Suite des articles sur Resilience et education

Résilience via le magazine Innovation Pédagogique

En ouvrant les Chemins de la coopération en juillet 2020, la Ville de Brest et ses partenaires ont souhaité poursuivre la dynamique de coopération et de partage du Forum des usages coopératifs initialement prévu à cette date.


A l'été 2021, le thème de la convergence des transitions étant particulièrement d'actualité et porteur de solutions dans le contexte sanitaire qui perdure, le Comité d'organisation du Forum crée un événement en ligne pendant la période du 28 juin au 6 juillet 2021 : "Les chemins de la coopération 2021" :

Avec une web conférence le 1er juillet - 10h d'Ariel Kyrou et une conférence le 30 juin à 18h à l'auditorium de la médiathèque des Capucins à Brest "Pourquoi et comment la science-fiction peut-elle aider à une transition de société ?".
Son ouvrage "Dans les imaginaires du futur ", prend "au sérieux" les sources de fiction et les mêle à des réflexions philosophiques un a priori affiché pour une "utopie anarchiste et terrestre".
La science-fiction propose des horizons et des pistes de chemin pour des futurs alternatifs (nous débloquer grâce aux imaginaires, nous redonner le goût du temps et l'envie de "faire", la nécessité de "prototypes" du futur entre utopie et dystopie, etc.)


Ariel Kyrou

Des rendez-vous pour chacun des 7 chemins vont être proposés en visio : coopérations ouvertes pour la santé, l'éducation, les lowtech, l'inclusion sociale et numérique, les Fabcities, les circuits courts et l'autonomie alimentaire, le climat et la biodiversité

Programmation

Lowtech et transitions

Coordination : Hugues Aubin, Ville de Rennes, Rennes métropole

Jeudi 1er Juillet - 14h00-15h30
La déferlante low tech

Changement climatique, écologie, résilience et communs : partage d'enjeux et d'actions entre low-tech, réparation et éco-conception
Introduction J.Jouzel, climatologue, GIEC "Quel intérêt des low tech dans le cadre du réchauffement climatique"

  • L'aventure du low tech lab avec Clément Chabot
  • Zoom sur le low tech lab, le solar sun trip, californouaille, low tech skol
  • Fablabs, low tech et pédagogie : avec le Senfablab dans le quartier du Grand Yoff à Dakar - Mouhamadou Ngom - Senfablab.
  • La conception en économie circulaire face aux low tech : Comment envisager répondre à des besoins par des objets co-conçus, frugaux, mais productibles en série ?
    3 exemples récents et une méthodologie par Yves Quéré, responsable de l'Open Factory Université de Bretagne Occidentale.
  • Echange/débat.

Fabcities, Villes résilientes

Coordination : Romain Chefdor Rennes Métropole et Yves Quéré UBO Open Factory (et toute une équipe)

mercredi 30 juin - 14h00-16h30
Fabcities

14h - 15h : Table ronde : présentation des modèles et des projets sur les territoires et des structuration.
Intervention de Brest, de Rennes, d'AURA et de Toulouse-Occitanie.
Modération N. Friant (référent régional FabLabs )

15h - 16h : Atelier
Animation par FabCity Brest et FabCity Rennes
Tour de table sous la forme de Pecha Cucha
Intervention de :

  • CNAM ;
  • RESET ;
  • Sensor.community ;
  • FabCitizen …
  • Présentation Sense Océan (capteurs eau) Hack2eau (Rennes)
  • Food Brest (Alimentation) & Mad@Brest (lien sur Rennes et Brest)
  • Data Terra (lien vers les indicateurs / éthique de la data et prospectif)
    Cet atelier sera sous la forme de contributions communes pour aboutir à un appel à projets, à une feuille de route sur les datas environnementales entre les acteurs.
    Angle de présentation : Genèse du projet sous 4 axes :
    1 - Production de données (Sense Océan, Sensor.Community …)
    2 - Coalition autour de la donnée
    3 - Ouverture de la donnée
    4 - Indicateurs
    Organisation d'un évènement fin 2021 autour de la donnée : quels souhaits des acteurs.

Enseigner les transitions et en transition

Coordination : Michel Briand, Jean Marie Gilliot Telecom Bretagne,

le 30 juin à 16h : La Rentrée du climat
Un second webinaire du groupe créé à l'initiative de Riposte Créative Pédagogique .

au programme
- Présentation de la dynamique de coopération ouverte
- La Rentrée du climat avec Hakara Tea

Ce webinaire présentera l'initiative de la Rentrée du climat qui vise à déployer massivement des ateliers sur la Fresque du climat cet automne et de contribuer ainsi à sensibiliser des milliers d'étudiants et d'enseignants.

  • Pour vous inscrire et obtenir le lien par retour de mél, merci de répondre à ce court formulaire en cliquant ici
  • Pour participer au groupe "Transition écologique en coopération ouverte dans l'enseignement supérieur francophone", s'inscrire sur la liste sympa

Un groupe pour croiser les initiatives, mutualiser les ressources et favoriser la prise en compte de la transition écologique (climat, biodiversité, raréfaction des ressources, numérique responsable, résilience .. ) dans l'enseignement supérieur francophone et la formation des adultes. Face à une crise qui touche à l'existence même de la société humaine sur terre, nous faisons ici le choix d'une démarche en coopération ouverte à toutes et tous. L'urgence de la crise justifie à nos yeux une coopération ouverte(pour un monde vivable et désirable qui privilégie les productions et contenus réutilisables (telles celles sous licences creative commons) et répondre aux questions :

  • Quelles transformations des contenus enseignés ?
  • Quelles formes pédagogiques qui impliquent les étudiants et relient au territoire ?
  • Quels enseignements spécifiques ?
  • Quelles implications des étudiants ? comment les favoriser ?
  • Quelles ressources éducatives libres ?
  • Quels retours d'expériences, bilans, analyses ?

au programme
Présentation de la dynamique de coopération ouverte

  • le Master en humanités environnementales université de Nantes
  • et sous réserve la Rentrée du climat par la Fresque du climat

Transitions & inclusions sociale et numérique

Coordination : Élisabeth Le Faucheur, Brest métropole et ville

2 temps : un temps de présentation d'étude et de projets inspirants -Jeudi 1er juillet, 14h - et un temps d'atelier en mode intelligence collective -Vendredi 2 juillet, 14h.

Jeudi 1er juillet - 14h-15h30
Accès aux droits & inclusion numérique : de l'urgence à se coordonner à la nécessité d'une approche stratégique collective

En mode Pitch !

