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Numérique responsable

Que ce soit à travers « Low-tech With Refugees », « Nomades des mers » et le « Low-tech Lab » ou « L'Atelier Paysan », le concept , les exemples et la démarche Low-tech rencontrent un certain succès auprès des ingénieur⋅es et étudiant⋅es ingénieur⋅es engagé⋅es pour le climat ou la solidarité. Celles-ci sont un exemple indéniable de technologie vertueuse, malheureusement leur généralisation semble difficile. Ce texte propose de rechercher la définition d'un "état d'esprit Low-tech", qui pourrait constituer la définition d'une certaine éthique de l'ingénierie...

Un article repris du site Ingénieurs sans frontières (ISF), une publication sous licence CC by sa

Ce texte d'opinion a été contruit suite à un atelier entre les membres du GTI ISF ReSET. Les positions prises dans ce texte sont mes conclusions de cet échange et pourraient être amenées à évoluer. Vous pouvez envoyer vos remarques via le formulaire de contact du site.

Que sont les Low-tech ?

Le Low-tech Lab utilise la définition suivante des Low-tech : Utile. Accessible. Durable. Cependant il ne souhaite pas limiter ces adjectifs à une technique : « Au Low-tech Lab, nous employons le terme Low-tech pour qualifier des objets, des systèmes, des techniques, des services, des savoir-faire, des pratiques, des modes de vie et même des courants de pensée, qui intègrent la technologie selon trois grands principes : Utile. Accessible. Durable. » [1]

Si on regarde maintenant quelque exemple (toujours sur le site internet du Low-tech Lab) : Chauffage solaire version ardoise, toilettes sèches familiales, culture de la spiruline, lombricomposteur simple, mur en paille, etc. Évidemment, toutes ces technologies peuvent être très utiles « en cas d'effondrement », mais pour un grand nombre d'ingénieur⋅e, elles ne sont pas d'une grande utilité dans la vie courante, soit parce qu'elles ne sont pas encore acceptées par le grand public, soit parce qu'elles s'appliquent à un marché de niche (où mettre le chauffage solaire version ardoise dans un appartement en location au 7e étage).

D'ailleurs si l'on considère le vélo, un des « symboles » des Low-tech (utile, accessible, durable), on se rend vite compte qu'il faut toute une industrie lourde pour le fabriquer. [2] Parallèlement de nombreuses initiatives d'ateliers Low-tech existent pour « déformer » des vélos afin de répondre à des besoins spécifiques. On constate simplement que les Low-tech ne remplacent pas l'industrie mais cohabitent avec elle.

Pour résumer : « Les Low-techs ne sont pas en elles-mêmes des solutions aux maux contemporains de notre civilisation. Chacune répond à des besoins spécifiques dans un contexte donné : un système utile et fonctionnel. Néanmoins l'état d'esprit sur lequel elles se fondent questionne ces maux, leurs fondements sociétaux et nos modes de vie. » [3]

Laissons de côté la définition d'une technique Low-tech pour essayer de définir « l'état d'esprit [des Low-tech] » ou « les courants de pensée [Low-tech] ». Les adeptes des Low-tech seraient finalement sensible à un ensemble de principes (politiques ?), qui eux sont généralisables à l'ensemble des contextes d'ingénierie et de mise en œuvre de la technique.

Difficile de les classer et les séparer, car il se répondent mutuellement, mais je vous propose le cadre suivant : militer pour une transition écologique radicale, travailler pour le bien commun et refuser l'élitisme pour une meilleure "démocratie technique".

Militer pour une transition écologique radicale

Les Low-tech portent une radicalité indispensable pour la nouvelle génération des ingénieur⋅es intéressé⋅es par la transition écologique. On pourrait définir une « première génération » d'ingénieur⋅es écologistes qui a trouvé un sens au travail dans la construction d'éoliennes, l'installation de panneaux photovoltaïques, le développement de l'éco-conception, la mise en place de normes RSE, la rénovation thermique des bâtiments, etc. Cette « première vague » est une sorte de compromis entre, d'une part, des entreprises et une société ne voulant pas renoncer à la croissance et, d'autre part, des ingénieur⋅es désireux⋅ses de mettre en place la transition avant de gagner la bataille politique.

Après 10 à 15 années de ce régime, les domaines précédemment évoqués ne sont plus vraiment « nouveaux » et ont montré toute leur limite pour engager une vrai transition écologique. Un certain nombre d'étudiant⋅es ingénieur⋅es actuel⋅les ne les considèrent plus comme une véritable option satisfaisante mais plutôt comme la moins mauvaise des options… Il recherchent donc une radicalité plus affirmée, qui s'attaque à la croissance (pour le dire simplement, et si ce n'est pas la croissance économique, c'est à minima la croissance de consommation d'énergie, de matière et de surface). Seulement, les étudiant⋅es ingénieur⋅es ne souhaitent pas nécessairement se transformer en militant⋅e politique, ils et elles ne sont pas formé⋅es/conditionné⋅es pour rentrer dans une entreprise et changer son fonctionnement et ses objectifs (dommage ?). L'attrait des Low-tech pourrait-il venir de la traduction d'une ambition politique en « langage technique » ?

Le mot Low-tech a l'avantage de ne pas pouvoir s'appliquer aux grands projets techniques et industriels actuels (voiture électrique et autonome, 5G, internet des objets, etc.), et de ce fait, il est idéal pour porter la transition écologique radicale, que de nombreux ingénieur⋅es appellent de leur vœux, souvent plus par rigueur scientifique que par envie de radicalité. Se revendiquer adepte des Low-tech, ce serait donc prendre une posture politique de rupture, sans forcément s'en rendre compte ?

Travailler pour le bien commun

Utile. Ça devrait être une évidence et pourtant combien d'ingénieur⋅es peuvent témoigner de questionnement sur l'utilité de leur travail… « Je dessine les trajets piéton pour maximiser le nombre de boutique qu'ils vont croiser », « Je développe un système pour démarrer une cafetière par Bluetooth », « Je modifie les paramètres de simulation pour rester dans le cadre de la réglementation »… Aujourd'hui travailler pour le bien commun est un luxe que tou⋅tes les ingénieur⋅es ne peuvent pas s'offrir.

Les Low-tech interrogent les besoins, pour ne pas tomber dans l'inutile. En interrogeant les besoins, on se tourne vers les utilisateur⋅rices, et l'ouverture de ce dialogue n'est pas forcément habituelle ni systématique. Dans une grande entreprise combien de couches de vendeurs⋅ses, stratégie commerciale, marketing, contrôle de gestion, faut-il avant de faire appel à un⋅e ingénieur⋅e/concepteur⋅rice ? Les cahiers des charges ont des objectifs de rentabilité qui ne tiennent pas toujours compte des besoins des consommateur⋅rices (qui ne sont plus appelés « utilisateur⋅trices » depuis bien longtemps…). L'injonction à vendre peut aller en contradiction totale avec le besoin (obsolescence programmée) ou parfois le détourner.

