de plus en plus en liens les unes avec les autres. Ce sont des choses que le techno-pédagogue doit aider à anticiper : se débrouiller pour que les outils mis en place soient des outils qui ne favorisent pas l'enclosure mais soient au contraire des outils qui favorisent la porosité, des outils qui permettent des flux entrants numériques et des flux sortants numériques. C'est un travail de vigilance à avoir dès le début du projet, l'animateur n'aura pas cette conscience là ; le groupe n'aura pas cette conscience là ; par contre il faut absolument que le techno-pédagogue l'ait pour que l'on puisse par exemple connecte un Riposte avec d'autres Riposte, le connecter avec Transiscope, avec un blog. On ne dit pas que ce projet sera connecté avec d'autres projets mais il ne faut pas que les choix techniques enclosent le projet parce que l'on n'aurait pas veillé à cette porosité.

Voilà les 3 notions, un travail plutôt individuel, un travail d'accompagnement au niveau du groupe et du processus avec un vrai transfert de compétences, un travail de formation et un troisième niveau, plus en anticipation : comment se débrouiller pour que ces outils permettent de continuer à faire du web au sens lien entre personnes et projets !

Quels sont les points d'attention pour une personne qui joue ce rôle ?

Le premier point d'attention est de comprendre que chaque groupe doit passer par ses propres étapes. Je me rappelle d'une techno-pédagogue qui avait acquis de l'expérience dans un projet et qui, quand elle est passée dans un autre groupe, a repris d'emblée tous les outils du groupe précédent. Elle s'est alors aperçue qu'elle avait complètement noyé les gens. Toutes les fonctionnalités potentiellement utiles étaient activées, mais le groupe étant débutant s'est trouvé complètement dispersé. Ce n'est pas parce que quelque chose marche dans un groupe qu'il devrait marcher dans un autre,la notion d'étape, de processus par lesquels passent un groupe est importante. Bien sur il y a un certain nombre d'invariants dans les groupes mais il y a aussi de nombreuses singularités.

L'autre point d'attention est celui de jardinage des espaces qui sont fabriqués. On a tendance à rajouter en permanence des pages, des rubriques, des fonctionnalités, des outils. Si on ne prend pas le temps de réorganiser, de retravailler à l'ergonomie, les gens vont être complètement perdus et seules les personnes qui ont suivi le projet depuis le début s'y retrouveront. On pourra alors imaginer plusieurs entrées lorsque l'on a des projets qui sont un peu matures, un peu complexes :

  • une entrée avec un aiguillage vers toutes les pages pour ceux qui sont dans le projet depuis le début et qui savent ce qu'il y a derrière les pages et les outils ;
  • une entrée pour les personnes qui n'ont pas beaucoup de temps où l'on va mettre en évidence les points importants du moment
  • une entrée pour les nouveaux où l'on sera dans une interface extrêmement épurée et avec des moments d'accueil où on leur fera visiter cette techno structure



avec Florent Merlet

Peux-tu expliquer ton rôle dans Riposte Créative Territoriale : ?

On utilise le terme de techno-pédagogue mais je dirai plutôt celui d'un facilitateur en usage numérique au même titre que l'on peut avoir des facilitateurs en intelligence collective pour animer, faire émerger de l'intelligence collective. Mon rôle se rapproche beaucoup de celui d'un facilitateur mais du point de vue des usages et des outils associés.

Est-ce que tu peux expliciter quelques une de ces taches de facilitation ?

La première tâche, même si j'avais déjà pu travailler de mon côté avec des wikis (autres que YesWiki) a été d'apprendre moi-même quelles étaient les possibilités de l'outil et m'y former. J'ai beaucoup travaillé avec Laurent Marseault au début pour bien comprendre jusqu'où pouvait aller l'outil. Je me suis formé avec Laurent et en autonomie et de cette auto-formation accompagnée, j'ai pu proposer des tutoriels qui facilitaient la prise en main du wiki pour les utilisateurs ; pas assez à mon goût mais cela demande toujours pas mal de travail pour réaliser un tutoriel ou une vidéo.

Mais surtout, j'ai pu accompagner toutes les personnes qui avaient besoin de mettre des contenus en ligne à la prise en main du wiki et à développer leur autonomie ou mettre des dispositifs en place pour les aider à en mettre facilement, notamment à travers des bases de données comme celles des ressources, des acteurs et il y en a beaucoup d'autres, avec aujourd'hui 25 petites bases de données dans le wiki de Riposte Créative.

Un autre gros travail a été de faciliter en mettant en place des pages spécifiques, des outils particuliers pour permettre de travailler en session de travail à distance avec un grand nombre d'acteurs. C'est par exemple mettre des liens, des boutons sur des pages, rendre les choses visibles dans le programme d'une journée pour faciliter l'accès à des pads de prise de notes ou à des salles de réunion virtuelles pour des ateliers, l'aller-retour avec des salles de réunion plénières... Là où je passe beaucoup de temps sur le wiki c'est pour la création de ces pages spécifiques : déroulé, programme et accès aux différents outils pour une réunion de travail ou alors pour des pages de contenus qui sont là pour être lues à tête reposée par d'autres acteurs de la Riposte ou des personnes qui s'y intéressent.

Dans cet esprit de facilitation, tu as été très présent aux réunions de coordination de Riposte Créative Territoriale, quels ont été les points de difficulté ?

Très présent, oui, je dirai même presque trop. J'en viens à ce point de vigilance sur la posture du techno-pédagogue dans ce cadre-là. A quel moment va-t-il travailler sur l'autonomisation et à quel moment va-t-il plutôt donner un petit coup de pouce pour que cela aille plus vite ? C'est un des écueils et j'ai toujours du mal à en sortir. Ma préférence va toujours lorsque l'on me pose une question « tiens j'aimerais faire ça sur le wiki, comment cela se passe ? » à « tiens passons un moment ensemble je t'explique comment on le fait et tu le fais, toi ». Mais souvent les utilisateurs, et j'avoue ne pas avoir résolu cette problématique, sont dans une forme d'urgence et ils ont l'impression que cela va être plus long d'apprendre et de le mettre en place eux, alors qu'ils vont rentrer dans un apprentissage, plutôt que je le fasse moi-même. Et souvent j'entends « oui mais là c'est spécifique, c'est urgent, je n'ai pas le temps, il faudrait que cela soit mis en place tout de suite, est-ce que tu peux le faire, s'il te plait ? » et souvent j'accepte parce que l'urgence fait que... Et souvent pour moi ce sont des étapes un petit peu loupées de possibilités d'apprentissage nouveau pour les différents acteurs de la Riposte. C'est vraiment un écueil que j'ai rencontré sur l'accompagnement que je peux proposer : comment arriver à montrer aux gens que ce n'est pas si long d'apprendre, que faire n'est pas si compliqué ?

C'est aussi comment dépasser la peur de casser, il y a beaucoup de personnes qui ont peur de casser et c'est vrai que cela arrive mais ce n'est jamais un problème. On a eu plein de choses qui ont été cassées dans des pages d'accueil mais en deux clics cela se répare. Les difficultés rencontrées sont autour de ces deux notions : « ce n'est pas parce que c'est urgent qu'il ne faut pas passer par un petit temps d'apprentissage pour pouvoir le faire ensuite en autonomie plus facilement » et « ne pas avoir peur de casser » ; ce sont deux notions que j'ai du mal à faire passer avec cet outil du wiki.


C'est peut-être lié au contexte de cet outil qui était complétement ouvert en écriture, est ce que cela t'a amené des problématiques nouvelles ?

La problématique nouvelle que l'on a rencontré avec l'ouverture du wiki, c'est la vision des RSI (Responsable Sécurité Informatique), pas forcément des nôtres, mais des RSI qui ont pris contact avec nous assez rapidement pour nous dire : « attention votre wiki est ouvert, n'importe qui peut mettre du contenu en place » et notre réponse a été : « oui, c'est l'idée ! ». Cela a fait beaucoup peur à quelques RSI qui nous ont fait remarquer que tous nos contenus étaient ouverts, modifiables, supprimables... Je les ai quand même rassurés en leur disant qu'il y avait des filets de sécurité. On a eu le cas de notre page d'accueil qui a été piratée par un petit malin qui avait mis une publicité pour un produit qui n'avait rien à voir avec la Riposte. Quelqu'un l'a vu en disant « mince qu'est ce qui se passe », on l'a corrigé dans les 10 minutes et ce n'est jamais revenu.

Il est arrivé aussi que beaucoup de gens cassent la page d'accueil et cela devient complètement illisible, mais en deux clics on revient à la version précédente et c'est assez simple à corriger ; Ce sont toujours les peurs de casser ou que notre contenu disparaisse, mais techniquement cela n'arrive pas et on peut y remédier facilement.

Mais surtout, ayant l'habitude proposer des outils numériques à beaucoup d'acteurs dans tout ce que l'on peut mettre en place au laboratoire d'innovation du CNFPT, même avant l'arrivée de Riposte, une des grandes problématiques reste les mots de passe parce que les gens oublient leur mot de passe, ne savent plus comment on se connecte, ne savent pas comment installer l'application qui va avec... Là, avec Riposte, on est dans la cadre d'une proposition où il n'y a pas de mot de passe, je fais un simple clic, je peux modifier, un autre clic pour enregistrer, si j'ai fait une bêtise on revient facilement en arrière. On ne sait pas forcément qui fait quoi, c'est une petite mise en garde, et à quel moment sur le wiki, mais finalement cela ne nous a jamais posé de problème. Les gens n'ont rien besoin de se souvenir, juste l'adresse de la Riposte ; ils s'y rendent et ils font, cela c'est vraiment un gros plus et quand on arrive à canaliser cette peur de casser, les gens prennent de plus en plus la main dessus.

Souvent c'est encore moi qui met en place la page d'accueil parce qu'il y a des petits éléments graphiques un peu plus complexes, mais j'ai des collègues qui habituellement ne sont pas du tout à l'aise avec les outils, le numérique cela leur fait peur. Quand il faut corriger un mot dans un texte sur le wiki, pour eux c'est très facile aujourd'hui, et du coup cela va très vite. On n'a plus de mel qui dit « Florent il faudrait corriger la page », c'e sont plutôt des mel qui disent « Il y avait une faute sur la page d'accueil, t'inquiètes pas c'est moi qui l'ai corrigée, c'est fait » et parfois il y a un petit message à côté « en revanche la mise en forme a un peu cassé, si tu peux regarder ». Comme cela on est plusieurs à travailler sur le contenu et pas seulement un exécutant, je déteste avoir cette posture d'exécutant qui fait parce qu'il a la technicité. Comme la technicité est simplifiée, on est dans des actions un peu plus intéressantes pour chacun de nous.

Est-ce que tu penses que ce type d'espace collaboratif ouvert peut intéresser d'autres projets au CNFPT ?

Clairement oui, après la formation qui a été faite avec le département de la Gironde (Créer et animer un Riposte Créative) le collègue du CNFPT qui l'organisait m'a tout de suite appelé, et pour lui ce wiki est potentiellement une base de travail pour tellement de projets, même sur des projets qui ne travaillent pas forcément sur la notion de coopération, la posture de collaboration dans laquelle on est permet d'aller sur tellement de terrains qu'il faut absolument creuser cette question-là. On n'a pas encore eu le temps de se poser pour y réfléchir pleinement mais c'est quelque chose qui ouvre un champ des possibles très large et qui peut aller très loin pour nous, surtout dans le champ de la formation où l'on parle souvent de communauté, de communauté apprenante, et le wiki sur n'importe quelle thématique est une vraie base de travail pour une communauté pour produire du contenu, garder des éléments intéressants, avoir des espaces qui sont faciles à mettre en place en trois clics.