Accueil des participants
Introduction

  • Enquête Capuni crise : « Focus sur les éloignés du numérique » Géraldine Guérillot, Gis Marsouin -
  • Présentation de la dernière étude LabAcces :
    « Lieux et acteurs de la médiation numérique : quels impacts des demandes d'aides e-administrative sur l'offre et les pratiques de médiation ? »
    Cette étude, issue d'observations et d'entretiens menés dans des lieux de Médiations numériques, montre l'impact de la dématérialisation sur les actions des médiateurs numérique, le paradoxe entre l'ambition capacitante de la médiation et la réalité d'espaces numériques utilisés comme des guichets pour l'e-administration, dans un transfert de charge des missions d'accompagnement des usagers des administrations aux acteurs de la « Médiation numérique », sans enrôlement formel clair et explicite de la part des organismes dématérialisant. Il interroge aussi la nécessaire définition des segments d'offres des médiations utiles pour l'accès aux droits, et qu'il conviendrai d'analyser et de définir plus précisément.
    Benoît Vallauri, Ti Lab, LabAccès
  • "Brest, le chantier métropolitain « Inclusion numérique et accès aux droits », le choix de coopérer et de s'outiller pour se coordonner"
    Initié en 2019 le chantier métropolitain réunit collectivités, opérateurs, acteurs associatifs… agissant dans le champ du numérique, du social, dans le culturel, ou le socioculturel. Pour développer une culture commune et la mise en réseau, la stratégie s'appuie sur une formation territoriale mais aussi la conduite d'un état des lieux des pratiques des habitants, et de l'offre d'accompagnement en matière d'accès aux droits et d'inclusion numérique. Cet état des lieux est enrichi par l'approche du LabAccès et la déclinaison sur Brest métropole du PorTREA (Portrait territorialisé de la Relation E-Administrative).
    Élisabeth Le Faucheur, Brest métropole et ville - Hélène Trellu, Conseil Départemental du Finistère - Benoit Vallauri, Ti Lab, LabAccès
  • « Numérique responsable : quelle place donnée à l'Inclusion numérique ? »
    Hervé LeLuherne , Région Bretagne
  • Place aux questions
  • Présentation de la session du vendredi 2 et appel à candidats
    La séance du vendredi laisse place aux porteurs et porteuses de projets qui souhaitent faire appel à l'intelligence collective pour bénéficier de retours sur leurs expériences, de pistes d'évolution, d'idées. En fin de séance le jeudi, une présentation de l'organisation du vendredi sera réalisée.
    Si d'ores et déjà, vous souhaitez soumettre votre projet à des regards nouveaux, vous pouvez vous inscrire en complétant ce formulaire .

Vendredi 2 juillet - 14h-15h30
Atelier : Accès aux droits, inclusion numérique et intelligence collective

Cet atelier propose un temps d'intelligence collective aux porteurs et porteuses de projet qui souhaitent présenter leurs projets, leurs questions et recueillir des retours, des idées pour une mise en perspective d'évolution, de solutions...
En pratique : pour proposer un sujet, un projet, il suffit de compléter le formulaire ci-joint .
Réunit en plénière dans un premier temps, la salle de visio se divisera en sous-groupe auto-organisés autour des différents projets identifiés.

Vers une santé ouverte

Coordination : Hugues Aubin, Ville de Rennes, Rennes métropole

Vendredi 2 juillet - 14h00-15h30
Open santé : vers des communs opérants

Comment créer de boucles libérant le potentiel des biens communs numériques dans le registre de la santé au sens large ? Revue de projets pilotes et débat en France et à l'international.

  • La rencontre des mondes : la ferme d'impression 3D de l'APHP et le projet covid 3d. Philippe Cochin AP-HP - Phillppe Cochin- COVID3D APHP : Impression 3D pour la crise COVID
  • Articuler bien communs numériques, entreprises et lieux de soins : Y.Quere/Erwan Lehr - CHU de Brest/UBO.
  • Tirer des enseignements de crise pour travailler sur la durée : projet pilote d'open santé du Réseau Français des fablabs avec le CHU de Montpellier. Mentzo de Winter, administrateur du Réseau Français des Fablabs et président du Labsud.
  • Coopération internationale : le projet Makers Nord Sud - Medard Agbayazon, président du Réseau des Fablabs francophones d'Afrique de l'Ouest. http://www.makersnordsud.org
  • Echange/débat

Climat et biodiversité

Coordination Jacques François Marchandise FING et Louis Julien de La Bouere

Jeudi 1er juillet - 17h - 18h30
Climat et biodiversité : les données au service des projets collectifs et territoriaux

Animation : JF marchandise, M Brient (FING) et LJ de la Bouëre (Tiriad) ,en attente l'agence bretonne de la biodiversité
Socialisation des données et biodiversité :

  • Comment les associations locales peuvent se saisir/se saisissent des données environnementales pour orienter leurs actions ? associations qualité de vie, mobilités etc...
  • Comment relier données environnementales et pédagogie ?
  • place des données environnementales, notamment biodiversité, dans les programmes de SVT, Histoire Géo
  • Comment un territoire peut ou se saisit des données biodiversité pour appuyer sa politique de transition écologique ?

Circuits courts et autonomie alimentaire

Coordination : Mélanie Siche Conseil départemental 29

Vendredi 2 juillet - 10h30 - 12h30
Atelier transnational FR - UK - Table-ronde sur la précarité alimentaire dans le cadre du projet EU INTERREG C-CARE

Mot d'accueil, objectif de l'atelier (partager des constats, des initiatives et des difficultés en matière de lutte contre le précarité alimentaire)

  • Les chèques alimentaires/cartes de paiement (quelles modalités, pourquoi, points forts de ce mode de fonctionnement et faiblesses) / côté UK témoignage sur aide alimentaire aux enfants (free school meal, chèques alimentaires)
  • Présentation d'une épicerie sociale / côté UK témoignage d'une Banque alimentaire (food bank)
  • Témoignage de la CRESS (étude en cours) pour parler de la coordination des acteurs
  • Conclusion et ouverture sur l'accompagnement des publics précaires (formation travailleurs sociaux et bénévoles d'associations)

La participation à ces événements est sur inscription. (formulaire à venir)

Les Chemins de la coopération c'est aussi un site ouvert où se croisent initiatives, acteurs et ressources, pour témoigner des dynamiques de réseaux, capitaliser des ressources et se créer collectivement une base d'acteurs et de contenus pour le Forum des usages coopératifs attendu en 2022.

http://forum-usages-cooperatifs.net/


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Que retirer d'une formation au Campus de la Transition en général, de la summer school Oikonomia en particulier ? Astrid, jeune étudiante en école de commerce (ESSEC) ; et Agnès en reconversion professionnelle après une quinzaine d'années dans le marketing et la communication, reviennent sur les bénéfices et les apports multiples qu'elles ont tirés de leur formation l'été dernier à Forges, dans l'écolieu du Campus.

Une expérience formatrice

Astrid : “La summer school a été une expérience extraordinaire, avec une formation complète aux enjeux larges de la transition, mais aussi des rencontres précieuses avec des personnes engagées dans ces mouvements de transition. Je recommande absolument !

Les contenus académiques sont de très haut niveau, notamment ceux sur l'économie, le juridique ou encore le domaine plus pratique de l'évaluation de la performance environnementale. J'ai donc trouvé que c'était hyper formateur : je pense d'ailleurs justement me replonger bientôt dans mes notes de l'été dernier tant c'était dense.”

Agnès : “Je suis persuadée que ce secteur nécessite une véritable expertise, et c'est la raison pour laquelle, je me suis tournée vers le Campus de la transition pour me former. La méthode du Campus m'a séduit et convaincu, car elle articule non seulement une pédagogie particulièrement complète en immersion dans un écolieu inspirant, mais encore une recherche- action inédite.

Après une carrière dans la finance puis comme chef de projet dans le secteur de l'éducation, j'ai décidé de poursuivre ma vie professionnelle dans un domaine porteur de sens. Courir après le temps, dans un monde ultra parasité par nos modes de consommation, n'avait plus pour moi aucun sens. Déjà très sensible aux enjeux environnementaux, il m'a paru comme une évidence que le tournant de ma carrière professionnelle donnerait la part belle à un engagement pour la défense d'une société plus résiliente et respectueuse de l'environnement.”