Pour remettre le bien commun au centre des préoccupations, il faut sortir et rencontrer les utilisateur⋅trices, échanger, se confronter, parfois même il faut voyager (car les produits voyagent), sortir des objectifs à court terme, trouver les secondes et troisièmes vies des produits, concevoir aussi pour ceux-là. Pour être solidaire de celleux pour qui le neuf n'est pas accessible,le « lien social » est régulièrement mis en avant dans le cadre d'application des Low-tech. Par ailleurs, il faut libérer les sciences et techniques, à travers l'open-source, partager les découvertes et les laisser libres d'être adaptées en fonction des situations locales, s'attaquer à la normalisation de nos modes de vie, sans renoncer aux normes protectrices.

Du refus de l'élitisme à la démocratie technique

Le mot Low-tech, en allant contre le High-tech, porte un refus de l'élitisme [technique]. En effet, aller contre le High-tech permet de prendre le contre pied de « l'excellence », de « l'innovation », c'est accepter que nous avons fait fausse route, que la recherche d'une performance et d'une miniaturisation dont nous n'avons plus besoin n'était finalement pas une bonne idée. C'est aussi la revanche du manuel et de l'artisanal sur l'abstraction et l'industrialisation.

Évidemment il ne s'agit pas de faire basculer d'un dogme vers un autre mais de ré-équilibrer nos valeurs. Ce ré-équilibrage tend aussi à poser une autre question : qui constitue l'élite et y a-t-il une élite ? Si ce n'est pas l'ingénieur⋅e concepteur⋅rice et innovant⋅e, et que ce n'est pas non plus l'artisan⋅e habil⋅e et expérimenté⋅e, il nous faudra peut-être finalement accepter de renoncer à un⋅e expert⋅e plus qualifié⋅e que les autres pour décider de l'avenir technique de notre société ?

Refuser l'élitisme, développer l'horizontalité, donner à tous les acteurs et à toutes les paroles une légitimité dans les choix techniques et politique. C'est finalement indispensable pour mettre en œuvre une certaine « démocratie technique ». L'idée n'est pas de demander à tous le monde de dimensionner l'épaisseur d'une poutre ou la puissance d'un moteur, mais plutôt de concevoir que l'ensemble de la société a droit à la parole lorsqu'il s'agit de définir ce qui est utile, ce qui est accessible et ce qui est durable… On ne peut plus accepter qu'un⋅e expert⋅e scientifique et technique définisse à notre place le bien commun. Dans la recherche, la conception, le développement, la production ou l'application, l'ingénieur⋅e doit trouver des institutions représentatives, capable de formuler une direction crédible, qui lui donne la légitimité suffisante pour agir, en accord avec les sciences et la société.


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Face à l'urgence de la crise climatique, il est nécessaire de prendre en compte la transition écologique dans les formations. Nous n'avons pas le temps de développer en silos nos contenus pédagogiques. La coopération ouverte peut faire gagner un temps précieux.

Voici un webinaire qui présente un outil libre et convivial facilitant la coopération ouverte en formation.

Comme l'an dernier nous démarrons notre série de webinaires de Riposte Créative Pédagogique sous le signe de la coopération ouverte avec Laurent Marsault.

Si des initiatives comme les MOOC, les universités thématiques ou les blogs d'enseignants ont permis de mettre à disposition des contenus pédagogiques, la coopération ouverte en co-production, en réutilisation par des enseignants ou formateurs de structures différentes est peu courante.

La plate forme Yeswiki, (utilisée notamment dans les Riposte Créative) propose aujourd'hui un gestionnaire de contenus (LMS) conçu pour faciliter la coopération ouverte en formation que nous allons présenter à travers quelques interviews d'acteurs impliqués.

Cette plate forme de gestion de contenus orientée "coopération ouverte" est notamment utilisée par l'université des Colibris et les parcours des jardiniers du nous.

.Cette démarche s'inscrit dans la réponse à l'urgence de la prise en compte des transitions écologiques dans l'enseignement supérieur et en formation des adultes.

Nous vous invitons ce vendredi 1er octobre à 17 heures à venir
- échanger autour de la question de la coopération ouverte en formation,
- à découvrir et pratiquer la plateforme [YesWiki, outil convivial et libre encourageant la coopération et la réutilisation de contenus pédagogiques.


Pour vous inscrire et recevoir le lien du Webinaire, merci de remplir ce petit formulaire.


Dans l'esprit de l'outil convivial (1), la plate-forme Yeswiki permet une implication de toute personne intéressées, une ouverture au delà du groupe restreint, qui donne à voir et relie.

De par sa conception centrée sur la coopération ouverte (2) l'outil permet la réutilisation de fonctionnalités d'un espace à l'autre telles que la duplication de bases de données (formulaires et contenus) et plus généralement facilite la création d'un espace collaboratif en s'inspirant des espaces existants comme le montre par exemple Riposte Créative Gironde. Les idées des uns servent aux autres comme les cercles apprentissage initiées avec le CNFPT et repris dans d'autres Ripostes.

Ces espaces collaboratifs en coopération ouverte, en réponse à la crise du Covid, augmentent le pouvoir d'agir. Il expérimentent aussi un fonctionnement en archipel et font vivre de nouveaux communs.

Les articles sur cet environnement

- Des contenus ouverts à la coopération ouverte en formation, réponse aux urgences de la transition écologique par Michel Briand sur le blog Coopérations
- Gatien Bataille, animateur de la formation à la coopération : Cooptic belgique. et organisateur des rencontres Co-construire.
- Jeremy Dufraisse co-développeur du gestionnaire de contenus de Yeswiki
- Laurent Marseault, le partage sincère, du temps pour l'essentiel (à venir)
- Florian Schmitt, développeur du LMS et accompagnateur de son usage par les Colibris (à venir)

Quelques textes en liens


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un article repris du site du campus de la transition, une publication sous licence CC by sa

Du 26 au 31 juillet ,le Campus de la Transition a co-organisé et accueilli cette 3ième édition de la SALT. Comme pour les deux premières éditions, l'événement était co-organisé par le groupe “Créer les alternatives” du réseau des Ingénieur·es Engagé·es ainsi que l'association OseOns (Our Shared Energies – Our Network Solutions).

Le choix du Campus n'était pas anodin, et faisait écho à la démarche low-tech menée par les habitant·es depuis plus d'un an (projet ORFEE). Une belle occasion de permettre pour le Campus d'aller plus loin notamment dans l'aspect pratique de fabrication et de test de prototypes de “basse technologie”.

Alors c'est quoi une démarche low-tech ? Si la question a été débattue par les participants, elle mérite tout de même un minimum de définition pour la plupart des néophytes. Une démarche low-tech, c'est autant une approche technique qu'une philosophie de vie (Retour sur la SALT 2020). Et c'est en partant de cette approche que les organisateur·ices ont construit un parcours sur 3 objectifs forts : dispenser une formation théorique et pratique sur des projets concrets, utiles et durables pour les humains et l'environnement ; répondre aux besoins locaux du lieu d'accueil ; vivre une expérience sociale riche, avec un groupe aux origines socio-culturelles variées, dans un esprit de partage, d'entraide et de bienveillance.