Les contenus de Riposte sont sous une licence qui en permet la réutilisation ce qui est un peu nouveau pour le CNFPT est ce que dans ton vécu avec les personnes contributrices du Riposte cela a posé problème et est ce que l'idée de communs peut faire son chemin ?

L'idée de communs a déjà fait son chemin parmi nos acteurs. Je n'ai pas souvenir de difficulté dans le cadre de la Riposte. C'est une des premières choses que l'on avait posé au démarrage du projet : sur la Riposte, par défaut les contenus sont sous une licence Creative Commons by SA, pour que l'auteur soit cité (ndr et qu'il n'y ait pas d'enclosure). Cela me semble important d'être dans cette démarche et surtout personne n'a trouvé argument pour aller à l'encontre de celle-ci. Tout le monde y voit l'intérêt ; moi-même à titre personnel, cela fait 20 ans que, lorsque j'étais enseignant, mes cours étaient accessibles en ligne et partagés, il n'y avait pas forcément la licence creative commons, mais les contenus étaient réutilisables, modifiables. C'est une posture qui est vraiment partagée dans la communauté. Il y a vraiment cette idée d'avancer ensemble, la posture de nos acteurs est plutôt dans le partage, pour faire avancer les choses, ces notions de coopération de collectif, de comment on fait mieux ensemble, et s'il n'y avait pas ce partage des contenus on serait incohérent. De mon souvenir, on a dû croiser 300 ou 400 personnes autour de la démarche de la Riposte avec plus ou moins d'acteurs réellement engagés dans le processus, mais personne ne nous a fait remonter l'idée comme quoi ce serait bien de « protéger » nos contenus.


Vers un réseau d'entraide entre techno-pédagoque

Oui c'est une idée intéressante. Techno pédagogue est un métier qui est un peu nouveau, qui commence à s'affirmer, Ces personnes sont trop souvent dans l'ombre alors qu'elle sont aussi déterminantes que des bons animateurs et il est important de leur donner un peu plus de place et de visibilité au sein du projet. Ce sont des personnes qui restent souvent isolées dans leur structure. Quand un projet a un techno-pédagogue c'est plutôt bien. Quand je parlais de veille sur des outils, de tester ces outils avant de les proposer, cela milite pour l'intérêt d'un fonctionnement en réseau. C'est aussi relier des techno-pédagoques impliqués dans des structures de formation éloignées par le public concerné et qui ne coopèrent pas naturellement. Un réseau pourrait aider à structurer ce métier en devenir avec des formation ou à minima des contenus partagés entre techno-pédagoques.

ndr : il s'agit d'un groupe d'entraide entre personnes ayant ce rôle dans un espace en coopération ouverte, si tel est votre cas et que ce groupe vous intéresse, merci de contacter Laurent Marseault.


Quelques mots pour se présenter :


Laurent Marseault : Animateur nature durant une vingtaine d'année, passionné de pédagogie, des relations homme / nature et des insectes, j'accompagne et forme autour des postures, méthodes et outils qui permettent aux collectifs de grandir en coopération. Je suis un des co-créateurs de l'association Outils-Réseaux, de la formation animacoop mais aussi de YesWiki. Je suis accessoirement pompier volontaire, élu et papa.



Florent Merlet : Technopédagogue au sein de la mission innovation et du laboratoire d'apprentissage du CNFPT, mon action consiste principalement à proposer des outils méthodologiques et numériques, reposant sur l'intelligence collective et la collaboration, au service de la transformation de l'action publique et de la formation. Je porte AVEC de nombreux acteurs engagés la démarche Riposte Créative Territoriale et pilote l'Université de l'Innovation Publique Territoriale.



Michel Briand : Après une activité d'élu local à Brest et professionnelle(responsable de formation d'ingénieur à l'IMT Atlantique) ancrée dans une démarche contributive, et la participation au Conseil National du Numérique [3] je suis en retraite professionnelle et d'élu. Je m'implique dans des projets coopératifs au croisement des innovations pédagogiques, des innovations sociales, des transitions et des communs.


Aller plus loin :

Quelques liens sur explorer des facettes de la coopération ouverte :

- Animacoop formation à l'animation de projets coopératifs ]] et aussi Interpole, l'espace ressource de la CIA (Collectif Inter Animacoop).

- Archipélisation : comment Framasoft conçoit les relations qu'elle tisse, sur le blog de Framasoft, 10 décembre 2019.

- Agora des archipels, un espace de rencontres et de partage entre acteurs de la transition qui se retrouvent dans un fonctionnement u, qu'ils soient des individus, des collectifs en archipel.

- Autour des compétences qui favorisent la coopération : L'état d'esprit collaboratif, « faire avec » et « avoir le souci des communs » : trois pivots pour coopérer par Elzbieta Sanojca dans Innovation Pédagogique, 11 mars 2018.

- Ce que nous apprenons des Riposte Créative, une démarche d'écriture collaborative réutilisable, par Michel Briand et Laurent Marseault, 21 juin 2020.

- La compostabilité : pour un écosystème de projets vivaces par Romain Lalande et Laurent Marseault sur Vecam, 4 mars 2018.

- La coopération, un changement de posture : vers une société de la coopération ouverte, diapos commentées et audio de la conférence de Michel Briand au colloque QPES 2019, dans Innovation Pédagogique, juin 2019.

- Créer et animer une "Riposte Creative, formation action autour de la coopération ouverte proposée au CNFPT par Michel Briand et Laurent Marseault et mise en oeuvre pour le département de la Gironde avec Julie Chabaud (février, mars 2021).

- E-book Cooptic un manuel à l'usage des animateurs de réseau et les contenus bonifiés par Gatien Bataille dans sa formation cooptic

- La gare d'aiguillage aussi appelée "gare centrale" dans les formations Animacoop espace de partage d'information qui rend visible tous les éléments utiles aux membres d'un collectif pour y agir en collaboration, un exemple de circulation ds flux sur Riposte Creative Bretagne.

- Histoires de coopération, une trentaine d'interview d'acteurs de la coopération ouverte sur le blog Coopérations, mars 2019.

- Partage sincère, "tragédie du LSD", fonctionnement en archipel : dialogue autour de la coopération ouverte avec Laurent Marseault, 12 mars 2021.

- Le rôle du techno-pédagogue dans un « Riposte créative » espace en coopération ouverte, entretien avec Laurent Marseault et Florent Merlet, 15 avril 2021.


Quelques projets auxquels nous participons autour de la coopération ouverte

- Bretagne Creative


"L'innovation sociale ouverte, c'est donc donner à voir son projet/son idée, échanger avec les autres pour croiser et enrichir les savoirs-faire et compétences. Sources d'efficience et créatrices de lien social sur les territoires, les démarches collaboratives sont une manière de pérenniser et de multiplier ces initiatives tout en favorisant le bien commun."

- Riposte Creative Territoriale


L'objectif ? Co-construire, avec les collectivités territoriales, les réponses formatives innovantes pour faire face à ces défis complètement inédits, en mobilisant l'intelligence collective. Comment développer des modes d'apprentissage dans l'urgence, pour des solutions créatrices de valeur sociale pour le service public territorial et la démocratie locale ?
Notre intention fait écho à l'alerte de Bruno Latour : « Si on ne profite pas de cette situation incroyable pour changer, ce serait gâcher une crise. »

- Riposte Creative Bretagne


« Une marmite ne commence pas à bouillir par le couvercle, mais toujours par le fond ! » Proverbe de Haute-Bretagne un espace collabortaif ouvert pour

  • donner à voir et mutualiser les initiatives en complémentarité des services et groupes mis en place
    -* exprimer des besoins prenant en compte les personnes en précarité, en situation de fragilité et éloignées des services proposés
  • favoriser l'attention, le soin, et une convivialité, et ainsi contribuer au bien vivre ensemble
  • favoriser des transformations créatives solidaires et en transition pour l'après

- Faire ecole ensemble
association - collégiale et à durée de vie limitée - qui facilite le soutien citoyen de la communauté éducative durant l'épidémie de COVID-19. Ses actions s'organisent par programmes et se destinent à être supportés par des coalitions d'organisations pérennes.

- Outils libres


Internet avait été conçu comme un réseau décentralisé, qui donne du pouvoir et de la liberté aux citoyens. Sortir nos informations des gros silos de données pour revenir à des petites structures ouvertes et inter-connectées, c'est possible avec un peu de savoir faire technique et de la bonne volonté. Dans le cadre du mouvement plus global des logiciels libres, et par sa rencontre et collaboration avec l'association Framasoft, Colibris a rejoint le Collectif d'Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS) et met à disposition gratuitement des solutions libres et respectueuses de la vie privée.

- Transiscope


Aujourd'hui, de nombreux d'acteurs de la transition et des alternatives ont entamé un travail de recensement et de cartographie de leurs organisations, actions et écosystèmes.

Dans la majorité des cas, néanmoins, ces informations sont éparpillées sur les sites de chacune de ces organisations et les données ne peuvent pas communiquer entre elles en raison de choix techniques différents : aucune visualisation agrégée n'était jusqu'à présent possible.

Pour permettre de relier ces alternatives, une dizaine de collectifs travaillent depuis deux ans pour développer des outils libres permettant de connecter les différentes bases de données existantes et de les visualiser au même endroit : TRANSISCOPE

- Collectif Yeswiki


L'outil libre facilitant la coopération ouverte.
YesWiki est un logiciel libre né du croisement des discussions et savoir-faire de développeurs et animateurs de projets coopératifs.

A l'image d'une page blanche, ses usages sont quasiment illimités : ils dépendront de votre créativité !

YesWiki est aujourd'hui maintenu et amélioré par une communauté de professionnels issus d'horizons différents qui prend du plaisir à partager ses rêves, ses créations et ses développements.


[1] YesWiki est un logiciel libre né du croisement des discussions et savoir-faire de développeurs et animateurs de projets coopératifs. A l'image d'une page blanche, ses usages sont quasiment illimités : ils dépendront de votre créativité. YesWiki est aujourd'hui maintenu et amélioré par une communauté de professionnels issus d'horizons différents qui prend du plaisir à partager ses rêves, ses créations et ses développements. texte repris de la page d'accueil de YesWiki


Accéder à l'intégralité du contenu

Les communautés de pratique : effets positifs, obstacles et défis

Auteur(s)

mmlemieux
mar 06/04/2021 - 11:24

Numéro

Article

Demers, G. et Tremblay, D.-G. (2020). Les communautés de pratique (CdP) comme nouvelles modalités d'apprentissage : enjeux et défis. Enjeux et société. Approches transdisciplinaires,7(2), 217–244. https://doi.org/10.7202/1073366ar

Résumé

L'article de Demers et Tremblay (2020) s'intéresse au fonctionnement des communautés de pratique (CdP) mises en place en milieu universitaire pour favoriser l'apprentissage de leurs membres. Les auteures cherchent à comprendre les facteurs et les bonnes pratiques de gestion qui (dé)favorisent les CdP et les apprentissages qui s'y opèrent. Elles ont mené une analyse comparée de deux communautés de pratiques afin d'y observer les avantages, mais aussi les enjeux qui limitent le potentiel d'apprentissage de leurs membres.