Des contenus pointus et de haut niveau

Astrid : « L'approche de la Grande Transition par les six piliers définis par Cécile Renouard nous a permis d'acquérir un grand nombre de connaissances sur la transition, sur des domaines divers et pourtant interdépendants, et donc nécessaires à prendre en compte pour réaliser la Transition. »

Astrid : « Sur les aspects scientifiques, ces cours m'ont permis de revoir les grands phénomènes à l'œuvre dans le changement climatique, avec un focus très pointu sur les conséquences différenciées dans le monde et sur les différents écosystèmes. J'ai aussi découvert des aspects de la transition qui m'étaient jusque-là inconnus, notamment les travaux sur l'éthique, la notion de communs, l'imagination et les nouveaux récits, et le droit. »

Agnès : “La formation « Oikonomia Summer School » que j'ai suivie avec le Campus en 2020, a été essentielle pour ma reconversion professionnelle et personnelle. Elle m'a permis d'affiner mes connaissances dans des domaines aussi variés que l'économie de la transition, les enjeux climatiques, les nouvelles gouvernances, l'éthique de la transition…, et d'acquérir ainsi une véritable expertise.”

Une pédagogie innovante « tête-corps-coeur »

Astrid : « En m'inscrivant à la Summer School, je savais que j'allais recevoir des enseignements théoriques sur la transition. Cependant, j'ai été très surprise de voir combien le travail sur les émotions, la reconnexion à soi et aux autres étaient complémentaires des enseignements classiques. En effet, ces moments, au contraire des grandes leçons universelles, nous permettent d'accéder à un niveau trop peu creusé et pourtant essentiel : notre rapport personnel à la transition, dans les émotions qu'elle suscite et les réactions qu'elle engendre chez nous, et nos rapports aux autres. »

Agnès : “La formation Oikonomia Summer School permet de découvrir une pédagogie innovante et transversale mise en action et enseignée par les acteurs du Campus de la Transition, nommée “tête, corps, cœur”. Elle aide dans les processus d'apprentissage à intégrer à la fois les émotions, la corporéité, mais aussi la dimension spirituelle de l'humain.

Cette pédagogie permet d'acquérir des savoirs durables et transformants, et forme à une pratique des relations qui tend vers le collectif.

Pour toucher du doigt cette nouvelle approche, Oikonomia Summer School, nous permet de faire l'apprentissage notamment du « travail qui relie ». Des ateliers permettent de remettre en perspective notre rapport au collectif, de privilégier les interconnexions possibles et profitables. Il s'agit ici d'expérimenter un véritable changement de regard, d'attitude envers soi-même mais aussi sur le groupe. Ce travail avec un collectif permet la recherche de solutions en commun et surtout de les partager pour aller de l'avant.

C'est une véritable nouvelle façon de travailler qui remet au centre le partage et la reliance avec son milieu de vie. Cette prise en compte de l'humain dans sa globalité mais aussi en lien avec les autres et son milieu de vie a été pour moi une vraie découverte que je vous engage vivement à expérimenter”

Une aventure humaine

Astrid : « Au-delà des connaissances acquises, j'ai retiré un grand bénéfice personnel à rencontrer des personnes très sympas et passionnés de l'environnement. Certains sont devenus des amis et on se revoit régulièrement. »

Agnès : “Ce cursus permet également d'avoir de nombreux échanges, avec les enseignants, mais aussi les étudiants qui sont pour partie étudiants en écoles de management, mais aussi qui comme moi ont déjà une certaine expérience professionnelle. Toutes ces transversalités sont très certainement à l'origine même de la grande richesse de cette formation académique.”

Et après ?

Agnès : “Maintenant je m'engage professionnellement dans la transformation des campus universitaires car il me paraît comme une évidence que rien ne pourra changer sans une transformation majeure mais réaliste de nos enseignements supérieurs, aussi bien dans le fonctionnement des campus que dans la mise en place de nouvelles façons d'enseigner qui prennent en compte la transition écologique.”

Astrid : “Aujourd'hui, je poursuis ce chemin de transition. Le réseau des personnes rencontrées au Campus m'a aidée à me développer à la fois dans ma vie associative et dans mes projets personnels. La preuve : je suis revenue au Campus pour contribuer à la vie de l'écolieu en tant que volontaire bénévole, au potager, en cuisine !”

La 2e édition de Summer School Oikonomia aura lieu du 28 juin au 16 juillet : plus que quelques jours pour vous inscrire !

Vous aussi, les enjeux environnementaux et sociaux vous touchent et vous souhaitez vous former à la transition écologique, économique et sociale dans une perspective humaniste et avec une pédagogie innovante et respectueuse du vivant ?

Rejoignez la promotion 2021 de la Summer School Oikonomia et venez vous « mettre en transition » dans un cadre immersif au sein de notre écolieu à Forges en Seine-et-Marne.

Les infos et les inscriptions ici.

Et si vous souhaitez nous posez des questions, n'hésitez pas à assister à notre webinaire de présentation de la formation mardi 8 juin prochain à 18h30.


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L'engouement pour l'école à l'extérieur est une réalité. Depuis un an, les tribunes se sont multipliées pour inciter les enseignants à sortir dans la nature avec leurs classes. Pédiatres et médecins ont souligné l'intérêt de ce mouvement pour la santé des enfants, et le ministère de l'Éducation nationale leur a emboîté le pas, en soutenant les initiatives locales qui fleurissent de toutes parts.

Mais derrière ce consensus apparent, il convient de penser à pérenniser cet essor et proposer une réelle réflexion sur l'enseignement dehors, pour que l'engouement ne soit pas un effet de mode mais bien une autre façon d'enseigner.

Articuler les apprentissages

Ce mouvement de l'école en dehors n'est pas né avec la crise sanitaire, il a une histoire, des principes et des pratiques très divers, avec des objectifs différents. Au niveau international, le courant des Forest schools et des « outdoor schools » propose une réelle alternative éducative. Ce n'est pas encore, et de loin, le cas en France.

De même, l'éducation au développement durable, portée par le domaine associatif, se retrouve plongée au cœur d'une nouvelle synergie : une rencontre entre les associations d'éducation à l'environnement avec les établissements scolaires pour les accompagnements de projets.

Au-delà de la volonté de sortir avec sa classe dans la nature et de « passer une matinée à l'extérieur » avec les enfants, il convient de penser cette forme d'apprentissages au sein des enseignements en mêlant les acquisitions de connaissances formelles et informelles, en articulant les apprentissages à l'extérieur des murs de la classe et ceux qui sont réalisés de manière plus conceptuelle en classe.

Si les bienfaits en termes de bien-être et de santé sont évidents, qu'en est-il au niveau des apprentissages ? Que ce soient des apprentissages disciplinaires ou transversaux, les possibles sont nombreux, quel que soit l'âge des élèves.

Quant aux apprentissages non formels, liés aux valeurs telles que la coopération, l'entraide, le développement de l'esprit critique, là encore, les occasions sont très nombreuses de les travailler avec les élèves. Connaitre les attentes des enseignants et les accompagner dans cette démarche est un chantier majeur pour l'institution scolaire.

Le défi éco-pédagogique

Les enseignements à l'extérieur ne se légitiment pas uniquement par leurs impacts sur les apprentissages scolaires et le bien-être de l'enfant. L'école en dehors n'implique-t-elle pas une nouvelle relation pédagogique entre enseignants et élèves, ainsi qu'une redéfinition de la forme scolaire ?