Et pour ce qui est du résultat technique c'est une belle production en quelques jours :

  • Fabrication d'un système de douche solaire avec cabine et panneau solaire thermique, réalisés majoritairement à partir de matériaux de récupération. La société EclowTech – à laquelle le Campus louait déjà deux panneaux et deux cabines depuis le mois de mai – est revenue pour animer un atelier de fabrication d'un troisième jeu.
Douches solaires
  • Fabrication d'une machine à énergie musculaire à pédale possiblement multifonction, accompagnée par l'association Chemins de Faire. La première – et pour l'instant unique – fonction a été ciblée pour la cuisine du Campus : permettre de monter les blancs d'œufs en neige pour des grosses quantités, et sans énergie électrique !
Batteur à pédale
  • Fabrication de fours solaires à caisson, avec l'accompagnement de l'association Inti Energies Solidaires : au total, six fours ont été fabriqués, dont deux qui viennent compléter temporairement les trois déjà présents au Campus depuis le mois de juin. De quoi faire de belles et régulières expérimentations solaires !
Fours solaires
  • Suite à l'animation d'un atelier théorique approfondi, l'association PicoJoule a accompagné la réalisation d'une micro unité de méthanisation, générant du biogaz et permettant d'allumer une lampe à gaz de manière ponctuelle. Sur les photos ci-dessous, on peut observer l'évolution du remplissage du ballon un mois après la mise en place du système. Cette maquette pédagogique est un premier pas vers une éventuelle unité de méthanisation pour générer du gaz de cuisine à partir des déchets verts du compost et ceux des toilettes sèches.
Biodigesteur

Enfin, deux autres systèmes techniques ont été fabriqués en ateliers :

Si la semaine était assurément très portée sur la technique, les machines ne furent pas les seules à carburer. La philosophie de la low tech c'est aussi cette philosophie de l'écoute, de l'échange respectueux des idées et des différences et de la construction collective de pensée. S'appuyant sur le cadre de sécurité posé en début de semaine rappelant la non performance individuelle, le risque du stéréotype de genre et les bases de l'écoute active, des temps de débats formels ou informels ont nourris chacun au-delà des simples découvertes techniques. Des questions de fond furent abordées comme s'interroger sur sa définition des low-tech, la place de la technique dans son quotidien ou encore quelle place pour ces technologies à l'échelle individuelle, collective/citoyenne, industrielle, voire entrepreneuriale ?

Assemblée SALT

Enfin, dans un objectif d'ouverture au territoire, la semaine s'est terminée par une journée découverte le samedi 31 juillet, pendant laquelle les participant·es ont pu présenter au public leurs réalisations et partager leur expérience de la semaine.

Et si nous devions faire un bilan de cette semaine joyeuse, deux points remonteraient fortement : le plaisir de l'ensemble des personnes qui ont partagé cette semaine, et un bel équipement pour le Campus, à charge pour les résident·es de poursuivre l'aventure de ces expérimentations.

Article co-rédigé par Florent Husson, organisateur de la SALT.

La SALT est un événement qui a vocation à se diffuser partout en France, et l'équipe d'organisation 2021 est motivée pour accompagner cet essaimage. Pour toutes questions relatives à l'événement, vous pouvez contacter l'équipe à l'adresse salt@ingenieurs-engages.org.


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Un article repris du blog Coopérations de Michel Briand, une publication sous licence CC by sa

Si des initiatives comme les MOOC, les universités thématiques ou les blogs d'enseignants ont permis de mettre à disposition des contenus pédagogiques, la coopération ouverte en co-production, en réutilisation par des enseignants ou formateurs de structures différentes est peu courante.

La plate forme Yeswiki, (utilisée notamment dans les Riposte Créative) propose aujourd'hui un gestionnaire de contenus (LMS) conçu pour faciliter la coopération ouverte en formation que nous allons présenter à travers quelques interviews d'acteurs impliqués.

Cette démarche s'inscrit dans la réponse à l'urgence de la prise en compte des transitions écologiques dans l'enseignement supérieur et en formation des adultes.

Des contenus ouverts mais peu réutilisables

Depuis quelques années les cours massivement ouverts en ligne (MOOC) ont permis un accès à des centaines de formations en créant une rupture par rapport à la tradition française des portails de cours "fermés à clé" et réservés aux étudiants inscrits à un cursus qui est la règle dans la plupart des universités et écoles d'ingénieurs ou de commerces en France.

Aujourd'hui, les expériences de coopération entre enseignants de différents établissement à l'image du MOOC gestion de projet initié par Rémi Bachelet sont peu fréquents. Même au sein des groupements d'universités ou d'écoles les cours sont rarement partagés et réutilisés d'un établissement à l'autre. en sont un exemple rare.

Les unités de cours des plate forme sont consultables, parfois réutilisables par l'attribution par l'enseignant d'une licence Creative Commons. Toutefois, leur import et réutilisation dans un autre cursus n'est pas facile.

Ni les étudiants, ni les adultes en formation n'ont généralement la possibilité d'exporter les contenus de formations suivis, ni de les commenter ou de les réutiliser eux-mêmes.

C'est tout le chemin pour aller vers de réels communs pédagogiques.


L'expérience des Riposte Créative

Durant la crise du Covid, les Riposte Créative : Territoriale avec le CNFPT, Bretagne, Pédagogique ont montré l'intérêt d'un espace ouvert pour mettre en réseau les initiatives et développer des pratiques collaboratives en réponse aux problèmes rencontrés notamment en période crise où les solutions toutes faites n'existent pas.

Dans l'esprit de l'outil convivial (1), la plate-forme Yeswiki permet une implication de toute personne intéressées, une ouverture au delà du groupe restreint, qui donne à voir et relie.


De par sa conception centrée sur la coopération ouverte (2) l'outil permet la réutilisation de fonctionnalités d'un espace à l'autre telles que la duplication de bases de données (formulaires et contenus) et plus généralement facilite la création d'un espace collaboratif en s'inspirant des espaces existants comme le montre par exemple Riposte Créative Gironde. Les idées des uns servent aux autres comme les cercles apprentissage initiées avec le CNFPT et repris dans d'autres Ripostes.


Ces espaces collaboratifs en coopération ouverte, en réponse à la crise du Covid, augmentent le pouvoir d'agir. Il expérimentent aussi un fonctionnement en archipel et font vivre de nouveaux communs.

Face à l'urgence des transitions écologiques, l'usage de tels espaces collaboratifs peut aussi faire partie de la réponse comme nous l'écrivions lors des rencontres Co-construire 2019 à Tournai dans Coopération ouverte pour un monde vivable et désirable (4).

-* L'urgence ne nous permet plus d'attendre, il n'est pas possible de réinventer chacun dans son coin. Le partage sincère c'est permettre aux autres de réutiliser ses contenus de formation, ses techniques d'animation, ses retours d'expérience et ne pas les garder pour soi ou son groupe.
_* Agir ensemble demande une confiance, une ouverture à l'autre qui reconnaît, en humilité les compétences, les savoir faire de chacun.e.