Le cadre théorique et la recension des écrits s'appuient sur trois aspects principaux :

  1. un travail de définition des CdP et une typologie de leurs différentes formes et caractéristiques structurantes ;
  2. les facteurs de succès et les contraintes des CdP ;
  3. la gestion des connaissances dans les CdP.

Suivant une méthode qualitative, les auteures ont réalisé 18 entrevues auprès des membres de deux CdP. Ces entretiens ont permis de collecter des données sur les caractéristiques des organisations et des membres des CdP, le contexte de création et le fonctionnement des CdP, les pratiques de gestion, les obstacles et les leviers du fonctionnement de ces CdP.

Des effets positifs

Les résultats montrent que les deux CdP ont eu des effets positifs à trois niveaux interdépendants :

  1. en matière d'apprentissage ou d'acquisition de nouvelles connaissances - par exemple, le fait d'identifier informellement les nouvelles connaissances, plutôt que la direction intervienne dans ce processus ;
  2. sur le plan relationnel - les CdP favorisent les échanges entre ses membres et augmentent ainsi leur capital relationnel ;
  3. sur le plan des bonnes pratiques en transfert de connaissances - des réflexes et une culture de partage des informations se développent entre les membres des CdP, pour s'étendre ensuite au-delà, auprès des personnes externes.

Le rôle de valorisation et de soutien des gestionnaires est un levier déterminant pour le bon fonctionnement des CdP et le transfert de connaissances qui s'y déploie.

Des obstacles et défis

Plusieurs obstacles majeurs au déploiement de ces CdP ont cependant été observés. Le premier renvoie à des éléments propres à l'organisation interne des CdP (planification des activités, discussions peu efficaces, archivage des connaissances produites en cas de changement ou retraite des membres, répartition problématique des tâches et des responsabilités, etc.). Un autre obstacle réside dans le manque de ressources (notamment temporelles) allouée au fonctionnement des CdP. Enfin, un contexte hautement hiérarchisé, la faible culture collaborative ainsi que la reconnaissance et la valorisation limitées de ces espaces collectifs au sein des universités s'avèrent problématiques.

Les défis relatifs au bon fonctionnement des CdP sont alors de deux ordres : organisationnels (moyens et reconnaissance) et relationnels (créer des liens malgré la distance, favoriser l'interconnaissance).

Des recommandations

Enfin, les auteures proposent en conclusion plusieurs bonnes pratiques de gestion, qui agissent comme des leviers pour le bon fonctionnement et l'adhésion des membres aux CdP :

  • l'homogénéité de la communauté dans sa composition,
  • la clarté et la concision du mandat et des objectifs,
  • la définition et la distinction claire de normes et de rôles,
  • la mise en place de systèmes d'évaluation, de récompense ou de valorisation de la communauté.

Appréciation et utilisation potentielle

Cet article est particulièrement utile pour toutes les personnes, notamment les gestionnaires, souhaitant développer et/ou accroître la performance des CdP au sein de leur université en identifiant, au regard de la littérature, les bonnes pratiques de gestion qui permettent de surmonter les nombreux défis et enjeux liés à cette modalité d'apprentissage.

Les auteures soulignent d'ailleurs l'importance d'étudier le fonctionnement des CdP dans d'autres milieux que celui de l'éducation qui a été jusqu'à présent le point de mire des recherches sur le sujet. Elles ont d'ailleurs développé des outils méthodologiques qui pourraient contribuer à la collecte de données au sein d'autres CdP.

À noter que l'article présente les résultats d'une recherche menée en 2016. Il serait donc pertinent de compléter ce regard depuis les évolutions récentes et accélérées en matière de travail à distance. Les nouveaux outils de travail à distance (logiciels et applications de collaboration comme Teams, Mural, Zoom, etc.), largement utilisés aujourd'hui, peuvent en effet devenir des outils particulièrement pertinents en matière de gestion des CdP.

Notice biographique

Alexandre GingrasAlexandre Gingras est scénariste pédagogique à l'École Nationale d'Administration Publique (ENAP) depuis 2019. Il détient une maîtrise en communication profil recherche-création de l'UQAM et a auparavant travaillé dans le secteur du journalisme et de l'audiovisuel, notamment en lien avec plusieurs centres de recherche. À l'ENAP, il participe à la planification et à l'organisation des activités du Bureau des technologies éducatives. Il est plus particulièrement responsable de la conception et de la production de matériel technopédagogique nécessaire à la formation hybride et à distance des étudiants de deuxième et troisième cycles. Passionné par les nouvelles technologies et les médias, il s'intéresse aux façons dont elles peuvent faciliter les apprentissages universitaires et le transfert de connaissances.

Thème(s)

Accéder à l'intégralité du contenu

Dans un contexte de crise sanitaire comment les salariés s'engagent-ils à faire changer leur environnement et leurs méthodes de travail ? Comment répondent les salariés à cette crise sanitaire ?

Bonjour Corinne et Yann,

La coopération n'est pas forcément une pratique courante dans notre société comment êtes-vous arrivée à la développer ?

C'est à partir d'un constat de fonctionnement en silo des équipes de l'IFPEK (3 filières de formation, kiné, ergo, podo) et un service formation continue que la démarche de faire travailler ensemble les équipes s'est imposée à nous, dans une évolution du fonctionnement pédagogique de l'IFPEK.

Suite à un atelier sur le développement pédagogique des formateurs, les participants se sont rendus compte qu'ils partageaient beaucoup de questions et qu'il y avait un intérêt à partager ces réponses. A la suite de ce temps réflexif, nous avons proposé de créer d'autres évènements de ce type que nous avons appelé les « jeudis de la pédagogie » (4 séances par an) ainsi qu'une journée annuelle autour de l'innovation pédagogique. L'instauration de ces temps collectifs interfilières a engagé la création d'une Cellule d'Appui à l'Innovation et à la Pédagogie (CIAP) pour porter ces nouvelles dimensions du développement des pratiques pédagogiques des formateurs. Cette cellule agile, composée d'ingénieur de formation, de formateurs et de chercheur, s'est constituée sur une dimension interfilière. Cette consitution montre une envie, un état d'esprit à la collaboration entre les équipes pédagogiques. Pour aller encore plus loin dans le partage, l'ouverture et les communs, les membres de la CIAP ont proposé une formation pour les salariés autour des outils numériques favorisant la collaboration. Très vite la formation Animacop a été repérée.

La première session de la formation a réuni la moitié des salariés IFPEK dont des formateurs et des administratifs. Elle s'est déroulée juste avant le 1er confinement, ce qui a permis de développer en amont une initiation à la philosophie de la collaboration et aux pratiques émergentes des outils au sein de l'IFPEK.

A postériori, on peut dire que la crise a amené du positif dans le développement des pratiques collaboratives au sein de l'IFPEK, soutenu par les formateurs de l'association « outils réseaux » (Laurent Marseault et Michel Briand) qui nous ont permis en tant que porteurs de projet de prendre un peu de recul vis-à-vis de la situation de crise et de l'implantation de pratiques / outils collaboratifs.

Est-ce que vous pourriez présenter un ou deux projets coopératifs qui se sont développés depuis la formation « Outils et réseaux » ?

Depuis la formation, nous avons développé un laboratoire de transformation par la collaboration que nous avons nommé « Collaboratoire ». Il s'agit d'un espace numérique et physique devenu un lieu de vie de l'IFPEK : veille informationnelle et scientifique, retour d'expérience, service informatique, accompagnement pédagogique, espace multiservice, service impression…

Cet espace permet le croisement de beaucoup de personnes tout au long de la journée, et donc favorise les rencontres et les collaborations entre les salariés. Ce lieu est doublé par un espace numérique, le « collaboratoire en ligne » (en cours de stabilisation) dans lequel nous rendons visible les initiatives des salariés, ainsi qu'une veille collaborative informationnelle et scientifique.

Un deuxième projet a été de concevoir une nouvelle stratégie de développement de l'offre de formation continue digitale. Dans un premier temps une équipe projet s'est constituée. Elle réunit les ingénieurs techno-pédagogues, les ingénieurs et conseillers formation issus de la CIAP et du service formation continue. L'équipe travaille sur l'étude des moyens techniques et pédagogiques pour la conception d'un dispositif digital FC (vignette clinique HAS et focus technique) ainsi que la partie design pédagogique. Ce projet est organisé de manière participative avec les formateurs, à travers une plateforme de travail collaboratif.

Un troisième projet se déploie actuellement avec la mise en place d'un Service Administratif Mutualisé (SAM) qui a pour objectif de décloisonner le fonctionnement des instituts de formation. Il a été initié avant la crise sanitaire et avant la formation. La formation a permis une meilleure compréhension d'un fonctionnement collaboratif dans une organisation administrative.

La crise actuelle que nous vivons a-t-elle été de votre point de vue une accélération ou un frein au développement de la collaboration ?

Cette crise sanitaire, bien que catastrophique d'un point de vue sanitaire, a tout de même permis des développements positifs (avec eux aussi leur part d'ombre). De notre point de vue, cette crise a rapproché les acteurs de la formation : beaucoup d'instituts ont dû passer du jour au lendemain dans une pédagogie distancielle qu'ils ne maitrisaient pas pour la plupart. Les formateurs se sont donc mis en contact les uns les autres pour rationaliser leurs temps.

Nous observons une accélération de la transformation pédagogique (de par l'injonction de répondre à la crise dans l'enseignement supérieur). La collaboration est une des réponses à cette crise profonde et qui dure : le déploiement de solution numérique (Teams, Slack, ENT, classes virtuelles…) facilite la collaboration entre les individus, indépendamment des distances géographiques (on a pu imaginer depuis la crise des interventions de la part d'enseignants ou d'experts très éloignés voir sur d'autres continents).

Ces collaborations entre individus renforcent les collaborations institutionnelles. On a vu se multiplier des webinaires réunissant des collègues aux 4 coins du monde, renforçant ainsi l'image de collaboration inter-établissement. A l'intérieur des établissements, les pratiques collaboratives sont peut-être moins visibles : d'une part le fossé entre ceux qui avait déjà des pratiques numériques et ceux qui n'en avait très peu (ou pas du tout) s'est creusé ; et d'autre part, l'état d'esprit collaboratif est devenu central dans ces nouveaux fonctionnements, les collectifs qui se structurent et fonctionnent présentent des membres qui ont le sens du commun, du partage sincère…. l'état d'esprit d'une communauté de pratique.

Cette période a aussi engagé une nouvelle façon de se considérer les uns les autres, de ne plus se voir que par écrans interposés et se retrouver masqué. Cette « distance-absence » change inévitablement la relation à l'autre. Elle met en exergue la nécessité d'être en lien et par-delà la nécessité de travailler ensemble pour retrouver le sens.

Ce contexte sanitaire impulse donc un sacré coup d'accélérateur au développement de la collaboration mais dans le même temps il creuse potentiellement les écarts entre les personnes et les pratiques.

Vers un fonctionnement d'organisation collaborative

Est-ce que vous pourriez expliquer ce qui vous a amené à être accompagné pour ce fonctionnement qui n'est pas très ordinaire et quel a été cet accompagnement ?

Le constat avait été fait depuis quelques temps, d'un fonctionnement en silo. Chaque équipe pédagogique et administrative fonctionnant en mode individuel. L'architecture du bâtiment reproduisait d'ailleurs ce mode de fonctionnement.