Le défi éco-pédagogique proposé par l'école en dehors vise à transformer les pratiques éducatives en travaillant à partir de nos représentations culturelles. Une invitation à mettre en place une éducation centrée sur le bien commun, comme le proposent les aires terrestres éducatives, qui permettrait de revisiter la place de l'homme dans les écosystèmes.

Comment construire une autre façon d'enseigner régulière, quelle que soit la météo, dans un lieu extérieur à la classe ? L'objectif est bien de proposer une complémentarité entre l'enseignement en classe et hors de la classe.

Le pédagogue belge Ovide Decroly soulignait déjà au début du XXe siècle que pour lui : « la classe, c'était quand il pleut ». Façon de dire que la classe a sa place dans les apprentissages mais que les apprentissages concrets en lien avec l'environnement doivent être une priorité.




À lire aussi :
L'école dehors : l'exposition à la nature ne fait pas tout !


En 2021, l'objectif est aussi de penser cet enseignement dans les zones rurales comme dans les zones urbaines. Les initiatives parisiennes montrent bien que cela est possible. Les perspectives sont multiples et complémentaires : penser autrement les espaces scolaires, les liens avec l'environnement mais aussi les apprentissages scolaires et non scolaires.

Approches ludiques

L'école dehors, c'est aussi, au sein même de l'établissement, développer les liens avec la nature. Le ministère de l'Éducation nationale, par la labellisation d'établissement E3D, semble d'ailleurs attentif à faire connaitre les projets et les initiatives des enseignants dans ce domaine.

De leur côté, les maires multiplient les mesures de végétalisation des espaces scolaires, rendant concret ce mouvement. Un mouvement de fond ou la France doit rattraper son retard par rapport à d'autres pays comme le Canada

Une étude récente marque bien de façon précise le lien étroit entre la réussite scolaire et le contact avec la nature. À l'extérieur, une pédagogie active s'impose pour mettre en valeur l'activité intellectuelle et l'activité motrice par l'expérimentation.

Le jeu occupe aussi une place centrale dans l'éducation par la nature. L'enfant explore le milieu naturel librement, il s'agit d'un environnement riche sur le plan de la créativité et de la réflexion (il va observer, catégoriser les éléments qui les entourent : arbres, roches, feuilles, etc.). Il faut saisir les occasions qui se présentent de faire des hypothèses, en discuter, questionner, en faire une leçon…

Peu à peu, l'enseignant apprend ainsi à suspendre ce qu'il avait prévu pour écouter un oiseau chanter, regarder un vélo passer, sentir le vent qui met les cheveux en mouvement. C'est ainsi que les élèves apprennent à lâcher prise et à vivre l'instant présent. Par le biais de la littérature de jeunesse, il est aisé de réinvestir en classe ce que les enfants ont découvert dans la forêt, sur la plage, tout en enrichissant leurs connaissances.

Développement de l'enfant

Dans la nature, il est également possible de réaliser des apprentissages plus formels comme en mathématiques où l'on va pouvoir réinvestir des notions géométriques et arithmétiques en travaillant sur la croissance de l'arbre.

L'essor actuel de l'école dehors permet d'observer les premiers résultats en France d'une approche sensorielle et cognitive qui tient compte du développement de l'enfant et favorise les expériences concrètes. Cette pédagogie donne sens à l'apprentissage des enfants et permet aux élèves à profil particulier, dys ou haut potentiel, d'apprendre comme les autres.




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Le corps à l'école : une dimension oubliée


Fédérer les initiatives locales et évaluer les résultats de l'école dehors en France deviennent des enjeux majeurs pour intégrer durablement cette école dehors dans l'enseignement public français. Enseigner à l'extérieur peut permettre ce lien nouveau avec la nature et, en s'intégrant à une réflexion plus globale sur la façon d'enseigner et les finalités éducatives, devenir la révolution pédagogique du XXIe siècle.


Cet article a été co-écrit avec Corine Martel, docteure en écologie, conseillère pédagogique sciences – EDD de l'Hérault et directrice du centre de ressources EducNatu'RE.


The Conversation

Sylvain Wagnon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.


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Jean Duvillard nous plonge dans les outils d'analyse des situations éducatives depuis sa posture de formateur d'enseignants, dans un ouvrage qui s'appuie sur de nombreuses situations de travail en classe. Il s'intéresse aux gestes, aux micro-gestes professionnels porteurs de sens dans la relation éducative « apaisée ». Le but est d'exposer des outils sur la manière de former au mieux les futurs professionnels à l'observation de soi, à développer la perception de ce qui se joue dans les interactions parfois très complexes d'une classe, aux postures parasites qui peuvent interférer sur la relation éducative et la mettre à mal. L'enseignant peut-il acquérir des savoirs d'observation de soi, « d'introspection située », pour mieux saisir ce qu'il fait, ce qu'il provoque et ainsi réguler éthiquement en situation ?

Dans la première partie, l'auteur expose les raisons qui nous poussent à développer des savoirs d'observation de soi-même au travail. Le travail de formation consiste à faire repérer au stagiaire les points aveugles des gestes qu'il utilise, ce qui est déclencheur parfois de crise ou peut brouiller la situation éducative. S'ensuit parfois un ressentiment négatif, autant chez les élèves que chez les enseignants. L'enseignant doit créer un cadre instituant qui permette aux élèves d'avoir de la confiance et d'apprendre. En fait, les micro-gestes du discours enseignant, les micro-gestes du regard remettent la symbolique de l'éthique, du philosophique, de l'émotionnel, du didactique et du pédagogique au cœur des actes les plus ordinaires ou anodins de la classe.

Dès lors, l'objectif central de la formation va être d'apprendre à s'observer, à prendre la distance indispensable pour agir.

En arrière fond, l'auteur convoque quelques incursions et préalables théoriques sur les enjeux de l'observation, parmi lesquels : Edmund Husserl et le concept de « phénoménologie », les travaux de Christian Alin sur la « Geste Formation », Anne Jorro et « l'enseignant qui agit dans plusieurs mondes », Jean-Pierre Changeux sur « l'homme neuronal », Maurice Merleau-Ponty sur la « phénoménologie de la perception », Charles Sanders Peirce sur la théorie du « système triadique » des signes perçus, Marcel Mauss sur la dimension de la réciprocité, de « la dette de don » établissant le rapport de confiance, indispensable, et bien d'autres, sur les théories de l'énaction par exemple.

Jean Duvillard compare souvent la pratique de l'enseignant et la pratique musicale. Celle-ci n'est-elle pas composée de gestes longuement et fréquemment exercés ? Dans l'improvisation, le musicien fait remonter et mobilise des gestes préalablement appris, inscrits dans un corps entrainé, ainsi que les partitions ou des thèmes fortement répétés. De la même façon, pour les jeunes enseignants, dès la formation initiale mais également continue, l'auteur met en évidence l'importance de l'entrainement des gestes de la relation pédagogique.

Dans la seconde partie de l'ouvrage, toujours au service de « l'introspection gestuée », l'auteur présente des situations prototypiques des débutants entrant dans le métier, vécues en « jeux de situation » qui, comme « l'entretien d'autoconfrontation » constitue un outil de formation (outils déployés à l'Inspé de Lyon depuis une quinzaine d'années, en formation initiale). On y trouve le protocole de formation sur la façon de garder le contrôle d'une situation de crise. Un processus en sept étapes : « 1. Être capable de repérer l'incident, « ce que je perçois de ce que je dois faire… », 2. Être capable de relever l'incident, 3. Être capable de différer, 4. La rencontre, 5. Sanctionner, 6. Être capable de donner une valeur ajoutée à la sanction, 7. Être capable de retrouver un regard à égale dignité ». Dans chacune des sections, les manières d'accompagner le dispositif.