  • Le vivre ensemble des futurs désirables demande un changement de posture où nous enrichissons de la diversité de nos pratiques de nos histoires, nous démultiplions nos forces en transition.

La transition écologique et la formation

En quelques mois des dizaines d'initiatives ont émergé pour prendre en compte la transition écologique dans l'enseignement supérieur et en formation.

Aujourd'hui, nous n'avons plus le temps ni les moyens d'y travailler chacun.e de notre côté en réinventant les contenus de formation.

Nous avons beaucoup à gagner du développement de pratiques collaboratives en partage sincère, qui permette la réutilisation en confiance, protégé par des licences comme Creataive Commons. Cette question est au coeur du groupe de travail « Coopération ouverte pour la transition écologique » initié par Riposte Créative Pédagogique.

La communauté des développeurs de yeswiki, a mis en place cette année des fonctionnalités de gestion de contenus favorisant plus encore a réutilisation de contenus, modules et parcours qui ouvre l'opportunité d'expérimenter de petits pas irréversibles de coopération en matière de formation.

Pour l'illustrer, voici quelques interviews de personne qui ont participé à son développement ou qui le mettent déjà en oeuvre dans le domaine de l'animation de projets collaboratifs et de la transition écologique en formation.

Et rendez vous le 27 septembre à 16h pour une présentation de l'outil et de la démarche dans le cadre des webinaires de Riposte Créative Pédagogique. (lien d'inscription à venir et envoyé auxparticipants au groupe).


les interviews

- Gatien Bataille, animateur de la formation à la coopération : Cooptic belgique. et organisateur des rencontres Co-construire.
- Jeremy Dufraisse co-développeur du gestionnaire de contenus de Yeswiki
- Laurent Marseault, le partage sincère, du temps pour l'essentiel (à venir)
- Florian Schmitt, développeur du LMS et accompagnateur de son usage par les Colibris (à venir)

Quelques textes en liens


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Du 28 juin au 2 juillet 2021 se sont tenus "Les chemins de la coopération" organisés par le comité de pilotage du Forum des Usages Coopératifs.

Vous pouvez dès à présent retrouver en replay certains ateliers, webinaires, conférences, tables rondes.

Au programme :

• Conférence inaugurale : "Pourquoi et comment la science-fiction peut-elle aider à une transition de société ?" par Ariel Kyrou

• La déferlante low tech - coordination Hugues Aubin ville et Rennes métropole

• Fabcities, Villes résilientes - Coordination : Romain Chefdor, Rennes métropole, Yves Quéré UBO Open Factory

• Transitions & inclusions sociale et numérique - Coordination : Élisabeth Le Faucheur, Brest métropole et ville

• Open santé : vers des communs opérants - Coordination : Hugues Aubin Ville de rennes / Rennes métropole

• Enseigner les transitions et en transition - Coordination Michel Briand et Jean Marie Gilliot

http://forum-usages-cooperatifs.net/?EnseignerTransitions

• Climat et biodiversité - Coordination Jacques François Marchandise FING et Louis Julien de La Bouere ( bientôt en ligne !)

• Circuits courts et autonomie alimentaire - Coordination : Mélanie Siche Conseil départemental 29
(diaporama)

http://forum-usages-cooperatifs.net/?LesCircuitsCourts


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Il y avait tout juste un je publiai ma dernière actualité. La raison de ce silence ? La plus grosse partie de mon temps a été prise par le développement avec Mélanie Lacayrouze des métacartes Numérique éthique un outil de médiation et d'apprentissage consacré au Numérique. Après plus de deux ans de travail acharné, des ateliers contributifs ouverts, des ateliers test, des synthèses et de multiples relectures au mot près, nous sommes immensément fiers de vous présenter les métacartes Numérique Éthique !

En voici une présentation en images 🙂

numérique éthique : la boite

Pour que les métacartes puissent être emportées facilement, elles sont rangées dans une boite. Imprimées en papier épais et pelliculées pour résister aux gouttes d'eau/de café, la boite ET les cartes peuvent aussi être nettoyées après manipulation. Toute la fabrication est réalisée à 400km de chez nous.

Aperçu des cartes Numérique éthique.

Commençons par les cartes blanches “Aide” : elles sont là pour vous aider à comprendre la structure des cartes et la façon de les utiliser. Plusieurs utilisations sont aussi détaillées sur le site.

Aperçu des cartes “aide”

Les cartes mauves “ingrédients” sont formulées sous forme de questions. On les a divisés en 2 catégories : critères et usages.

Aperçu des cartes “ingrédients” #critères

Aperçu des cartes “ingrédients” #usages, recto

Aperçu des cartes “ingrédients” #usages, verso

Les métacartes, ce sont un jeu de cartes en papier, mais aussi une ressource en ligne, les deux étant reliés par un QR code à scanner et un minilien à suivre dans un navigateur.

Aperçu de la ressource en ligne pour la carte usage AUDIO ET VISIOCONFÉRENCE.

Ces deux accès pointent vers la page correspondant à la carte (ici : audio et visioconférence). On y trouve des alternatives sélectionnées, classées et actualisées. Pour une lecture rapide et simple, nous avons choisi de les présenter synthétiquement sous forme de tableau.

Après les cartes mauves “ingrédients”, voici les cartes jaunes “recettes”. Des méthodes clés en mains pour animer des ateliers de médiation numérique, de sensibilisation ou poursuivre seul ou à plusieurs le cheminement vers des pratiques numériques en accord avec vos valeurs et vos besoins.

Aperçu des cartes “recettes”, recto
aperçu des cartes “recettes”, verso

Et voilà donc nos deux jeux, utilisant le même classement ingrédients / recettes, et complémentaires pour tout groupe de personnes amenées à travailler ensemble en présence et à distance.

On a hâte de voir des esprits créatifs mixer les deux ….

Les Métacartes : Faire Ensemble (2019) et Numérique Éthique (2021)Un grand merci à tou·te·s les contributeur·ice·s qui nous ont aidé, pour l'écriture, les retours d'usage, celles et ceux qui ont précommandés (on n'a pas pu vous mettre à tou·te·s un mot personnalisé, mais le cœur y est), et à Framasoft qui a soutenu le projet depuis le début !

Vous avez envie d'en savoir plus sur le jeu Numérique éthique ? Lisez la description détaillée.

Convaincu·e ? Achetez les métacartes Numérique Éthique sur la boutique en ligne.


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Michaël Bourgatte, « Casilli Antonio (2019). En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic », Revue française des sciences de l'information et de la communication [En ligne], 22 | 2021, mis en ligne le 01 mai 2021, consulté le 24 mai 2021. URL : http://journals.openedition.org/rfsic/11495 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rfsic.11495

Qui a lu le premier opus de Tintin au pays des soviets aura sans doute gardé en mémoire ces vignettes donnant à voir des usines fumantes lesquelles se révélaient n'être que des façades en carton-pâte dès lors qu'on les approchait. Hergé, sous les traits de son jeune reporter, cherchait alors à dévoiler la face cachée d'un socialisme soviétique défaillant dans un savant mélange d'humour et de politique. Loin de comparer pied à pied ce volume de Tintin et le livre d'Antonio Casilli, une analogie au moins est possible. Si la proposition est cette fois-ci scientifique, elle n'est ni dénuée d'humour (qui connait un tant soit peu l'auteur sait qu'il n'en est pas dépourvu), ni d'engagement politique (bis).