Bien avant la crise sanitaire, plusieurs dispositifs et évènements avaient été mis en action pour favoriser la transversalité. Nous avions besoin de référent extérieur pour poursuivre le déploiement de ces pratiques collaboratives. Nous connaissions déjà le dispositif Animacop, nous avons échangé avec Michel et Laurent sur les possibilités de créer une formation-action pour les salariés de l'IFPEK, et ainsi de poursuivre la mise en mouvement et la réflexion autour des pratiques de travail. Nous avons présenté un argumentaire sur les pratiques collaboratives et numériques au niveau de notre établissement, qui a été soutenu par la direction par l'inscription de cette formation dans le plan de développement des compétences.

La première session a eu lieu juste avant le 1er confinement, ce qui a permis de soutenir les salariés dans la transformation des pratiques, à travers la formation et de se donner des rendez-vous réguliers pour poursuivre la réflexion. Le deuxième séminaire de formation s'est déroulé juste avant le 2e confinement en présentiel.

Comment les salariés de l'IFPEK ont-ils adhéré ? Est-ce que tout le monde aujourd'hui s'y retrouve ?

Nous avons la chance d'avoir dans les salariés la présence « d'innovateurs » qui ont permis d'impulser le changement des pratiques pédagogiques et de transformer les relations de travail. Ces innovateurs, ces « Brokers / courtiers » de la transformation (au sens de Sanchez et Monod) ont permis de créer des interfaces/espaces dans le groupe de formateurs et d'administratifs en amont de l'organisation de la formation. Quand nous regardons en arrière, la transformation et la crise ont été compliqués pour bons nombres de nos collègues (toutes les mues ne sont pas encore terminées, certains vont plus vite et plus loin que d'autre). Une très grande majorité (personnels administratifs et formateurs) ont passé la « barre » et sont maintenant dans une phase de stabilisation des pratiques pédagogiques et collaboratives (soutenus par les renforts en ingénierie de formation et en médiation numérique). Quelques collègues sont encore dans une phase de « résistance » ou d'observation vis-à-vis de ces transformations du travail et de l'organisation. Nous ne doutons pas qu'ils basculeront à un moment par effet d'entrainement, dans l'état d'esprit du « partage sincère » et les nouvelles pratiques et mode d'organisation du travail.

Et du côté de l'IFPEK est-ce que l'institution se rend compte des bienfaits de cette approche ?

Le projet de formation aux pratiques collaboratives a été largement soutenu par la direction de l'IFPEK. Cette formation est totalement en phase avec le projet de développement de l'IFPEK (projet stratégique / projet associatif). Une nouvelle gouvernance opérationnelle s'est d'ailleurs mise en place dans le cadre du projet stratégique.

Le dispositif de formation/transformation s'est d'ailleurs déroulé dans la même temporalité que la mise en place de la nouvelle gouvernance. Les Nouvelles pratiques collaboratives ont accompagnées cette nouvelle organisation. Même si des peurs peuvent subsistées chez certains salariés, l'embauche de nouvelles personnes (2 apprentis ingénieurs pédagogiques et ingénieur formation), la création du collaboratoire comme espace de vie et la prochaine expérimentation du Service Administratif Mutualisé (SAM) permet de rassurer et d'accompagner la transformation des pratiques et des modes d'organisation. Des résistances peuvent encore exister, mais globalement les équipes sont prêtes et sont même en attente d'aller plus loin dans cette transformation.

Qu'est-ce qui vous semble difficile pour développer la coopération. Quels sont les freins que vous percevez ?

Les freins que nous observons sont souvent un état d'esprit peu ou pas collaboratif, une peur de l'autre, ou dans l'enseignement/formation, une peur de se faire « voler » son cours…c'est souvent un problème de reconnaissance du travail de la personne (se reconnaitre et reconnaitre le travail de l'autre). Un autre frein observé, est lié au temps d'intégration des nouvelles pratiques. Cette temporalité, qui doit être nécessairement longue, vient impacter la charge mentale des « innovateurs /brokers ». Il revient donc à l'institution de prioriser les axes de projets, à la place des acteurs eux-mêmes.

Et à l'inverse qu'est-ce qui vous semble facilitateur ?

Ce qui nous semble facilitateur c'est le déploiement actuellement des outils numériques et donc un développement plus important de pratique collaborative (co-conception, co-écriture, co-animation…). En quelques sortes, cette crise sanitaire est un peu facilitatrice de collaboration de par son obligation de « gagner du temps » (co-écrire, co-concevoir un cours prend moins de temps) puisque que tout s'est accéléré (et que nous courrons pour beaucoup après le temps).

Peut-être aussi ce qui facilitera la mise en place de collaboration, c'est la création de lieu de co-working, d'espace de partage (sortir du bureau individuel, de l'espace de travail numérique individuel…).

La crise comme la formation sont venues montrer la nécessité de travailler en décloisonnant les services, en les renforçant et en montrant qu'il était urgent d'engager sur le terrain une nouvelle organisation plus solidaire et en mode collaboratif (avec les étudiants, avec les usagers du système de santé).

Que s'est-il passé depuis la fin de cette formation avec Laurent et Michel ?

Initiation de la collaboration avec les formateurs sur le développement du dispositif digital en formation continue.

La formation « outils réseaux » a ouvert un espace d'expérimentation des pratiques et des transformations des organisations de travail. Nous sommes rentrés dans la stratégie des « Lab » : on teste, on expérimente, et nous verrons bien où cela nous mènera….Nous sommes en constante transformation, en mouvement….Le collaboratoire ne sera jamais un produit fini, mais est devenu un produit, une démarche compostable ! Cela a ouvert des champs de possible ! (et ce n'est pas fini !)

Parmi les lectures ou les personnes qui t'ont inspiré pourraient tu nous indiquer ?

- Gabrielle Halpren « Tous centaures – éloge de l'hybridation »
- Michel Serre « petite poucette »
- Bruno Latour : http://www.bruno-latour.fr/fr.html
- Elzbieta Sanojca (Thèse de doctorat de l'Université de Rennes) « Les compétences collaboratives et leur développement en formation d'adultes : le cas d'une formation hybride »
- Et bien sur Michel Briand et Laurent Marseault !


Accéder à l'intégralité du contenu

Au fil de nos nos implications et accompagnements de projets autour des transitions les questions de coopération ouverte, des silos culturels et du fonctionnement en archipel reviennent fréquemment. Le but de cet article est de les expliciter et d'éclairer leur interaction dans un monde confronté à l'urgence des crises sanitaires, climatiques et à la montée des inégalités.

Et d'abord quelques mots pour se présenter :


Laurent Marseault : Animateur nature durant une vingtaine d'année, passionné de pédagogie, des relations homme / nature et des insectes, j'accompagne et forme autour des postures, méthodes et outils qui permettent aux collectifs de grandir en coopération. Je suis un des co-créateurs de l'association Outils-Réseaux, de la formation animacoop mais aussi de YesWiki. Je suis accessoirement pompier volontaire, élu et papa.



Michel Briand : Après une activité d'élu local à Brest et professionnelle(responsable de formation d'ingénieur à l'IMT Atlantique) ancrée dans une démarche contributive, et la participation au Conseil National du Numérique [1] je suis en retraite professionnelle et d'élu. Je m'implique dans des projets coopératifs au croisement des innovations pédagogiques, des innovations sociales, des transitions et des communs.


voir une liste de quelques projets auxquels nous participons en fin d'article.

Pourquoi parler de coopération ouverte ?

MB : La coopération et les pratiques collaboratives sont d'actualité dans un monde en crise (avec son pendant "force obscure" des replis identitaires, de l'autoritarisme et du déni de la catastrophe climatique et environnementales...). Mais pourquoi ce besoin de distinguer la "coopération ouverte" ? où se situe la différence ?

LM : L'idée de coopération se retrouve un peu partout, on a même des super méthodes et logiciels qui permettent de faire de la coopération au sein des équipes. Mais notre humanité est actuellement confrontée quelques petits problèmes qui nous obligent à une autre urgence pour que les problèmes des uns, les réussites des autres puissent être beaucoup plus partagés, échangés. Si quelqu'un produit des contenus, des réalisations intelligentes, il est urgentissime que ces expérimentations, ces questions puissent être visibles, accessibles par d'autres personnes que celles du petit groupe avec qui il a coopéré.

Parler de coopération ouverte c'est arrêter d'enkyster les groupes de réflexion, c'est arrêter, sans en avoir toujours conscience, de se mettre en concurrence avec la collectivité d'à côté, l'association d'à côté. Par rapport aux enjeux que certains qualifient "d'objectifs suprêmes", comment arriver à dépasser les logiques de structure, les logiques d'entre soi pour que ce qui est fait par l'un puisse servir à l'autre.

Les coopérations ouvertes thème du 8éme Forum des usages coopératifs à Brest du 3 au 6 juillet 2018.

MB : La coopération ouverte est un profond changement de culture dans une société où le travail est organisé de manière cloisonnée et hiérarchique. Apprendre à donner à voir, copier, réutiliser, partager demande du temps parce que ce n'est pas dans nos habitudes. Aujourd'hui l'innovation ouverte progresse dans les entreprises où elle stimule la créativité, dans les services où elle favorise l'implication des personnes, dans le tiers secteur où elle est facteur d'innovation sociale, dans "Territoires en réseaux : d'internet aux innovations sociales ouvertes'. [2]

conf : Cooperation ouverte, un changement de posture par Julie Boiveau à QPES 2019,( cc by sa nc)

LM : Pour donner un exemple, lors d'une réunion à laquelle j'assistais entre un grand réseau Sesamath, un réseau de prof de math qui co-produisent des contenus et un autre réseau qui s'appelle les rallyes mathématiques au Québec où l'on s'apercevait que les contenus de l'un pouvaient s'amplifier avec les contenus de l'autre et réciproquement. Et pour des raisons d'imperméabilité entre les deux structures, les contenus ne pouvaient pas se bonifier. Il y a eu tout un travail de discussion pour dépasser des peurs, qui sont courantes en amont de la coopération ouverte et qu'il serait d'ailleurs intéressant à analyser. Une fois cela résolu, on a pu se débrouiller pour que, pour résoudre les questions apprenantes développées au sein d'un rallye mathématique, les élèves puissent utiliser les notions fort bien développées dans les cours de Sesamath. Et d'un autre côté cela a permis que les contenus parfois un peu théoriques de Sesamath soient nourris par les questions apprenantes des rallyes mathématiques.

Dans le monde la transition, on a énormément de structures qui inventent, qui expérimentent sur les territoires. Le fantasme c'était de fabriquer une carte qui référencerait toutes ces initiatives. Et plutôt que d'alimenter la concurrence entre structures qui voulaient être cette carte centralisée des initiatives en transition, c'est une approche collaborative agrégeant une trentaine se sources qui a émergé. Transiscope a convaincu toutes ces structures à partager leur données en permettant à d'autres de les réutiliser. Et ainsi Transiscope cartographie plus de 30 000 initiatives en France avec de nombreuses nouvelles sources de données qui s'y agrègent au fil du temps.


MB : Et c'est dans un contexte de monde en crise que la coopération ouverte prend tout son sens comme nous l'exprimions dans Coopération ouverte pour un monde vivable et désirable, lors des rencontres co-construire à Tournai le 30 aout 2019.

Face à l'urgence climatique nous proposons aux un-es et aux autres de faire un pas vers une coopération ouverte et un partage sincère.