Dans la troisième partie, Jean Duvillard précise le dispositif de « jeu de situation », qui se distingue sensiblement du « jeu de rôle », ce dernier exigeant des participants de s'impliquer dans une fiction. Dans « le jeu de situation », le participant joue son propre rôle et travaille de l'intérieur ses propres micro-gestes, dans une situation de travail type. Pour que ce soit possible et protecteur des individus, les règles de jeu s'imposent : la confidentialité des capsules vidéo de films de classe, et le fait de commencer par ce qui est positif dans la situation revécue et analysée. C'est une démarche de formation en quatre étapes : 1. Présentation et choix du cas à mettre en scène, 2. La mise en œuvre du dispositif, 3. Des propositions de fin alternatives, 4. Analyse-relecture de la situation. L'auteur met en perspective une formation qui ne se situe pas que dans le registre du dire, mais aussi dans l'expérimentation du faire, par l'énaction. On s'intéresse à la manière dont l'esprit humain se réorganise en situation, aux prises et en interaction avec l'environnement. Dans cette manière de faire, le droit à l'erreur est acquis ! Et les micro-gestes à remettre sur le métier.

À la lecture de ce livre, étant moi-même formatrice, j'ai rencontré un collègue soucieux de la formation à la relation éducative, dans un métier qui se complexifie de plus en plus face aux demandes exigeantes qui lui sont apposées.

Andreea Capitanescu Benetti


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Faire l'école dehors demande de sortir d'une vision binaire et de considérer l'humain comme appartenant intégralement au monde de la nature. Shutterstock

Depuis quelques années, un croissant appel à l'éducation en plein air se fait entendre dans les familles et les écoles françaises. Dans un contexte sociétal marqué par une prise de conscience de la rupture entre les humains et leur environnement dit « naturel », la « pédagogie par la nature » s'impose comme un retour au bon sens.

Comme en témoignent les appels, sur The Conversation, de Mariani Brussoni, de Tegwen Gadais et Audrey-Anne Beauchamp, la révolution verte de l'éducation est en marche, pour reprendre le sous-titre du livre de Moïna Fauchier-Delavigne et Matthieu Chéreau, L'enfant dans la nature ! Et ce, jusqu'à l'incitation récente du ministère de l'Éducation nationale (lien) à augmenter les sorties en nature, face à l'épidémie de la Covid-19.

Ces appels de la sphère éducative et associative s'appuient sur une série de recherches – tant en neurosciences éducatives qu'en psychologie cognitive, en passant par les sciences de l'environnement – prouvant les indéniables bénéfices du plein air pour la santé humaine (Frumkin, Bratman & Breslow, 2017). À partir de ces constats, un enfant en bonne santé serait un enfant qui apprend mieux.

Les résultats constatés par les chercheurs au sein d'écoles en nature convergent effectivement vers les mêmes conclusions : la motivation des enfants est augmentée, leur anxiété et stress sont réduits et leurs compétences sociales et relationnelles apparaissent comme exponentielles (Kuo & Jordan, 2019). Mettez les enfants dehors, donc, vous en ferez des élèves heureux et « performants », s'exclame-t-on, enthousiastes et, sans doute, de manière trop simpliste.

Il faut en effet souligner que les quelque 200 études que l'on a répertoriées (revue de littérature à paraître) insistent sur le fait qu'il est difficile, voire impossible, de séparer les variables « environnement naturel » des variables « pédagogiques ». En d'autres termes, c'est l'association du plein air, mais aussi des postures des adultes accompagnateurs avec les activités menées qui génère les impacts d'ordre cognitif et social mis en avant. Laissons donc un instant de côté les – indéniables – apports du plein air pour nous intéresser aux fondements pédagogiques qui consolident ces apports.

Les six piliers des forest schools

Les écoles « dehors » ou « dans la nature » françaises trouvent leurs origines dans une pluralité de mouvements historiques : des jardins d'enfants scandinaves au courant du plein air Fröbelien, en passant par les Forest Schools, l'Outdoor/Adventure Learning/Education anglo-saxonnes, les initiatives françaises s'inspirent, en tentant une nécessaire adaptation socio-culturelle, d'une grande variété d'approches.

Néanmoins, malgré l'atomisation des pratiques et des inspirations des « praticiens du Dehors », ils s'accordent généralement sur les mêmes grands principes, inspirés des Forest Schools

  • Un environnement naturel – non construit par l'homme – si possible boisé,

  • Des sessions régulières, qui rendent possible la consolidation des savoirs et compétences,

  • Une communauté d'apprentissage, qui permet les apprentissages collaboratifs et l'initiation aux compétences dites « sociales » ou « relationnelles »,

  • Un développement holistique de l'individu (c'est-à-dire une prise en compte dans sa globalité), qui préfère l'appréhension transversale du monde plutôt qu'un découpage disciplinaire,

  • Une éducation au risque, vectrice de développement moteur, de confiance en soi et de prise d'initiative nécessaires à la construction de l'individu,

  • Des professionnels qualifiés, par leur expérience et/ou par un cursus d'études spécifiques.

Sur ces six piliers, seul le premier a trait à l'environnement en tant que lieu d'apprentissage. Les cinq autres concernent la démarche pédagogique. Preuve, s'il en est, de la nécessité d'une (trans)formation – avant qu'elle ne soit une révolution – éducative. Enseignants, éducateurs, animateurs et parents sont en effet amenés à réaménager leurs pratiques et postures afin de tirer profit du potentiel de l'éducation en plein air.

Des postures d'accompagnement à développer

Le courant de recherche en éducation dit « socio-constructiviste » encourage, depuis plusieurs décennies, les postures de médiation, de mise en retrait, de « lâcher prise » et d'engagement actif de l'enfant, qui sous-tendent – entre autres – les piliers de l'école en nature.

L'école du dehors, pas davantage que d'autres pédagogies encore désignées comme « alternatives », ne les a donc pas inventées, ni pratiquées en premier lieu. En revanche, faire école dehors ne peut se passer de ces postures : cela « oblige », en quelques sortes, à ces postures. Les constats obtenus par les recherches citées en début d'article supposent, en effet, l'adoption de postures socio-constructivistes, communicatives, actionnelles, interactives et sensorielles par les adultes accompagnateurs.

Apprendre autrement avec « l'école dehors » (AFP, février 2021).

Les principales postures d'accompagnement des activités libres ou structurées sont basées sur :

  • une mise en retrait initiale qui n'exclut pas les consignes, en particulier celles relevant de la sécurité des enfants. Une préférence est donnée à la découverte directe des enfants de l'environnement, des outils, des jeux, etc.,

  • une maïeutique discrète basée sur un étayage en demi-teinte. Les questions des enfants sont d'abord renvoyées aux pairs, puis contextualisées, reformulées, approfondies,

  • une observation continuelle, attentive et confiance, qui n'exclut par l'intervention pour préserver la sécurité des enfants ou participer à la gestion d'un conflit, si nécessaire.