En attendant les robots d'Antonio Casilli est un livre qui se positionne à la frontière de la sociologie et des sciences politiques, disciplines dont l'auteur se revendique lui-même dans les dernières pages du livre. Une perspective qui est entérinée par la présence d'une postface au volume signée par Dominique Méda dont l'approche se situe également à cet endroit. À première vue, la perspective d'Antonio Casilli peut donc apparaître éloignée des préoccupations d'un chercheur en SIC. Or, il n'en est rien. D'emblée, il me semble en effet important de dire que ce livre servira avec certitude les desseins de ceux qui, en SIC, donneront un grand cours d'introduction au numérique en Licence ou plus largement sur les cultures numériques. Un livre qui entrera également dans les bibliographies de ceux qui veulent explorer le fonctionnement de cette industrie avec leurs étudiants. Du point de vue de la méthode employée, le livre est aussi un modèle du genre (explorer les relations entre la théorie et le terrain, les modalités de conduite d'enquêtes, etc.). Finalement, il pourra alimenter un grand nombre de recherches en SIC sur le numérique tant il aborde de nombreuses questions.

En attendant les robots regarde l'envers du décor de la Silicon Valley pour nous montrer la coulisse d'un capitalisme en berne. Derrière le faste apparent de l'univers de la High Tech californienne, des innovations et des dollars, une machine infernale d'exploitation humaine plus ou moins féroce est en marche, dans l'ombre, depuis des années. Quand on triomphe de l'automation et de l'intelligence artificielle, il n'est en fait que le produit d'une exploitation humaine plus ou moins consentie. Si l'épaisseur du volume (près de 400 pages) pourrait rebuter le lecteur, il convient de préciser d'emblée qu'une bonne partie de celui-ci (près d'un quart) est consacré à la postface (précieuse), aux notes (nombreuses) et à la bibliographie (riche) qui assoient ce livre comme une référence incontournable sur le sujet. En outre, le texte est écrit dans une langue aussi exigeante qu'accessible, ce qui met sa lecture à la portée de tous, enseignants-chercheurs, étudiants et même grand public.

L'entrée en matière est aussi efficace qu'incisive. En quelques lignes à peine, le sujet est posé : de jeunes entrepreneurs du numérique ne sont pas en capacité d'automatiser leurs services ou bien ils doivent faire en sorte que leurs machines apprennent à répondre à des requêtes. Ainsi, ils promeuvent une idée sous la forme d'une proof-of-concept auprès d'investisseurs, puis sous-traitent un travail de collecte ou encore de modération de données en ligne à une main-d'œuvre bon marché. Cette dernière réalise un travail sous-terrain, à la main, qui singe une action automatique ou accompagne l'apprentissage de la machine. Ces « travailleurs du clic » comme Antonio Casilli les appelle, sont ici ou là dans l'océan Indien, à Madagascar, aux Philippines, en Inde ou au Kenya. Payés un salaire de misère, il est toujours plus économique de les employer en nombre que de conclure un contrat onéreux avec une petite équipe d'informaticiens compétents qui pourraient œuvrer au déploiement d'une véritable IA.

La question du digital labor, autrement traduite par « travail précaire du numérique », est l'axe de spécialité de l'auteur. L'engouement grandissant autour des IA et leur capacité à générer des flux économiques sans précédent a conduit à l'émergence d'une situation nouvelle et quasi inattendue de déplacement ou de transformation du travail de l'ouvrier. Le voici désormais au service de la machine, là où la question de l'automatisation avait longtemps été envisagée d'une seule manière : celle du grand remplacement. Autre mutation : la sur-précarisation de ce travailleur qui n'a plus guère de compétence réelle à faire valoir, sinon être résilient (on pensera en particulier à cette modératrice philippine travaillant pour Youtube et capable d'absorber une quantité journalière d'images phénoménale dans la minisérie Les travailleurs du clic produite par France Télévision et supervisée par Antonio Casilli lui-même).

Les observations de l'auteur s'inscrivent dans une histoire longue du capitalisme et elles soulèvent de nouvelles questions politiques de fond. En effet, la situation d'une très grande partie des travailleurs du numérique va clairement à l'encontre des idéaux utopiques qui animaient les précurseurs de l'informatique et des réseaux, lesquels idéaux ont ensuite été repris par les hérauts de cette nouvelle économie : mettre en commun les ressources de l'humanité, bannir le principe de la propriété privée et finalement faire disparaître le travail aliénant de la surface du globe. Le principe de la propriété privée reste de mise, tandis que de nouveaux métiers particulièrement dégradants ont vu le jour. Métiers dans lesquels le travail de l'ouvrier n'aboutit même plus à la production d'un bien tangible qui a une valeur concrète. La valeur se trouve désormais dans les données permettant de le caractériser, de l'identifier ou de le localiser.

Cette logique algorithmique – à partir de laquelle les nouveaux entrepreneurs de la Tech réfléchissent – ne trouve pas toujours de concrétisation technique, ce qui explique pourquoi il faut remplacer la machine par des hommes ou faire travailler des hommes pour qu'ils apprennent à la machine à devenir performante. Dans le premier cas de figure, les usagers eux-mêmes sont mis à contribution, plus ou moins à leur insu, et très souvent gratuitement, en notant ou commentant des biens et des personnes. En faisant cela, ils donnent de la valeur à des plateformes comme Airbnb qui met en relation une offre et une demande, le propriétaire d'un bien immobilier et une personne souhaitant louer ce bien. Airbnb se concentre ainsi sur les performances techniques de son service. Les utilisateurs font le reste en produisant les données qui lui permettent de grossir et de se renforcer selon un double principe cumulatif et de raffinement continu. Dans le second cas de figure, des travailleurs faiblement rémunérés réalisent des tâches répétitives pour entraîner la machine, laquelle apprend toujours selon le même modèle cumulatif et de raffinement. Les modérateurs de vidéos Youtube, comme dans l'exemple précédemment cité, évitent ainsi aux internautes de tomber sur des images non appropriées (pornographie, violence…), mais dans le même temps, ils creusent leur tombe, puisque la machine sera capable à plus ou moins long terme de faire ce travail de modération sans assistance humaine ou presque.

Amazon est le maître d'œuvre de cette précarisation à travers sa filiale Mechanical Turk. L'entreprise orchestre à grande échelle la répartition de tâches nécessitant des petites mains mal payées. Des tâches qui consistent à documenter des images, filtrer des vidéos ou transcrire des documents. Mechanical Turk est une plateforme de mise en relation d'entrepreneurs avec des personnes précaires prêtes à travailler en ligne pour un commanditaire selon un principe de libre inscription, lequel travail permet de pallier le manque de performance de l'IA (ce qui est encore très clairement le cas aujourd'hui dans des domaines comme l'analyse des images). Le nom de cette compagnie a été choisi en référence à ce qui a été présenté – au 18e siècle – comme un automate capable de jouer aux échecs, lequel était creux et contenait en fait un être humain. Pour ajouter de la féérie au subterfuge, l'inventeur de cette fausse machine lui avait donné les attributs d'un mystérieux ottoman à moustache enturbanné, d'où son nom.