  • L'urgence ne nous permet plus d'attendre, il n'est pas possible de réinventer chacun dans son coin. Le partage sincère c'est permettre aux autres de réutiliser ses contenus de formation, ses techniques d'animation, ses retours d'expérience et ne pas les garder pour soi ou son groupe.
  • Agir ensemble demande une confiance, une ouverture à l'autre qui reconnaît, en humilité les compétences, les savoir faire de chacun.e.
  • Le vivre ensemble des futurs désirables demande un changement de posture où nous enrichissons de la diversité de nos pratiques de nos histoires, nous démultiplions nos forces en transition.


Une vidéo de Laurent Marseault pour le parcours Numérique Ethique de l'université des Colibris et le texte associé, le texte publié dans Innovation Pédagogique le 19 ocrobre 2020.

Dépasser le fonctionnement en silo, la "tragédie du LSD, Libre, Solidaire et Durable"

MB : Dans cette urgence de la transition il y a aussi besoin de faire en sorte que des personnes issues de monde différents travaillent ensemble , ce que nous avons appelé la "Tragédie du LSD, Libre, Solidaire et Durable"

LM : C'est une appellation imaginée lors d'une discussion autour de la coopération en réseau avec Jean Michel Cornu [3] sur les bancs d'une crêperie à Brest en 2012. En partageant nos expériences d'accompagnement de structures dans différents domaines, on s'apercevait que toutes ces structures avaient des finalités semblables, des envies d'un monde meilleur, de changements de posture, de pratiques plus coopératives. Mais ces structures s'ignoraient les unes, les autres. En prenant plaisir à inventer des mots, on a parlé de "tragédie du LSD". La tragédie du Libre Solidaire et Durable c'est le constat que le silo des Libristes, celui des Solidaristes et celui des Durabilistes ont tendance à travailler les uns à côté des autres, parce que chacun a son histoire, son vocabulaire, sa culture. Et en côtoyant une diversité de structures on voyait que le problème d'un silo était résolu dans le silo d'à côté. Si on arrivait à établir un peu plus de lien, de porosité entre ces silos, il serait possible que cela permette à la fois à ces silos d'avancer mais surtout de passer à l'échelle au delà de leur propre cercle. Les sujets auxquels nous sommes confrontés, sont trop vaste pour que nous les traitions seuls.

On s'est arrêté sur tragédie du LSD avec ces 3 mondes là parce que cela sonne bien, mais on pourrait aussi ajouter le monde de la culture, de l'économie sociale, d'entreprises qui s'impliquent dans la transition, de certaines formes d'organisations territoriales qui fonctionnent un peu différemment (conseil de développement participatifs, réseau tels Bruded en Bretagne, le RTES pour l'économie sociale et solidaire)...

Quelles sont les richesses mais aussi les handicaps de ces différents silos, en étant un peu caricatural, dans l'intention d'enclencher des débats et surtout pas de choquer qui que ce soit.

Si l'on prend le monde des "libristes", leur grande richesse c'est que des humains sont capables de travailler à distance pour faire du Wikipedia, de l'Open Street Map, ou de développer du code Linux avec des milliers de personnes tout autour de la planète sans jamais se rencontrer. C'est quand même une sacré prouesse. Leur difficulté est un manque de pédagogie en étant un peu entre soi, en parlant entre spécialistes. Un autre élément fabuleux des libristes c'est que dès son démarrage le projet est blindé comme étant un commun avec des licences juridiques qui permettent de protéger les codes sources comme étant des communs.

Si on passe au silo d'à côté, les "solidaristes", leur dimension fabuleuse c'est l'histoire de la pensée politique, des mots en expliquant par exemple les différences entre libertaires et anarchistes et en les situant dans l'histoire et leur conséquence aujourd'hui. Mais dans leur fonctionnement on a souvent des réunions un peu tristounettes qui n'ont pas changé depuis des décennies. Mais ils sont sur des sujets hyper impliquant avec des capacités de mobilisation extrêmement intéressantes.

Si on passe du côté des "durabilistes", il y a un côté un peu rigolo, dans la dimension pédagogiques avec des techniques assez sympathiques de communication et d'animation. Avec des contenus scientifiques qui sont parfois un peu fragiles alors que paradoxalement ils s'appuient sur des données scientifiques qui sont parfois un peu obsolètes. Chez eux la notion des communs est souvent un impensé.

Si l'on fait ce petit pas de recul en repérant ce qui est bien dans nos différents silos mais aussi en se moquant de nous pour voir les points sur lesquels on n'est pas bon on s'aperçoit
- que la pédagogie des durabilistes pourrait tout à fait servir aux solidaristes mais aussi aux libristes,
- que l'idée de travailler sur des communs et de savoir les protéger juridiquement pourrait servir aux solidaristes et aux durabilistes,
- qu'il ne suffit pas que ce soit libre pour que ce soit bon et rajouter l'histoire des idées peut donner plus de sens...
C'est en travaillant sur nos forces à partager mais aussi et surtout sur nos faiblesses à travailler que les liens entre ces silos deviennent évidents et hyper efficients.

Pour donner un exemple : la rencontre entre Framasoft et les Colibris lors du Forum des usages coopératifs 2018 à Brest. Les colibris agrègent des dizaines de milliers de personnes qui veulent travailler ensemble mais qui n'étaient pas bon du tout en terme d'outils collaboratifs. Est-ce que vous pourriez nous aider à utiliser les outils de Framasoft que l'on puisse en retour aider à les améliorer ? Framasoft était honoré de cette sollicitation et en réciproque, les Colibris avec la quantité de projets et de personnes qui en avaient besoin ont permis des retours d'usage très intéressants et permis d'ajouter aussi un peu d'esthétique et de pédagogie tel le parcours outils libres réalisé par les Colibris qui sont des contenus de formation utiles aussi à Framasoft. Cette porosité, cette perméabilité entre Framasoft et les Colibris est un exemple de passerelle entre le monde des libristes et celui des durabilistes.

MB : Dans le même esprit on pourrait parler de passerelle avec la dimension créativité des artistes, la dimension service public des collectivités locales qui pourraient enrichir d'autres silos.

Le fonctionnement en archipel

LM : Ce qui est important au delà de la liste "LSD" donnée en exemple c'est à la fois de repérer ce sur quoi on est bon et de se laisser transformer. On s'approche de la notion d'archipel : repérer ce sur quoi nous sommes bon, c'est travailler sur notre identité racine : qu'est ce qui fait que l'on n'est pas l'autre, quelle est ma singularité ? Qu'est ce que je sais faire et aussi qu'est ce que je ne sais pas faire ? A partir du moment où, en conscience, on arrive à repérer nos forces et nos faiblesses, cela permet de travailler sur une seconde notion qui est la notion d'identité relation : ce qui va me permettre de me chaîner à l'autre. Comment va-t-on pouvoir établir de la relation ou de l'échange avec le silo d'à côté. Et il n'y a identité relation que s'il y a transformation de part et d'autre d'autre de la relation. L'idée, ce n'est pas de dire moi j'ai raison, et mon projet doit se diffuser à un niveau intergalactique et quand tout le monde fera comme moi le monde sera sauvé, mais plutôt de gagner en humilité de structure en disant cela on sait faire, cela on ne sait pas faire et de travailler en liens, des liens qui remettent de la vie dans les différents petits îlots que sont nos projets, que sont nos structures.

MB : En quoi cette notion d'archipel apporte quelque chose aux besoins de transition ?

La notion d'archipel est un apport un peu poétique d'une idée travaillée par Édouard Glissant, poéte et philosophe proche d'aimé Césaire et qui a beaucoup parlé des notions d'archipelisation en contre-pied de la centralisation, produit historique de l'état français.

La notion d'archipel remet en cause l'idée de la centralité. Et pour les acteurs de la transition, peut-être qu'une idée forte est d'arrêter de dire qu'il y a une de nos structures qui va prendre le "lead" sur toutes les autres. Comment pour faire la transition ? Pensons -nous comme différentes petites îles et réfléchissons à comment nous allons nous mettre en lien pour faire projet commun sans chercher à ce qu'une île devienne plus grosse que les autres et prenne le commandement sur la totalité des autres.

Donc déjà deux notions :
- Pas de centralité et être plutôt dans une distribution des savoirs et des pouvoirs
- Des identités racine travaillées et visibles et des identités relations fécondes de transformations.

Ce qui va être intéressant c'est certes que l'on travaille sur nos identités, sur la coopération au sein de notre structure mais aussi d'identifier les flux d'informations entre les différentes îles. Bien souvent, les structures, je ne sais s'il s'agit d'une question d'égo de structure, ont tendance à imaginer que ce qu'elles font est central pour leur problématique. A partir du moment où je me vois comme une petite île dans un projet qui me transcende, on va se mettre à travailler sur les flux d'information entre les îles et cela va obliger les structures à repenser leur porosité. C'est une notion qui est très féconde dans l'idée d'archipel : comment se débrouiller et réfléchir aux conditions qui vont faire que les données, les contenus puissent circuler d'une île à l'autre et ainsi fabriquer des idées, des concepts qui vont complètement nous dépasser.

carte illustrant l'archipel des lowtech en france publié par le lowtechlab un site sous licence CC by par défaut

Pour que cette coopération ouverte, cette porosité entre les îles soit possible il y a 3 grandes conditions :

- Le premier est la porosité politique, comment va-t-on afficher ce que l'on est ? décrire ce que l'on est mais surtout le rendre visible aux autres. Certains parlent de code social [4] Voyant le code social de l'île d'à coté j'aurais plus ou moins envie de travailler avec elle ou travailler sur tel point et pas sur tel autre plutôt que d'avoir un jugement à priori. Cela concerne aussi les postures, la volonté de partage sincère.

- Le second élément concerne les conditions juridiques de l'archipelisation. Comment, si on parle de partage sincère, les contenus que j'ai fabriqué vont pouvoir sortir de ma structure ? comment est ce que je vais spécifier que d'autres vont pouvoir réutiliser mes contenus ? Est ce que ces contenus ont les bonnes licences juridiques qui permettent d'emblée que les personnes qui les voient sachent qu'ils peuvent les modifier, les réutiliser dans leurs projets, que les usages commerciaux sont possibles ou pas ? Sans alignement sur des licences comme les Creative Commons by Sa et GNU GPL et autres licences qui permettent un partage sincère, nous ne pourrons pas connecter nos contenus pour en faire du meilleur. Cela se chaîne avec la notion de compostabilité de nos contenus

- Et troisième élément enfin et seulement enfin, des conditions numériques qui permettent à nos interfaces, et autres plateformes de retrouver leurs porosités : comment va-t-on se débrouiller pour que les technostructures que l'on va mettre en place au sein de nos îles puissent diffuser de l'information, vont pouvoir recevoir de l'information ou envoyer de l'information d'autres îles. On parle de flux entrants et sortants, de flux rss, xml, json qui permettent de faire des Transiscopes et autres nouveaux niveaux de communs. Cela va obliger les structures à réfléchir non plus sur elles, mais sur quelles sont les conditions pour que l'on puisse se connecter avec l'îlot d'à côté et faire des veines et des artères de communication entre îlots qui vont faire transition.

l'exemple de framasoft :

L'association Framasoft a fait le choix d'une démarche en archipel au croisement de la mise en place des Chatons [5], d'une rencontre avec l'association québecoise FACiL, d'échange avec les Colibris au « Forum des Usages Coopératifs » de Brest, en 2018, et des lectures d'Édouard Glissant (1928-2011).