Cela étant, rappelons que, de la même manière que pour la « classe intérieure », le débat entre enseignement socio-constructiviste et enseignement direct a toujours lieu. Un accompagnement relevant d'une posture plus transmissive reste nécessaire, entre autres, pour s'assurer de la compréhension première des enfants de la situation en cours.

D'une démarche descendante au « Place Based Learning »

Si la pédagogie par la nature constitue une « révolution verte » de la démarche éducative, c'est d'abord parce qu'elle se base sur l'environnement végétal et animal comme vecteur d'apprentissage. Mais, au-delà de son qualificatif « vert », c'est son caractère révolutionnaire qu'il s'agit d'interroger. Et, sur ce sujet précis, peu d'études ont encore été publiées.

Pourtant, faire l'école dehors peut constituer un véritable moteur de renversement des pratiques, en termes de didactique des disciplines scolaires. Deux principales démarches s'opposent et pourtant se combinent au sein des pratiques pédagogiques en nature :

  • une démarche « classique », de type descendant, où l'enseignant·e prépare ses séances de cours en fonction du programme scolaire. Les éléments naturels présents sur le lieu jouent un rôle de médiateurs et d'outils pour mener à bien les activités de maths, de lecture-écriture, de découverte du monde, etc.

  • une démarche « située », déjà bien ancrée dans le monde anglo-saxon sous le terme « Place Based Learning ». Là, on part sur le terrain et, à partir des éléments présents sur le lieu (les « loose parts »), l'enseignant·e va amener les enfants à créer du lien entre l'activité qu'ils entreprennent spontanément et le programme scolaire qu'ils ont en tête.

Cette deuxième démarche – véritablement transversale et transdisciplinaire – suppose, de la part des enseignant·e·s, une connaissance expérientielle des éléments présents sur leur terrain, une parfaite maîtrise du programme et des compétences de médiation et d'adaptabilité.

Les enseignants créent une interaction entre les éléments trouvés sur le terrain et les programmes scolaires. Shutterstock

Sur le terrain, à partir d'activités dites de « jeu libre » (Loebach et Cox, 2020) les deux démarches se mêlent souvent, au rythme des interactions avec les enfants, de leurs besoins exprimés sur le moment et des opportunités observées par les enseignant·e·s qui n'hésitent pas, alors, à « faire feu de tout bois » !

L'illusion d'une « efficacité naturelle » coupée d'une « efficacité pédagogique » renvoie à la rupture, magnifiquement illustrée par Philippe Descola, entre les deux concepts de « Nature » et de « Culture ». La conception dualiste de l'espèce humaine reste, en effet, fortement ancrée dans l'imaginaire collectif occidental : d'un côté, l'humain et ses propriétés culturelles ; de l'autre, les espèces minérales, végétales, animales et leurs propriétés naturelles.

Or, faire l'école dehors demande de sortir de cette vision binaire en considérant l'humain comme appartenant intégralement au monde de la nature. Les apports des végétaux ou des animaux présents sur les lieux où nous faisons classe dehors agissent, bien entendu, par eux-mêmes. Mais les démarches et postures pédagogiques empruntées par les enseignant·e·s constituent le socle didactique qui donne à la « pédagogie du Dehors » tout son sens et toute son efficacité.

The Conversation

Laura Nicolas est dirigeante bénévole de l'association Sologna Nature et Culture, association d'Education par la Nature


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Quand Alain Damasio, écrivain de science fiction, donne sa vision de l'école, il propose d'ouvrir les portes et les fenêtres et de déplacer les murs, au sens propre comme au sens figuré.


Vous avez un parcours d'études qui, à priori, ne vous destinait pas à l'écriture. L'école a-t-elle joué un rôle dans votre choix de l'écriture ?

Malheureusement non. Ni le collège, ni le lycée, encore moins ma classe préparatoire HEC ne m'ont donné ce gout et cette envie frémissante d'écrire, qui m'est venue tard, vers 21 ans. Par contre, je dois à deux professeurs de philosophie et une professeure de français mes premières émotions intenses face à des textes. J'ai toujours adoré ce mot de Jaurès : « On n'enseigne pas ce que l'on sait, on enseigne ce que l'on est. » On enseigne ce que son corps éprouve face à un poème, un roman, on le transmet par l'émotion vibratoire qui reste en nous après la lecture et que les « bons » professeurs ont cette faculté de restituer. Ils ne te confient pas un savoir dans un sac, ils te communiquent leur propre vibration face à ce qui les a touchés. C'est ça, « enseigner ce qu'on est ».

Est-ce que l'écriture et la lecture ont leur place à l'école ?

Elles devraient. Elles l'ont dans les écoles Freinet par exemple, où l'écriture libre est une pratique régulière, décisive parce qu'elle donne soudain accès à une intimité que l'élève ignorait posséder. L'écriture lui ouvre un espace du dedans, une poche où sa singularité va se déployer, se dilater et s'offrir parfois aux autres, dans un échange d'autant plus riche. À l'époque des messages de 140 signes qui poussent à s'exprimer par archétype émotionnel, permettre l'écriture longue et personnelle, l'encourager, la singulariser sont précieux. Même si c'est très exigeant en temps et en disponibilité !

Pensez-vous que l'école développe l'imagination ?

Certains sujets de rédaction la favorisent, y font appel. Mais on n'apprend pas aux élèves à brainstormer ensemble, à imaginer ensemble comme on le fait quand on scénarise un jeu vidéo ou une série télé. Or, cet imaginaire coconstruit non seulement est plus fluide et plus puissant que les imaginaires individuels, mais il offre aussi beaucoup de joies, de partages, fait éprouver ce bonheur du faire ensemble désapproprie les idées (ce n'est plus mon idée, c'est la résultante d'une dynamique de groupe). L'éducation doit activer ces imaginaires collectifs. L'imaginaire est un ensemencement, un farrago de graines jetées dans les bons terreaux et que les pluies collectives arrosent mieux.

Un des thèmes importants de vos livres est le contrôle social. Est-ce que l'école participe à la création d'une société de contrôle ?

Elle y contribue assez férocement, d'abord par les logiques sécuritaires (j'ai envie de dire les « manies »), qui poussent les élus à faire de nos écoles des bunkers à grillages et barbelés, à portiques électroniques et caméras, à contrôle d'entrées et de sorties, à passeport à exhiber (le carnet de correspondance). Une classe prise en otage tous les trente ans et trois agressions suffisent à justifier l'injustifiable et l'inutile.

La sécurité ne s'obtient jamais avec des machines, mais avec des êtres humains formés et une attention collective croisée. Et elle ne doit jamais prendre le pas sur la liberté des corps, des esprits, des mouvements. L'école doit éduquer à la liberté, pas à la docilité et à l'atermoiement illimité des sociétés de contrôle. Et ça se fait, non par des mots, mais par des pratiques et des aménagements architecturaux concrets. C'est la forme des couloirs, le jeu des circulations, les entrées de collèges, la place laissée aux corps pour respirer, la disposition des tables en salle de classe, les cours de récré qui décident quelle société on impose et imprime aux enfants.

La tristesse de notre XXIe siècle est de faire des corps d'enfants, puissamment vivants, des objets du contrôle et des supports de la trace. À cette couche physique s'ajoute la couche d'examen permanent, l'évaluation continue, système de pouvoir qui produit l'autocensure, l'autocontrôle, l'analyse de soi à travers les notes reçues. Des choses que Michel Foucault a parfaitement décryptées dès 1975 dans Surveiller et Punir.