Dans ce catalogue des défaillances, des aberrations ou encore des impensés de l'économie numérique, il faut aussi pointer le fonctionnement des réseaux sociaux qui soutiennent des formes originales de communication à travers la publication de posts ou de stories, mais qui, dans le même temps, moissonnent les traces de leurs utilisateurs pour attirer des annonceurs et favoriser la vente de produits ou de services. On ne manquera pas non plus d'évoquer le cas d'Uber (VTC, Eat) sur lequel Antonio Casilli s'arrête longuement, en ce sens où l'entreprise se distingue (malheureusement) à plusieurs endroits dans la logique de précarisation des travailleurs qu'elle emploie : les usagers de ses services notent et commentent, produisant ainsi gratuitement de la donnée sur les chauffeurs ou sur les restaurants labélisés ; tandis que ses opérateurs sur le terrain – conducteurs ou livreurs – sont faiblement rémunérés, au pourcentage et à la tâche accomplie, sans réel contrat ni protection salariale.

Dans la partie conclusive à l'ouvrage, Antonio Casilli fixe son attention sur le cadre théorique du digital labor. Là où on a trop souvent tendance à considérer certains gestes comme des activités ludiques et/ou bienveillantes (le fameux Captcha de vérification d'une transaction en ligne étant aussi un exercice d'entraînement des robots à la reconnaissance de chiffres, de lettres ou d'images), les tenants du digital labor, dont Antonio Casilli fait partie, les identifient comme du travail non rémunéré. Tandis que travailleurs du numérique qui sont salariés le sont dans des conditions déplorables : contrats précaires et/ou au pourcentage. Parmi les théoriciens du digital labor, certains vont jusqu'à assimiler ces pratiques à de l'impérialisme, du néo-esclavagisme ou de nouvelles formes de colonialisme, une radicalité qu'Antonio Casilli récuse parce qu'il refuse de banaliser l'usage de mots ayant un sens historique bien déterminé. Son objectif unique est de montrer – par l'enquête et le recueil de données – que « ce ne sont pas les machines qui font le travail des hommes, mais les hommes qui sont poussés à réaliser un digital labor pour les machines, en les accompagnant, en les imitant, en les entraînant » (p. 24).

Cette situation ouvre la voie à un projet politique dont Antonio Casilli se fait le porte-parole dans les dernières pages de son livre : celui de la pérennisation de ces tâches dans de saines conditions (signature de véritables contrats avec des contraintes et des obligations, une juste rémunération, une protection sociale, etc.). Sans qu'aucune réponse n'ait pour l'heure été apportée, la perspective théorique du digital labor se présente en tout cas comme un moyen privilégié d'engager des changements sociaux. En effet, le mouvement est parvenu à révéler une situation inconnue ou mal connue du grand public et il a alimenté les discours médiatiques avec l'espoir d'attirer l'attention des politiciens. Car il y a encore un véritable marché du numérique à constituer qui n'en est qu'à ses balbutiements.


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Avez-vous déjà jeté un ordinateur car la carte mère était cassée ou jeté un téléphone car l'écran était brisé ? Si oui, vous vous êtes peut-être demandé si on ne pouvait pas réutiliser des composants plutôt que de tout jeter. La réponse est que c'est possible, mais difficile. Mickaël Bettinelli effectue sa thèse au laboratoire LCIS de l'Université Grenoble Alpes, il vient nous expliquer dans binaire pourquoi la réutilisation des composants électroniques est un processus compliqué, et comment l'intelligence artificielle peut faciliter ce processus. Pauline Bolignano

Un articlerepris du blog binaire, une publication sous licence CC by sa

Les produits jetés au quotidien sont des produits qui ne remplissent plus leur rôle, souvent parce qu'une pièce cassée mais aussi parce que nous décidons de renouveler notre matériel électronique au profit de nouveaux produits plus performants. Certains composants de ces produits sont pourtant toujours fonctionnels. Par exemple, la batterie d'un téléphone âgé peut être la seule cause de la panne mais nous jetons l'ensemble du téléphone.

Le recyclage répond partiellement au problème puisqu'il permet de récupérer les matériaux des produits que l'on jette. Malheureusement, tous les matériaux et tous les produits ne sont pas recyclés. Pire, en plus d'être un procédé coûteux, le recyclage ne permet pas toujours de récupérer tous les matériaux des produits que nous recyclons. Prenons l'exemple des batteries de véhicules électriques, on estime pouvoir n'en recycler qu'environ 65% à 93% [1] et cette récupération est complexe à mettre en œuvre. De plus, une batterie de véhicule électrique ne peut plus être utilisée dans l'automobile après 20% de perte de ses capacités. Nous nous retrouvons donc avec un grand nombre de batteries en bon état qui ne peuvent plus être utilisées dans leur application initiale et dont le recyclage est coûteux.

C'est pourquoi de nombreuses études proposent de réutiliser ces batteries pour stocker les énergies renouvelables irrégulières comme l'énergie éolienne ou solaire [2]. Leur réutilisation nous permet à la fois de remplir un besoin et de maximiser l'utilisation des batteries. De manière plus générale, ce procédé est appelé le remanufacturing. C'est une pratique récente et encore peu développée qui consiste à démonter des produits jetés pour remettre à neuf et réintégrer leurs composants fonctionnels dans de nouvelles applications. Il s'agit par exemple de téléphones neufs qui ont été produits à l'aide de composants récupérés sur d'autres modèles défectueux. Puisque les produits remanufacturés n'utilisent pas que des composants neufs, ils ont l'avantage de coûter moins cher à la fabrication et à la vente, mais surtout, ils permettent d'économiser de l'énergie et des matériaux.

Face à la grande quantité et la diversité de composants dont nous disposons, il n'est pas évident pour un humain de les réutiliser au mieux durant le processus de remanufacturing. Aujourd'hui, les entreprises qui pratiquent le remanufacturing utilisent souvent un nombre de composants limité. Les employés peuvent donc les mémoriser et les réutiliser au besoin. Mais avec le développement du remanufacturing, le nombre de composants pourrait vite exploser, rendant l'expertise humaine inefficace à gérer autant de stock.

Pour répondre à ce besoin, ma thèse se concentre sur la conception d'un système d'aide à la décision permettant d'élaborer de nouveaux produits à partir d'un inventaire de composants réutilisables. Un opérateur humain peut interagir avec le système pour lui demander de concevoir des produits possédant certaines caractéristiques physiques spécifiques. Une fois l'objectif entré dans le système, celui-ci cherche parmi les composants disponibles ceux qui sont utilisables pour répondre au besoin de l'utilisateur. Mais attention, les composants nécessaires à l'utilisateur ne sont pas forcément tous disponibles dans l'inventaire ! Il doit donc être capable de faire un compromis entre ce que veut l'utilisateur et ce qu'il peut réaliser.