« J'appelle créolisation la rencontre, l'interférence, le choc, les harmonies et les dysharmonies entre les cultures. » Par ces mots, Édouard Glissant fait de la « créolisation » une décontinentalisation, qu'il nomme archipélisation, et qu'il corrèle à ce qu'il appelle le « tout-monde ». Le monde entier, pour lui, se créolise et s'archipélise.

Cette notion, si elle est associée à celle des outils conviviaux d'Ivan Illich ou la figure du rhizome, héritée de Deleuze et Gattari, déjoue l'opposition entre centre et périphérie. Il s'agit donc de passer d'une vision continentale, où on essaye de faire continent tous ensemble, à une « archipélisation » d'îlots de résistance émergents.

dans Archipélisation : comment Framasoft conçoit les relations qu'elle tisse, sur le blog de Framasoft

MB Ces trois élements condition d'une coopération ouverte pour les archipels sont tout aussi pertinents pour des associations, collectifs, établissements, entrepreneurs intéressés par un fonctionnement en réseau ouvert.
Et en particulier toutes celle et ceux qui se sentent concerné.es. par l'urgence des transitions !

Un chemin autour de multiples expériences irréversibles de coopérations fait de belles rencontres et d'apprentissages qui se renouvellent.

Aller plus loin :

Quelques liens sur explorer des facettes de la coopération ouverte :

- Animacoop formation à l'animation de projets coopératifs ]] et aussi Interpole, l'espace ressource de la CIA (Collectif Inter Animacoop).

- Archipélisation : comment Framasoft conçoit les relations qu'elle tisse, sur le blog de Framasoft, 10 décembre 2019.

- Archipel Citoyen "osons les jours heureux, un chemin vers une autre gouvernance et une page biblio sur la notion d'archipel sur Riposte Creative Bretagne et en perspective une agora des archipels.

- Autour des compétences qui favorisent la coopération L'état d'esprit collaboratif, « faire avec » et « avoir le souci des communs » : trois pivots pour coopérer âr Elzbieta Sanojca dans Innovation Pédagogique, 11 mars 2018.

- Ce que nous apprenons des Riposte Créative, une démarche d'écriture collaborative réutilisable, par Michel Briand et Laurent Marseault, 21 juin 2

- La compostabilité : pour un écosystème de projets vivaces par Romain Lalande et Laurent Marseault sur Vecam, 4 mars 2018.

- La coopération, un changement de posture : vers une société de la coopération ouverte, diapos commentées et audio de la conférence de Michel Briand au colloque QPES 2019, dans Innovation Pédagogique, juin 2019.

- Créer et animer une "Riposte Creative, formation action autour de la coopération ouverte proposée au CNFPT par Michel Briand et Laurent Marseault et mise en oeuvre pour le département de la Gironde avec Julie Chabaud (février, mars 2021).

- E-book Cooptic un manuel à l'usage des animateurs de réseau et les contenus bonifiés par Gatien Bataille dans sa formation cooptic

- La gare d'aiguillage aussi appelée "gare centrale" dans les formations Animacoop espace de partage d'information qui rend visible tous les éléments utiles aux membres d'un collectif pour y agir en collaboration, un exemple de circulation ds flux sur Riposte Creative Bretagne.

- Histoires de coopération une trentaine d'interview d'acteurs de la coopération ouverte sur le blog Coopérations, mars 2019.


Quelques projets auxquels nous participons autour de la coopération ouverte

- Bretagne Creative


"L'innovation sociale ouverte, c'est donc donner à voir son projet/son idée, échanger avec les autres pour croiser et enrichir les savoirs-faire et compétences. Sources d'efficience et créatrices de lien social sur les territoires, les démarches collaboratives sont une manière de pérenniser et de multiplier ces initiatives tout en favorisant le bien commun."

- Riposte Creative Territoriale


L'objectif ? Co-construire, avec les collectivités territoriales, les réponses formatives innovantes pour faire face à ces défis complètement inédits, en mobilisant l'intelligence collective. Comment développer des modes d'apprentissage dans l'urgence, pour des solutions créatrices de valeur sociale pour le service public territorial et la démocratie locale ?
Notre intention fait écho à l'alerte de Bruno Latour : « Si on ne profite pas de cette situation incroyable pour changer, ce serait gâcher une crise. »

- Riposte Creative Bretagne


« Une marmite ne commence pas à bouillir par le couvercle, mais toujours par le fond ! » Proverbe de Haute-Bretagne un espace collabortaif ouvert pour

  • donner à voir et mutualiser les initiatives en complémentarité des services et groupes mis en place
    -* exprimer des besoins prenant en compte les personnes en précarité, en situation de fragilité et éloignées des services proposés
  • favoriser l'attention, le soin, et une convivialité, et ainsi contribuer au bien vivre ensemble
  • favoriser des transformations créatives solidaires et en transition pour l'après

- Faire ecole ensemble
association - collégiale et à durée de vie limitée - qui facilite le soutien citoyen de la communauté éducative durant l'épidémie de COVID-19. Ses actions s'organisent par programmes et se destinent à être supportés par des coalitions d'organisations pérennes.

- Outils libres


Internet avait été conçu comme un réseau décentralisé, qui donne du pouvoir et de la liberté aux citoyens. Sortir nos informations des gros silos de données pour revenir à des petites structures ouvertes et inter-connectées, c'est possible avec un peu de savoir faire technique et de la bonne volonté. Dans le cadre du mouvement plus global des logiciels libres, et par sa rencontre et collaboration avec l'association Framasoft, Colibris a rejoint le Collectif d'Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS) et met à disposition gratuitement des solutions libres et respectueuses de la vie privée.

- Transiscope


Aujourd'hui, de nombreux d'acteurs de la transition et des alternatives ont entamé un travail de recensement et de cartographie de leurs organisations, actions et écosystèmes.

Dans la majorité des cas, néanmoins, ces informations sont éparpillées sur les sites de chacune de ces organisations et les données ne peuvent pas communiquer entre elles en raison de choix techniques différents : aucune visualisation agrégée n'était jusqu'à présent possible.

Pour permettre de relier ces alternatives, une dizaine de collectifs travaillent depuis deux ans pour développer des outils libres permettant de connecter les différentes bases de données existantes et de les visualiser au même endroit : TRANSISCOPE

- Collectif Yeswiki


L'outil libre facilitant la coopération ouverte.
YesWiki est un logiciel libre né du croisement des discussions et savoir-faire de développeurs et animateurs de projets coopératifs.

A l'image d'une page blanche, ses usages sont quasiment illimités : ils dépendront de votre créativité !

YesWiki est aujourd'hui maintenu et amélioré par une communauté de professionnels issus d'horizons différents qui prend du plaisir à partager ses rêves, ses créations et ses développements.


[2] intervention à la journée du département de Loire Atlantique, article en ligne sur a-brest, 9 octobre 2012 (et enregistrement) ; voir aussi La coopération ouverte, un concept en émergence par Elzbieta Sanojca et Michel Briand sur Innovation pédagogique le 18 mai 2018 et La coopération ouverte : principes et tentative de définition sur le blog “Travail en Réseau et Coopération Ouverte”, de Lilian Ricaud, 4 février 2013 et Pourquoi coopérer, par Joel Candeau dansTerrain anthropologie &sciences humaines, 58, 4-25, mars 2012.

[3] La coopération, nouvelles approches. Livre en ligne

[4] La démarche #CodeSocial est un modèle de description des intentions et des actions d'une organisation. Cette démarche est à destination des acteurs souhaitant s'inscrire dans des démarches de transparence, de reliance, d'efficience, de résilience, de collaboration, de transition et de cohérence. extrait du site Code socia initié en 2019 par Mathieu Coste, d'autres trames de documentation du comment faire sont librement réutilisables telle les recettes libres initiées au Forum des usages coopératifs 2012 et aux rencontre Moustic 2013 : "Territoires en réseaux et diffusion de nos innovations Recettes libres, codes sources, écrivons le comment faire de nos innovations sociales, mai 2013, et les codes sources mises en oeuvre pour les Tiers lieux open source par Movilab

[5]
CHATONS est le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Ce collectif vise à rassembler des structures proposant des services en ligne libres, éthiques et décentralisés afin de permettre aux utilisateur⋅ices de trouver rapidement des alternatives respectueuses de leurs données et de leur vie privée aux services proposés par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). CHATONS est un collectif initié par l'association Framasoft en 2016 suite au succès de sa campagne Dégooglisons Internet.


Accéder à l'intégralité du contenu

Un hackaton est un évènement réunissant plusieurs participants pendant un temps délimité pour collaborer sur un sujet ou développer un projet. Le terme est issu de l'anglais « Hack » (s'introduire dans un système informatique) et du français « marathon » (sans interruption). Il a été imaginé par des communautés de développeurs informatiques qui se regroupaient pendant plusieurs jours pour développer des prototypes d'applications innovantes en mode collaboratif tout en faisant la fête ! Aujourd'hui c'est une méthode très utilisée par les entreprises pour innover et imaginer leurs évolutions.
On ne s'étonnera donc pas que Xavier Aimé, Responsable pédagogique du Master Mégadonnées et Analyse sociale (MEDAS) au Cnam Pays de la Loire, ait eu envie d'organiser un Hackathon avec ses élèves. Pour enrichir la démarche, il a eu l'idée d'y associer les élèves du MEDAS Paris ainsi que ceux de 3ème année de la filière Ingénieur Génie électrique. Avec la crise sanitaire, il a dû s'adapter en organisant cet Hackathon intégralement à distance !
Il nous partage les coulisses et les enseignements de cet évènement.

Living Lab : Quel était le thème de ce Hackathon ?
Xavier : la précarité énergétique. L'objectif était de créer un outil d'analyse et de détection de la précarité énergétique à l'échelle du territoire vendéen. Il s'agissait, plus spécifiquement, d'acquérir un outil capable de définir des zones géographiques dans lesquelles la population est susceptible d'être significativement en situation de précarité énergétique, tout en garantissant le respect des règles de confidentialité des données commerciales et personnelles sensibles. Les zones détectées permettront à terme d'engager des actions d'accompagnement et de sensibilisation.
Living lab : Quel était l'objectif pédagogique de ce Hackathon ?
Xavier Aimé : Il s'agit de développer les compétences transverses des élèves. En gros les faire sortir de leur zone de confort, en les faisant travailler avec des élèves d'autres univers, pendant en un temps court (2 jours), sur une thématique qu'ils ne connaissent pas. C'est un exercice où les connaissances, le mental et le physique comptent. Le savoir-faire, l'esprit critique et le savoir-être sont pleinement mis en œuvre. Enfin c'est l'occasion d'aborder la pensée complexe, en expérimentant et en sortant de sa seule discipline !

Living Lab : A qui est-il destiné ?
Xavier : Le SyDEV*, Enedis et le Département de Vendée sont les bénéficiaires du livrable retenu par le jury. Les utilisateurs de l'outil de détection de la précarité énergétique sont les employés des services respectifs de chaque organisation. Les étudiants lauréats se sont vu remettre un certain nombre de prix (différé avec le COVID) et bénéficieront d'un parcours d'entretiens RH au sein de l'entreprise Enedis*.