En primaire, à l'école Freinet, les notes n'existent pas. Ma fille respire, ça la libère d'une pression improductive, elle se concentre sur la création. Ces pratiques devraient être généralisées, surtout dans un monde où l'on passe son temps numérique à mettre des étoiles et à noter, où tout est quantifié, chaque post, chaque vue, les likes, etc.

Si vous deviez écrire un roman où l'école serait idéale, comment la verriez-vous ?

Vivante ! C'est-à-dire, déjà, désincarcérée de la salle de classe, des positions assises, confinées et contrites, des murs. Je la verrais centrée sur l'expression et la liberté des corps dans des espaces ouverts. Articulée avec le dehors autant que possible, liée au vivant, refusant viscéralement que la sécurité soit la valeur princeps des choix d'aménagement. Une école qui valorise le lien et les élaborations de groupe. Qui croit à la créativité intrinsèque de l'enfant que le collège tue littéralement dès la 6e comme il tue la joie d'aller à l'école. Une école qui remette les mains et le cœur au centre et qui enseigne que la tête ne fonctionne bien que dans l'alliage des émotions, des pratiques et de la réflexion. Qui éduque l'attention aux autres, et déjà aux autres non-humains, qui déploie nos facultés de perception hors du technococon où les ados sont piégés. Apprendre est en soi une activité magnifique et autostimulante. Cessons d'en faire une discipline mortifère !

Propos recueillis par Cécile Blanchard

Photographie ©Jean-Philippe Carré-Mattei

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Enseigner l'attention
Aujourd'hui se multiplient les pratiques visant à développer l'attention des élèves, de la méditation de pleine conscience à des dispositifs s'appuyant ou non sur des recherches cognitives. Nous reviendrons dans ce dossier sur la notion même d'attention et tout ce qu'elle implique comme activités et postures en classe.


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Référence électronique

Amélie Coulbaut-Lazzarini et Frédéric Couston, « Manifeste pour penser la communication environnementale à la lumière des liens humains/non-humains », Revue française des sciences de l'information et de la communication [En ligne], 21 | 2021, mis en ligne le 01 janvier 2021, consulté le 01 mars 2021. URL : http://journals.openedition.org/rfsic/10021 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rfsic.10021

Les contenus de la Revue française des sciences de l'information et de la communication sont mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

« Malgré les nuages d'encre projetés par la tradition judéo-chrétienne pour la masquer, aucune situation ne parait plus tragique, plus offensante pour le cœur et l'esprit, que celle d'une humanité qui coexiste avec d'autres espèces vivantes sur une Terre dont elles partagent la jouissance, et avec lesquelles elle ne peut communiquer. »

Claude Lévi-Strauss [1]

Introduction

Le récent article de Catellani et al. (Catellani et al. 2019) fait état de la recherche en matière de communication environnementale dans le domaine francophone. Selon les différentes définitions que les auteurs y passent en revue (§ 15 à 23), il apparaît que cette recherche concerne l'étude de la communication sur la relation entre les hommes et leur environnement. Les analyses portent sur la manière de dire et de concevoir cette relation telle qu'elle transparaît dans les médias, les discours politiques et managériaux ou encore dans la communication scientifique. Une branche de cette communication environnementale a une visée plus pratique et vise la communication écocitoyenne et les changements de comportement.

Sans négliger l'importance ni l'apport de ces études, nous proposons ici une autre voie qui repose sur (a) une hypothèse induisant à la fois (b) un changement de paradigme et (c) un positionnement spécifique :

- L'hypothèse première est l'urgence de changer, elle-même fondée sur l'hypothèse de plus en plus vérifiée que le mode de vie de la civilisation occidentalo-capitaliste imposé par l'accélération de la mondialisation n'est pas soutenable. Nous ne reviendrons pas sur cette hypothèse développée par de nombreuses recherches depuis le rapport Meadows jusqu'aux travaux du GIEC notamment. Malgré les controverses scientifiques, l'heure n'est plus au scepticisme, mais à un renouvellement du pari pascalien qui nous engage à l'action.

- Nous devons donc changer notre rapport au monde. Cela passe par un changement de paradigme : nous devons passer d'un paradigme réductionniste-séparatiste fondé sur la dichotomie (objet/sujet, nature/culture, naturel/artificiel) et la domination (maîtrise, exploitation, possession, marchandisation) à un paradigme écologique-complexe (Couston à paraître) fondé sur la pensée complexe, la prise en compte de l'activité autopoiétique et auto-organisatrice des systèmes naturels, humains et hybrides et l'adaptation, la collaboration. Il s'agit également de penser la profonde modification de l'environnement de l'humanité et des hommes qui ne correspond plus seulement à la biosphère qui nous a vus naître, mais qui se trouve transformée et augmentée par l'émergence des NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatiques et sciences cognitives). Tout cela implique un changement épistémologique profond dont certaines orientations des Sciences de l'Information et de la Communication (SIC) portent les germes (Quéré 1991).

- La volonté de changement implique un changement de positionnement du chercheur qui ne peut plus se contenter d'observer la réalité depuis son laboratoire, mais qui doit s'engager dans un processus de recherche-action par lequel le savoir se co-construit et vise une certaine efficacité (Meyer 2006). Cela implique aussi et surtout une prise de position et un choix de valeurs par rapport aux possibles ouverts par l'évolution de la science et aux différentes interprétations technophiles ou humanistes que peut engendrer la pensée complexe. Il s'agit de sortir de la pseudo-neutralité scientifique tout en continuant à affirmer les exigences de rigueur et d'humilité de la recherche (Segers 2018, Vigoureux 2020).

L'enjeu est de passer d'une étude de la communication sur la relation homme/environnement à l'étude de la communication entre humains et non humains (expression incluant les entités non créées par l'homme, les artefacts et les objets hybrides tels que décrits par Latour 1991) et sur ses conséquences sur les relations interhumaines ; de passer de la position du chercheur sur à celle du chercheur dans, c'est-à-dire à rien de moins qu'à une communication engagée. Le programme est très ambitieux et nous ne pourrons ici donner que quelques pistes après avoir précisé notre cadre de pensée.

Soi et l'autre : penser la relation plutôt que la séparation

La modernité a créé le concept d'environnement qu'elle a décliné de deux manières différentes dans la pensée scientifique d'une part et les représentations sociales de l'autre.

Ce concept permet en science de séparer un système de ce qui l'entoure. En réalité, dans la majorité des cas, le système est défini arbitrairement par le projet scientifique de celui qui l'étudie, tant les relations entre l'intérieur et l'extérieur sont nombreuses et variées. Dans les représentations sociales [2] sur lesquelles vont principalement se fonder des disciplines comme le droit, la sociologie, la politique et les SIC, le concept d'environnement vient se substituer à celui de nature afin de prendre en compte les éléments critiques des relations que l'homme entretient avec elle (transformations de tous ordres, exploitation, pollutions, risques…) et permettant de perpétuer sa sanctuarisation (Couston 2005). Dans les deux cas, parler ainsi d'environnement revient à prolonger la vision réductionniste et séparatiste du monde.

En effet, un système ne peut être compris sans ses relations avec son environnement. Le systémisme prolonge le réductionnisme par son incapacité à concevoir l'interpénétration réciproque du système et de l'environnement. Selon Morin (2014, 34), la théorie des systèmes « n'a guère exploré du côté de l'auto-organisation et de la complexité ». Cette dernière repose sur trois principes : le principe dialogique qui permet de maintenir la dualité au sein de l'unité, la récursivité ou récursion organisationnelle qui fait que les « produits et les effets sont en même temps causes et producteurs de qui les produit » (Morin, 2014, 99) [3] et le principe hologrammique selon lequel la partie est dans le tout et le tout dans la partie.