Pour réaliser ce système d'aide à la décision, nous nous aidons des systèmes multi-agents, un sous domaine de l'intelligence artificielle. Un système multi-agent est composé d'une multitude de programmes autonomes, appelés agents, capables de réfléchir par eux même et de communiquer ensemble. Comme chez les humains, leur capacité de communication leur permet de s'entraider et de résoudre des problèmes complexes. Dans le cadre de notre système d'aide à la décision, chaque composant de l'inventaire est représenté comme un agent. Leur problème va être de former des groupes dont l'ensemble des membres doit représenter un produit le plus proche possible de la demande utilisateur. Par exemple, si un utilisateur demande au système de lui concevoir un tout nouveau téléphone portable avec 64Go de mémoire, les agents qui représentent des composants mémoire vont former un groupe ensemble jusqu'à être le plus proche possible des 64Go. Ils peuvent ensuite s'assembler avec un écran, une batterie, un boîtier, etc. Une fois tous les composants du téléphone présents dans le groupe, le système d'aide à la décision peut proposer à l'utilisateur ceux qui ressemblent le plus à sa demande. Si l'utilisateur est satisfait, il peut alors acheter les composants proposés. Ces derniers iront ensuite à l'assemblage pour construire le produit physique.

Avec le développement du remanufacturing, nous pouvons espérer que les produits soient conçus de manière à être réparés et leurs composants réutilisés. Dans ce cas, l'avantage de ce système d'aide à la décision sera sa capacité à gérer une grande quantité de composants issus d'une grande diversité de produits. On pourrait alors imaginer concevoir des produits en mêlant des composants issus d'objets très différents comme dans le cas de la réutilisation des batteries de véhicules électriques pour le stockage des énergies renouvelables, et ainsi réduire de plus en plus notre impact environnemental.

Mickaël Bettinelli, doctorant au laboratoire LCIS de l'Université Grenoble Alpes, Grenoble INP.


[2] DeRousseau, M., Gully, B., Taylor, C., Apelian, D., & Wang, Y. (2017). Repurposing used electric car batteries : a review of options. Jom, 69(9), 1575-1582.


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The Shift Project publie ce mardi 30 mars 2021 une note d'analyse sur l'impact environnemental du numérique et le déploiement de la 5G. Cette nouvelle étude se propose notamment de mettre à jour les scénarios prospectifs des impacts du numérique mondial, établis par le Shift en 2018, et de formuler des propositions pour le déploiement d'une « 5G raisonnée », par opposition à une 5G de masse.

Comment rendre le numérique compatible avec la trajectoire 2°C ? Quelles questions instruire sérieusement et quels acteurs mobiliser pour un système numérique résilient ? Comment relancer le débat sur la 5G pour construire une gouvernance numérique adaptée et efficace ?

  1. Téléchargez la note d'analyse complète (47p.)
  2. Téléchargez la synthèse (8p.)

Impact environnemental du numérique : tendances à 5 ans et gouvernance de la 5G

Contexte et constats

Comment rendre le numérique compatible avec la trajectoire 2°C ? Quelles débats instruire sérieusement et quels acteurs mobiliser pour un système numérique résilient ? Comment nous saisir aujourd'hui du débat sur la 5G pour construire une gouvernance numérique adaptée et efficace ?

Depuis 2018, nos travaux sur le numérique nous ont permis de définir et d'affiner notre vision du concept de sobriété numérique. Les constats ainsi établis ont contribué, notamment grâce à la production de chiffres, à une prise de conscience de l'importance de l'empreinte environnementale du numérique, de son augmentation préoccupante et des raisons systémiques qui conduisent à cette situation. Depuis, les enchères sur la 5G ont eu lieu, et les premiers déploiements ont été lancés en France. Parallèlement, la crise sanitaire nous a rappelé avec force que les technologies numériques font partie intégrante des services essentiels de notre société.

Le contexte du déploiement en cours de la 5G sur nos territoires constitue une véritable occasion de réfléchir ensemble à une trajectoire compatible avec les contraintes énergie-climat pour nos usages numériques et à l'adaptation de nos mécanismes de prises de décisions face à l'ampleur de nos choix technologiques et de leurs implications.
Les débats sur nos choix technologiques ne concernent pas une adhésion ou non à la technologie en tant que telle. Pour qu'ils soient bénéfiques, les débats doivent questionner ce qui motive les directions que nous donnons à notre système connecté, ce qui les justifient et les actions à mettre en place à l'échelle de la société. Revenir sur la cristallisation du débat concernant la5G va permettre de démontrer la nécessité de construire une discussion collective
plus large et plus efficace sur nos choix technologiques, autour d'une gouvernance concertée au service d'objectifs explicites.

Sans réflexion de cette nature, nos politiques et stratégies de déploiement des outils numériques resteront les opportunités gâchées d'une transition numérique qui, bien qu'omniprésente, échouera à contribuer à relever les défis physiques et sociétaux de ce siècle.

Objectifs clés de la note

  • Consolider le travail de chiffrage de l'impact environnemental mondial du numérique via une mise à jour de nos scénarios de 2018 ;
  • Utiliser le déploiement de la 5G comme illustration grandeur nature des questions à poser explicitement pour dimensionner et piloter un système numérique pertinent basé sur des choix technologiques réfléchis et raisonnés ;
  • Comprendre en quoi la cristallisation du débat sur la 5G démontre la nécessité de construire une discussion collective plus large et plus efficace sur nos modes de vie et nos choix technologiques pour aboutir à une gouvernance du numérique compatible avec la contrainte climatique et énergétique.

Pour rendre le système numérique européen résilient : il nous faut un plan

Sur la base de ces constats, nous formulons ainsi trois propositions majeures afin de rendre notre système numérique résilient :

  • Bâtir une nouvelle gouvernance du numérique
    • Au niveau national, initier et harmoniser les objectifs de décarbonation et les outils d'évaluation et suivis quantitatifs.
    • Au niveau des territoires, donner aux élus les moyens d'organiser la concertation de la
      société civile pour déterminer les usages prioritaires et modalités de déploiement.
    • Au niveau européen, développer des organes de gouvernance cohérents et d'une ampleur adaptée aux infrastructures de l'Union, à ses usages et ses acteurs économiques.
  • Inventer les nouveaux modèles économiques
    • Sortir de la rentabilisation des services par les volumes de données massifs.
    • Rentabiliser les usages construits sur la modularité, l'après-première vie et l'allongement de la durée de vie des terminaux, matériels et équipements réseaux.
  • Développer les outils d'un pilotage du numérique
    • Fixer des objectifs quantifiés et normatifs pour le numérique, dont l'atteinte assure la comptabilité avec la trajectoire 2°C.
    • Développer des outils robustes d'évaluation de l'impact énergie et carbone.
    • Développer les outils de suivi permettant de mesurer les effets de la gouvernance numérique et de l'ajuster pour atteindre les objectifs.