Living Lab : Comment s'est-il déroulé ?
Xavier : il y a eu un travail préparatoire en amont : les élèves ont reçu un bref cahier des charges expliquant les différentes notions liées à la précarité énergétique et présentant les attendus de manière suffisamment large pour ne pas brider la créativité. La composition des équipes a également été communiquée en amont pour qu'ils puissent faire connaissance avant le hackathon (chaque équipe était dirigée par un étudiant de La Roche sur Yon et comptait au moins un représentant de chaque formation). La première journée était consacrée à la phase d'idéation avec une présentation de 3 projets « à grosse maille » possibles. Il devait en être retenu deux sur les trois par équipe. Le jury, après audition de tous, a finalement décidé que les trois propositions étaient complémentaires. Il a donc demandé aux équipes de réfléchir à une fusion de leurs trois projets. Ils ont alors passé la nuit puis le lendemain matin à travailler sur cette fusion. Puis lors du dernier après-midi, les apprenants ont préparé un prototypage de la solution qui leur semblait la meilleure. Ils l'ont présenté devant le jury. Des temps de questions réponses avec les commanditaires et experts de la thématique étaient régulièrement organisés tout au long de ces deux journées pour s'assurer que la solution à proposer corresponde bien à la demande. Le Hackathon s'est terminé par la remise des prix. Evidemment, le contexte sanitaire n'a pas permis de fêter l'évènement, mais ce n'est que partie remise !

Living Lab : Quels enseignements tirez-vous de cette expérience ?
Xavier : Les commanditaires ont été surpris dans le bon sens du terme par la qualité du travail fourni et par la capacité d'appropriation d'un sujet qui n'était pas évident. Un groupe (2e prix) a même élaboré un nouvel indicateur de précarité énergétique qui a fortement retenu l'attention du jury. Nous avons eu une très forte implication de tous les étudiants, avec un bon état d'esprit, même si au début des deux jours, certains étaient venus à reculons.

Living Lab : Avec la crise sanitaire, vous avez dû organiser ce Hackathon à distance, qu'est-ce que cela a changé par rapport au présentiel ?
Xavier : Le plus important, c'est de disposer d'outils de communication qui fonctionnent ! Et cela a été notre cas. La présence et la forte implication d'animateurs pour accompagner les étudiants durant toute la période fut également une clé de la réussite. Enfin, le fait de tout faire à distance a offert une très grande souplesse dans l'organisation et a permis de réduire les coûts d'un tel évènement.

Living Lab : Quels conseils donneriez-vous à des collègues pour réaliser un hackathon à distance dans de bonnes conditions ?
Xavier : Il faut une véritable appropriation et adhésion en amont chez toutes les parties engagées. Chaque équipe pédagogique doit être investie dans la préparation de l'évènement auprès des élèves participants. Nous avons eu la chance que les étudiants se soient bien entendus car il y avait vraiment une très grande disparité en termes d'appréhension et de préparation du hackathon.
Les outils de travail collaboratifs, particulièrement dans ces conditions, doivent être tous opérationnels 24/24. La connexion internet des étudiants doit également être de bonne qualité, surtout pour les soutenances présentations des solutions retenues.
Les prix décernés doivent également être clairement définis par tous les partenaires bien avant le début du hackathon.
Concernant l'organisation du hackathon, ce doit être l'œuvre d'un groupe et non d'une personne (en l'occurrence moi). C'est très lourd à organiser et très chronophage.
Si le tout distanciel offre beaucoup d'avantages, la partie festive est tout aussi importante. Là, on a tout de même ressenti un gros manque. Mais ce n'est que partie remise !

Un autre récit de Hackathon, le Cnamathon du Cnam Grand Est

*Sydev : Syndicat Départemental d'Energie et d'équipement de la Vendée


Accéder à l'intégralité du contenu

Needle se présente comme une extension ou module complémentaire pour navigateur (Firefox) qui prend la forme, une fois l'installation effectuée, d'un bouton discret en forme d'aiguille (« needle »). Pour filer la métaphore, on peut ainsi au cours de la navigation cliquer sur ce bouton de fil en aiguille, afin de conserver une ressource jugée intéressante et l'indexer si on le souhaite. Cette opération implique la création d'un compte.
Au fur et à mesure de l'enrichissement de ce réservoir personnel, l'usager se voit proposer les « fils » des autres personnes ayant retenu la même page web, ce qui permet de découvrir de nouvelles ressources potentiellement utiles.

d'après la présentation

La présentation en ligne de Needle

ensemble, tissons un réseau par les internautes pour les internautes

Qu'est-ce que la navigation web contributive ?

Essayez l'exploration curieuse

Glissez un fil dans chacune de vos trouvailles sur le web.
Suivez les fils que l'on y a glissés avant vous,
et ceux que l'on y glissera après vous.

Ne vous contentez plus des réponses ciblées par les moteurs de recherche et des informations filtrées par les réseaux sociaux. Dans cette économie dominée par le clic, redonnez une place à l'information qui mérite d'être lue.

needle est une extension qui ajoute un bouton à votre navigateur grâce auquel indexer les pages web qui vous inspirent. Lorsque vous contribuez au réseau needle, cela vous ouvre l'accès à de nouvelles sources d'inspiration le long des fils de celles et ceux que vous croisez, ou qui vous croiseront à l'avenir. Vous pouvez mutualiser vos trouvailles en vous réunissant dans des groupes, mais aussi contacter quiconque croise votre fil.

needle peut vous être utile pour ...

- Compléter vos recherches et votre veille par des ressources inattendues
- Explorer des pistes de réflexion et d'innovation à la périphérie de votre champ d'expertise
- Initier des rencontres et des collaborations en dehors de vos réseaux habituels

----
needle est un projet issu de la recherche, financé par l'Université de Lorraine au titre de la valorisation non-économique. Les données anonymes et impersonnelles qui sont recueillies en vue d'étudier les usages de needle sont destinées à être ouvertes à la recherche publique. En savoir plus


Qui sommes nous ?
- Falgas Julien, Chercheur associé au CREM
- Diallo Mamadou Moustapha Ingénieur logiciel


voir aussi les articles
- Audrey Knauf et Julien Falgas, « Les enjeux de l'hybridation pour l'apprentissage coactif », Distances et médiations des savoirs, 30 | 2020, mis en ligne le 25 juin 2020.

- Témoignage : sur Internet, comment inciter les étudiants à sortir de leurs « bulles de filtres », par Audrey Knauf et Julien Falgas, dans The conversation, 29 septembre 2020.


Accéder à l'intégralité du contenu


L'injonction institutionnelle à co-intervenir est au cœur de l'actualité pédagogique : le partenariat reste fortement incité [1], le rôle éducatif des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem) est renforcé [2], la présence des accompagnants d'élève en situation de handicap (AESH) est croissante, et le coenseignement entre en force en lycée professionnel, dans les Rased (réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté), en ULIS (unité locale d'inclusion scolaire) et en Segpa (sections d'enseignement général et professionnel adapté).

Nous avons souhaité présenter dans ce dossier autant les co-interventions traditionnelles (celles qui se pratiquent entre enseignant et Atsem, AESH ou intervenant extérieur) que le coenseignement entre deux professeurs. Force a été de constater que 90 % des textes reçus présentaient des situations de coenseignement. Il apparait dès lors que le coenseignement est au cœur des préoccupations actuelles. Il l'est non seulement parce qu'il bouscule la norme professionnelle d'un enseignant seul en classe face à ses élèves, mais aussi parce qu'il nécessite du travail collaboratif, du temps, du pragmatisme et des ajustements.

Si certains enseignants s'essayent au coenseignement avec bonheur parce qu'ils aiment le défi ou qu'ils souhaitent dynamiser à nouveau leur pratique et se former, d'autres y entrent progressivement, à tâtons, à la recherche d'un meilleur accompagnement de tous les élèves. D'autres encore disent leur difficulté : celle d'avoir à conjuguer des référentiels de compétences complexes, celle d'enseigner sous le regard du collègue, d'avoir des pratiques pédagogiques ou des représentations du métier trop distinctes pour se rencontrer.

De même, coenseigner dans le second degré nécessite des personnels de direction qu'ils contextualisent et adaptent les emplois du temps. La chose est complexe. La formation des binômes, l'alignement des espaces-temps sont difficiles. Et pour les enseignants volontaires, le défi est parfois simplement de convaincre la hiérarchie de la nécessité d'une telle modalité d'enseignement.

Se pose également la question de la formation. La formation par le coenseignement, pour (mieux) coenseigner sont deux approches que nous abordons. Le coenseignement peut s'employer pour former les novices, maintenir l'étrangéité du formateur, ou encore se développer professionnellement tout au long de sa carrière. Mais quid de la formation au coenseignement et à la co-intervention ? Si l'ensemble des articles de ce dossier peut étayer un temps de formation, l'un d'eux interroge particulièrement la formation du binôme : être formé ensemble pour travailler ensemble. Nous avons souhaité donner voix à la formation en concluant ce dossier par des articles qui lui sont spécifiquement dédiés.

Au fil de ce dossier, vous découvrirez que chaque auteur use à son gré des termes de « coanimation, co-intervention, coenseignement ». Si la recherche en sciences de l'éducation a désormais clarifié la définition de ces termes, nous avons souhaité garder leurs mots, parce qu'ils nous disent là où ils en sont de leur réflexion pédagogique.

Rachel Harent
Professeure des écoles dans le Finistère, laboratoire Cread (Centre de recherche sur l'éducation, les apprentissages et la didactique), université Rennes 2, EA 3875

Céline Walkowiak
Professeure de français en collège


[1] Dossier de veille de l'IFÉ n° 134, avril 2020.

[2] Décret n° 2018-152 du 1er mars 2018.

Sur la librairie

Voir le sommaire et les articles en ligne :


Lire, comprendre
L'image d'Épinal veut que l'enseignant soit seul dans sa classe face aux élèves. Or, de nombreuses pratiques de co-intervention, régulières ou ponctuelles, existent au sein des classes. Ce dossier s'intéressera donc à la co-intervention et au coenseignement, à ces espaces-temps où on est deux en classe avec les élèves.


Accéder à l'intégralité du contenu

Le coenseignement implique un changement de paradigme qu'il faut accompagner. Être à deux en classe induit un questionnement sur ses pratiques. Un exemple de formation au lycée français de Bilbao.

La chef d'établissement nous a sollicités en tant qu'EEMCP2 (enseignant expatrié à mission de conseil pédagogique pour l'enseignement secondaire, formateur de l'agence pour l'enseignement français à l'étranger pour l'enseignement secondaire) pour animer une formation sur site auprès des dix-huit collègues expérimentant le dispositif depuis un mois. Elle s'est déroulée sur une journée que nous avons construite autour de trois axes : poser une problématique contextualisée, donner des outils d'analyse adaptés, développer une pratique réflexive.