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Le Shift est heureux de vous inviter au webinaire de présentation de sa nouvelle étude « Rendre le numérique soutenable : quel déploiement pour la 5G ? », le mardi 30 mars de 18h à 20h30. Cette étude se propose notamment de mettre à jour les scénarios prospectifs des impacts du numérique mondial et de formuler des propositions pour une « 5G mesurée ».

Comment rendre le numérique compatible avec les Accords de Paris ? Quelles questions instruire sérieusement et quels acteurs mobiliser pour un système numérique résilient ? Comment nous saisir aujourd'hui du débat sur la 5G pour construire une gouvernance numérique adaptée et efficace ?

Comment assister

Date : Mardi 30 mars 2021, en format webinaire, de 18h à 20h30.
Connexion : rdv sur Zoom et en direct sur notre page Facebook.
Inscription : gratuite et facultative, elle se fait via le formulaire en ligne.
Replay : Dans le cas où vous ne pourriez assister à ce webinaire, sachez qu'un replay de cette vidéo-conférence sera disponible sur notre page Facebook (directement après l'événement) et sur notre chaîne Youtube (quelques jours après l'événement).

Programme

17h50 – Accueil Zoom et ouverture du live Facebook

18h Mot d'introduction

  • Jean-Marc Jancovici, Président, The Shift Project

18h15 Présentation de l'étude sur la 5G

  • Hugues Ferreboeuf, Chef de projet Numérique, The Shift Project
  • Maxime Efoui-Hess, Coordinateur de projet Numérique, The Shift Project

19h00 Temps d'échange (Questions/réponses) avec le public

19h15 Table-ronde/Réactions à la présentation*

20h00 Temps d'échange (Questions/réponses) avec le public

20h20 Conclusion

20h30 – Fin de l'événement

* Intervenant.e.s à confirmer

A propos de l'étude

Depuis 2018, nos travaux sur le numérique nous ont permis de définir notre vision du concept de sobriété numérique. Les constats ainsi établis ont alimenté, notamment grâce à la production de chiffres, une prise de conscience de l'importance de l'empreinte environnementale du numérique, de son augmentation préoccupante et des raisons systémiques qui conduisent à cette situation. Dans notre dernier rapport (octobre 2020), nous proposions des mesures très opérationnelles pour mettre en œuvre la sobriété numérique.

Nous publions cette fois une note d'analyse ayant pour objectifs de :

  • Consolider le travail de chiffrage de l'impact environnemental mondial du numérique via une mise à jour de nos scénarios de 2018 ;
  • Utiliser le déploiement de la 5G comme illustration grandeur nature des questions à poser explicitement pour dimensionner un choix technologique et assurer sa pertinence ;
  • Comprendre en quoi la cristallisation du débat sur la 5G démontre la nécessité de construire une discussion collective plus large et plus efficace sur nos choix technologiques.

Constats

Les enchères sur la 5G ont eu lieu, et les premiers déploiements sont lancés en France. Parallèlement, la crise sanitaire a rappelé avec force que les technologies numériques font partie intégrante des services essentiels de notre société.

Dans ce contexte, nous avons mis à jour nos scénarios prospectifs de 2018. Nos résultats confirment les tendances identifiées, à savoir une part du numérique dans les émissions mondiales non négligeable (3 à 4 %) et une dynamique préoccupante de la croissance de ses impacts (+ 6 %/an), incompatible avec la trajectoire 2°C.

Les progrès technologiques sur l'efficacité énergétique n'ont jamais suffi à compenser l'augmentation des usages. Le constat est donc indéniable : l'impact du numérique ne fera qu'augmenter si nous ne nous donnons pas les moyens de le piloter.

En l'absence de réinvention des comportements et des modèles d'affaires, le déploiement des nouvelles générations de réseaux (dont la 5G imminente) et le développement des usages associés (IoT, IA, edge computing, progression des usages vidéo très haute résolution sur mobiles) accentueront cette tendance.

Le déploiement de la 5G : une manifestation grandeur nature d'un numérique insoutenable

Avec une augmentation moyenne de 34 % par an sur la période 2013-2019, la consommation électrique associée à nos usages mobiles dans le monde représente en effet 1,5 fois celle de nos usages fixes. Ils sont ainsi au cœur des enjeux posés par les tendances insoutenables déjà identifiées en 2018 (confirmée dans cette mise à jour), or ce sont bien elles qui motivent aujourd'hui le déploiement de notre 5ème génération de réseaux mobiles.

Sur la 5G, un constat fait consensus : son déploiement en masse sur les territoires entraînera une augmentation de la consommation énergétique associée (production et utilisation des terminaux et infrastructures).

Pour une “5G mesurée”

Pour rendre la 5G soutenable, c'est à dire compatible avec les Accords de Paris, il sera impossible de la déployer en masse. Alors où déployer et pourquoi ? Comment déployer une “5G mesurée”, par opposition à une 5G de masse ?

Le débat sur le moratoire et son résultat ont déclenché le déploiement des premières briques d'infrastructures, mais n'ont pas répondu aux deux questions qui doivent structurer nos choix : le « pourquoi » et le « comment » déployer la 5G. Traiter ces questions, du cadre de pertinence et des modalités de déploiement, est indispensable à rendre la 5G soutenable.

Dès lors, à quels usages se limiter (e-santé, Industrie 4.0, etc.) et comment les choisir ? Ces questions ne pourront être adressées qu'à la condition d'une nouvelle méthode de concertation, et donc d'une nouvelle gouvernance.

Rendre le système numérique européen résilient : il nous faut un plan

Ce qu'a démontré le débat sur la 5G en 2020, c'est que nos mécanismes de régulation numérique ne sont pas conçus pour gérer des questions de cette ampleur. Il est indispensable de construire une nouvelle gouvernance du numérique, française puis européenne, qui mobilise tous les acteurs indispensables au pilotage de nos réseaux.

Nous formulons ainsi 3 propositions majeures :

  • Construire une nouvelle gouvernance du numérique (Arcep, société civile, FR-EU-territoires)

– Initiée et orchestrée par les pouvoirs publics,
– Appuyée sur les régulateurs comme l'Arcep, pivots de la gouvernance des réseaux,
– Impliquant la représentation citoyenne et la société civile, premier échelon pour identifier nos usages prioritaires.

  • Inventer des modèles économiques compatibles avec la diminution des impacts (Opérateurs, Services, Fabricants)

– Construits par les opérateurs, fournisseurs de services et fournisseurs d'équipements, qui connaissent les réalités opérationnelles.

  • Développer les outils d'un pilotage soutenable

– Définir des objectifs quantitatifs ;
– Développer des outils d'évaluation des impacts ;
– Ajuster la gouvernance pour les atteindre.

Sans réflexion de cette nature, nos politiques et stratégies de déploiement des outils numériques resteront les opportunités gâchées d'une transition numérique qui, bien qu'omniprésente, échouera à contribuer à relever les défis physiques et sociétaux de ce siècle.

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