Construire une problématique contextualisée

Pour commencer, nous sommes partis du ressenti des stagiaires à l'aide d'un photolangage envoyé quelques jours auparavant. Les images représentaient des couples célèbres caractérisant une relation duale (Chapeau melon et Bottes de cuir [ce ne sont pas ici les noms des personnages mais le titre de la série], Astérix et Obélix, etc.), avec une consigne : « Lequel de ces couples vous ressemble le plus dans votre pratique du coenseignement ? » À l'issue des premiers échanges a émergé une première problématique de formation : « Est-ce vraiment plus efficace d'enseigner à deux ? »

Nous avons ensuite proposé de courtes vidéos montrant les élèves du lycée en activité en classe avec un seul professeur, puis en entretien à l'issue de l'activité. Ils devaient répondre à quatre questions : « Qu'est-ce que tu fais actuellement ? Pourquoi l'enseignant a-t-il proposé cette activité ? À quoi ça sert ? Quels sont d'après toi les critères de réussite ? » Le fait de prendre le temps d'écouter des élèves que les collègues connaissent très bien et d'analyser leurs représentations des tâches scolaires ainsi que leur rapport au savoir a permis de révéler un jeu de postures [1] que nous avons ensuite explicité. Il est apparu que des élèves considérés comme « bons » étaient enfermés dans une « posture scolaire » ou une « posture première » et ne donnaient que peu de sens aux tâches proposées. Un nouveau questionnement est apparu : « Le coenseignement permettrait-il d'aller vers un enseignement plus explicite ? Pourrait-il permettre aux élèves d'accéder à d'autres postures pour modifier leur rapport au savoir ? »

Après ce temps, les collègues stagiaires interrogés sur leur vécu récent du coenseignement reconnaissaient une plus grande attention des élèves en classe et un meilleur enrôlement dans la tâche. À quoi cela était-il dû ? Au cadrage plus serré des élèves par deux enseignants ? Pas seulement. À une meilleure explicitation des apprentissages donnant plus de sens aux activités ? Peut-être ! Petit à petit, l'objectif de la formation apparaissait plus nettement aux stagiaires : il ne s'agit pas seulement d'être à deux en classe, mais de s'interroger sur ses pratiques pour pouvoir agir en situation.

des outils pour comprendre et agir

Le problème étant posé, le réel de la classe étant convoqué, nous pouvions présenter des outils pour identifier des modalités organisationnelles et réfléchir aux finalités du dispositif. Pour ce faire, nous nous sommes appuyés sur la distinction des modalités de co-intervention, coprésence et coenseignement (voir schéma), [C'est le schéma qui est dans l'article 7 configurations à deux en classe. Mettre un renvoi.] et sur le programme « Apprenance » de l'académie de Grenoble. Celui-ci distingue quatre formes de co-intervention à deux en classe : cumulative (1 + 1), collaborative (réorganiser l'espace de la classe), réflexive (observation croisée), transformative (une opportunité pour faire évoluer ses pratiques).

La seconde partie de la journée était consacrée à de l'analyse de pratique. À partir d'une séance filmée, les collègues ont d'abord été invités à repérer les enjeux du coenseignement en observant la répartition des rôles entre les deux enseignants, leur communication, le climat de classe, la gestion des groupes, à identifier les types de coenseignement à l'œuvre, à envisager les plus-values et limites du dispositif. Il s'est ensuite agi d'observer puis d'analyser une séance où un professeur surnuméraire venait épauler son collègue titulaire de la classe. Il nous a semblé essentiel ici de sensibiliser les collègues au fait que l'observation n'est pas un geste anodin, qu'elle n'est pas aisée pour l'enseignant observé, habituellement seul en classe. Pour cela, des vidéos extraites de la plateforme NéoPass@ction [2] nous ont servi à poser à la fois le cadre de l'observation parce qu'« analyser, ce n'est pas juger » [3], et la méthodologie à suivre pour expliciter une démarche ; l'activité d'un enseignant ne se résume pas à ce qui est visible. Nous avons ensuite demandé aux stagiaires d'identifier ce qu'il leur semblait important d'observer dans l'objectif d'une coformation entre pairs. Après les avoir définis, les stagiaires se sont réparti les éléments jugés pertinents à observer : l'enrôlement des élèves dans la tâche, le climat de classe, les interactions entre les enseignants, le jeu des postures, etc.

Un débriefing a été organisé entre les stagiaires et les deux professeurs. Il s'agissait ici d'analyser le déroulement de la séance à la lumière des apports théoriques de la matinée et de tenter d'accéder à la partie invisible de l'activité. Ce n'est donc qu'après avoir pris le temps de décrire l'observable que nous sommes passés à l'analyse, pour finalement, en fin de démarche, envisager des alternatives.

Et après ?

La formation était déjà terminée que se posait l'inévitable question : « Et après ? » Cette première journée avait déjà permis de nous accorder sur un point : le « comment faire » est subordonné au « pourquoi le faire ». Travailler à deux dans une classe invite en effet à mieux s'interroger sur les difficultés rencontrées par les élèves et sur les moyens d'y répondre. Travailler à deux dans la classe permet de s'interroger sur ses choix pédagogiques et ses croyances professionnelles dans l'objectif de mieux agir.

Florence Trouillet
EEMCP2 physique-chimie, zone Europe ibérique

Philippe Merleau
EEMCP2 histoire-géographie, zone Europe ibérique


[1] Dominique Bucheton et Yves Soulé, « Les gestes professionnels et le jeu des postures de l'enseignant dans la classe : un multiagenda de préoccupations enchâssées », Éducation didactique vol. 3, n° 3, 2009.

Sur la librairie

Voir le sommaire et les articles en ligne :


Lire, comprendre
L'image d'Épinal veut que l'enseignant soit seul dans sa classe face aux élèves. Or, de nombreuses pratiques de co-intervention, régulières ou ponctuelles, existent au sein des classes. Ce dossier s'intéressera donc à la co-intervention et au coenseignement, à ces espaces-temps où on est deux en classe avec les élèves.


Accéder à l'intégralité du contenu

La crise du covid nous fait vivre la fragilité de notre monde.

Face aux crises à venir comment :

  • former à la compréhension des défis à venir ?
  • accompagner les jeunes dans leur implication pour résoudre ces défis ?
  • développer un pouvoir d'agir porteur de nouvelles réponses collectives ?
  • quelle place de la résilience dans l'éducation à l'école mais aussi dans l'éducation populaire et les mouvements de la transition ?

“Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous sentons qu'une civilisation a la même fragilité qu'une vie.” Paul Valery

citation reprise des voeux inspirants de François Taddei

éco systéme résilient, dessin par elicec@live.fr publié par Riposte creative territoriale
dessin éco systéme résilient

éco systéme résilient, dessin par elicec@live.fr publié par Riposte creative territoriale

Une idée, une proposition ne vient jamais seule, mais à un moment de nouveau possibles pour Résilience et éducation cette proposition de groupe FB est née au croisement

- de l'appel en communs "Résilience des territoires", initié à l'Ademe par Gabriel Plassat [1]

A l'image de la fabrique des mobilités, l'idée est d'identifier des défis à travailler ensemble pour contribuer à la résilience des territoires. C'est remplacer la compétition des appels à projets sélectifs et souvent fermés par une coopération ouverte où les productions sont des communs réutilisables

de la lecture des veux inspirants de François Taddei

2020 marquera une année de rupture. Il n'y aura pas de retour en arrière. Nous avons pris conscience que les solutions aux problèmes d'hier ne sont pas adaptées aux défis que nous devons et aurons à affronter. Nous devons inventer, collectivement, de nouvelles réponses.
Il est plus que jamais essentiel de former les jeunes générations à la résolution des défis de manière collective.

[2]

d'un échange avec Benjamin et Hélène de Faire Ecole Ensemble qu'est venue l'idée de proposer un groupe Résilience et éducation.

Faire École Ensemble est une association - collégiale et à durée de vie limitée - qui facilite le soutien citoyen de la communauté éducative durant l'épidémie de COVID-19. Ses actions s'organisent par programmes et se destinent à être supportés par des coalitions d'organisations pérennes.

avec un appel relayé par Lorenzo Favia, acteur et connecteur de réseaux et projets coopératifs en communs comme Transiscope, le groupe facilitateurs et facilitatrices

et de la démarche des "Riposte Creative" initiée par Riposte creative territoriale (avec la direction Innovation du CNFPT) [3] puis par Riposte Creative Bretagne et en décembre par les Riposte Alimentaire pour une résilience alimentaire.



la carte d'initiatives en riposte au premier confinement en Bretagne

Un groupe pourquoi faire ?

C'est tout d'abord une envie de relier Education et résilience, dans la suite de mon implication dans le magazine Innovation pédagogique où nous avons initié il y a un an une rubrique enseigner la transition

C'est aussi une envie d'une prise en compte globale des questions éducatives à la manière de Bretagne Educative qui essaie de relier école éducation populaire, formation tout au long de la vie, éducation à l'environnement.

Voici les questions posées dans l'à propos du groupe,

Comment :

  • former à la compréhension des défis à venir ?
  • accompagner les jeunes dans leur implication pour résoudre ces défis ?
  • développer un pouvoir d'agir porteur de nouvelles réponses collectives ?
  • quelle place de la résilience dans l'éducation à l'école mais aussi dans l'éducation populaire et les mouvements de la transition ?

et proposées à la discussion.

Une démarche qui fait le choix des communs

Comme indiqué dans les croisements, la coopération ouverte et les communs sont au coeur de la démarche. Avec d'autres nous avions écrit une petite contribution aux rencontres Co-construire de Tourna (août 2019) i ;
une coopération ouverte pour un monde vivable et désirable

L'urgence ne nous permet plus d'attendre, il n'est pas possible de réinventer chacun dans son coin. Le partage sincère c'est permettre aux autres de réutiliser ses contenus de formation, ses techniques d'animation, ses retours d'expérience et ne pas les garder pour soi ou son groupe.
Agir ensemble demande une confiance, une ouverture à l'autre qui reconnaît, en humilité les compétences, les savoir faire de chacun.e.
Le vivre ensemble des futurs désirables demande un changement de posture où nous enrichissons de la diversité de nos pratiques de nos histoires, nous démultiplions nos forces en transition.

Cette attention aux autre, bienveillance avec un souci de réutilisation (compostabilité) des productions guide aussi le fonctionnement proposé pour le groupe :

Et quelques règles, postures favoriser une convivialité et la coopération

  • des échanges en bienveillance
  • une attention aux initiatives de celles et ceux qui font
  • un donner à voir (retour d'expérience, récits ;)
  • un souci de documentation
  • une coopération ouverte qui croise les réseaux
  • un partage sincère (contenus réutilisables)
  • une écriture sans "crier" ou vouloir parler plus fort (texte grossi, écriture en majuscule...)
  • sans publicité commerciale
donner un sens à la riposte
un dessin par elicec@live.fr issu des rencontres Riposte Creative avec les cousinades de Gironde

un dessin par elicec@live.fr issu des rencontres Riposte Creative avec les cousinades de Gironde

Quelles étapes envisagées

Avec 200 inscrit.e.s en 2 jours, le sujet rencontre un intérêt,
voici quelques idées pour démarrer :
- une discussion sur les questions qui se posent ?
- une présentation des participant.e.s
- les réseaux proches d e Résilience et éducation
- les PPPP prochains petits pas possibles
- vers un espace collaboratif à la mode des "Riposte" ,
.... en attendant d'autres à recevoir en intelligence collective.

Un groupe FB pour commencer

La proposition initiale est celle d'un groupe FB , tout simplement pour assoicier rapidement quelques centaines de personnes.

Si le sujet motive des personnes nous pourrons ouvrir un espace collaboratif ouvert à la mode des Riposte Creative initiés durant le premier confinement, ou depuis décembre des Riposte alimentaire ;


[1] "Organiser la résilience des territoires ; Ces besoins qui appellent à produire ensemble des Communs
Connaissances, Données, Logiciels, Matériels, Alimentation, Transport, Énergie, Bâtiment, Aménagement urbain et territorial, Communication, Sécurité ..", Fév 2021 - 10 mois - 10 défis - 300 personnes - 30 communs, Initié par l'ADEME avec la participation de l'AFD et l'ANCT

[2] et qui qui nous donne rendez-vous les 24 et 25 janvier prochain autour du Festival de l'Apprendre

[3] d'où sont repris les deux illustrations par elicec@live.fr


Accéder à l'intégralité du contenu