À propos de la pensée, Bateson écrit (1955-1970, 1990, 241) :

Les ordinateurs pensent-ils ? Je dirai tout de suite : non. Ce qui « pense » et qui est engagé dans un processus d'essai-et-erreur, c'est « l'homme plus l'ordinateur plus l'environnement ». Les lignes de séparation entre l'homme, ordinateur et environnement sont complètement artificielles et fictives. Ce sont des lignes qui coupent les voies le long desquelles sont transmises l'information et la différence. Elles ne sauraient constituer les frontières du système pensant. Je le répète : ce qui pense, c'est le système entier.

Nous pourrions écrire la même chose à propos de la vie en reprenant les concepts traditionnels : ce qui vit c'est l'homme plus l'environnement plus la nature. En d'autres termes, il n'est pas possible de penser séparément les systèmes humains et la biosphère, l'humain et le non-humain. Notre pensée ne doit plus se focaliser sur l'essence des différents systèmes (ce qui les différencie et permet de les définir), mais sur l'interrelation génératrice de nouvelles formes d'organisation, autrement dit sur l'entité système + environnement. Cela équivaut encore à ne jamais isoler le système (et ses sous-systèmes) du méta-système auquel il appartient. C'est ce qui permettrait de respecter le principe dialogique : l'homme est naturellement dénaturé ; le principe de récursivité : l'humanité transforme la biosphère qui la transforme à son tour dans une co-évolution ; le principe hologrammique : l'homme est dans la société qui est dans la culture qui est dans la biosphère et inversement [4].

Dans la résolution d'un problème, le réductionnisme ne devrait intervenir que comme une étape nécessaire à la conceptualisation, mais devrait obligatoirement être dépassé par une étape de recomplexification sans laquelle aucun phénomène ne peut être compris. Cette vision complexe du monde n'est pas naturelle pour l'homme. Bateson (1980, T.2, 190) souligne cette « curieuse déformation de la nature systémique de l'individu qui fait que la conscience est, presque nécessairement, aveugle à la nature systémique de l'homme lui-même. La conscience, attachée au but, extrait de l'esprit global des séquences qui ne présentent pas la structure en boucle qui caractérise l'ensemble de la structure systémique. »

De fait, tout système de nature ou d'origine organique tend à se perdifférencier, à développer une conscience de soi qui lui fait rejeter l'autre (ce que Morin nomme le computo [5]), à définir son environnement dont il ne retient que ce qui répond à ses buts et dont il occulte la complexité. Morin recourt au concept d'auto-éco-organisation qui exprime à la fois la dépendance de tout être vivant envers son environnement et sa capacité d'auto-organisation, son ouverture et sa fermeture.

Pourtant, une erreur serait de concevoir tous les systèmes comme autopoïétiques, c'est-à-dire comme des systèmes produisant eux-mêmes leur propre limite, en rupture avec leur environnement. En réalité,

De nombreux systèmes vivants complexes ne correspondent pas à ces caractéristiques — en particulier en ce qui concerne la production de frontières. Les définitions typiques des écosystèmes, par exemple, notent la nature floue des frontières des écosystèmes dans les dimensions spatiales et temporelles (par exemple, Golley 1993, Noss 1995, Agee 1996). Bien que les frontières puissent être délimitées par un observateur si des critères et une échelle particuliers sont choisis, ces frontières sont alors produites par l'observateur et non par lui-même. (Dempster, 2000)

De nombreux systèmes correspondent plutôt à ce que Dempster nomme la sympoïèse, soit la capacité de se co-produire en relation à la fois avec ses composants intérieurs (qui peuvent être des systèmes autopoïétiques) et les systèmes environnants. La science moderne a longtemps considéré l'humanité, voire l'individu humain, comme autopoïétique. Considérer l'humanité comme un système sympoïétique et non plus comme un système autopoïétique, ouvre la possibilité de penser sa co-évolution avec un système plus large que l'on peut nommer Gaïa à la suite de Lovelock (Lovelock, 1999). C'est aussi l'occasion de repenser la manière dont se produisent et se perdifférencient les différents systèmes à l'intérieur de la société et de réconcilier l'incommunicabilité systémique de Luhmann et la communication procédurale d'Habermas (pour avoir une idée de cette polémique, voir Kervégan, 2003).

Pour autant, nous reconnaissons avec Virginie Maris (Maris 2018), le danger contenu dans une conception totalement sympoïétique de la nature qui pourrait faire de l'anthropocène non plus seulement le nom d'une ère, mais celui d'un projet de pilotage de la nature par l'homme perçu comme naturel.

Des modes de relations entre soi et l'autre

Reconnaissance

La reconnaissance de l'autre comme une fin en soi est le fondement de la morale kantienne (Kant 1785, 1993). Mais cette reconnaissance est réservée aux alter ego, à ceux à qui on reconnaît la même raison dont nous sommes doués. Aujourd'hui, nous commençons à comprendre qu'il convient de ne pas réserver ce respect aux êtres humains, mais de l'étendre à tout le vivant. Jusqu'à la fin du siècle dernier, nous peinions à fonder ce respect sur la morale, sur quelque chose comme le principe de responsabilité cher à Jonas. Aujourd'hui, de nombreuses sciences, dont la thermodynamique, la physique, la biologie, décrivent le lien indéfectible et pourtant longtemps nié de l'homme et de ses créations avec le monde physique et biologique. L'écologie et la climatologie finissent de lui prouver sa dépendance (rapports du GIEC). La découverte de la co-évolution de la nature et de l'homme finit de transformer l'éthique de la responsabilité en une éthique de la prudence. Les scénarios, souvent catastrophiques et culpabilisants, que nous projetons sur l'avenir de notre existence sur Terre ne nous disent rien des liens que nous devons nouer ici et maintenant pour vivre en bonne intelligence avec l'ensemble de l'être. Au contraire, nous devons, comme le suggère Donna J. Haraway, vivre avec et dans le trouble de nos relations présentes et incertaines et être attentifs aux liens (Haraway, 2020).

Cela commence par la reconnaissance de l'altérité dans les manières d'être au monde. Nous pouvons en distinguer au moins deux espèces : l'altérité de perception-intelligence et l'altérité de finalité. La première est celle de toutes les formes d'intelligence parmi les humains et chez les non-humains. L'humain ne peut plus s'arroger à lui seul la seule forme d'intelligence possible – ce qu'on appelle véritablement l'arrogance. Il doit reconnaître, et commence à le faire, que chaque organisme a sa propre forme d'intelligence qui le relie (intelligence vient de inter-ligere = relier) à son environnement, c'est-à-dire au système auquel il appartient et avec lequel il co-évolue. Chez les humains aussi, il convient de reconnaître l'intérêt d'autres formes d'intelligences que celles fondées sur la seule raison : l'intelligence sensible, esthétique du monde doit de nouveau être prise en compte ainsi que tous les autres modes de pensée que nous avons pris l'habitude de qualifier à la suite de Lévi-Strauss de sauvages. De nombreuses cultures nous offrent des exemples d'un rapport au monde différent du nôtre. C'est ainsi que les Égyptiens révéraient Sia, et les Grecs admiraient Métis. Tous deux incarnent cette intelligence intuitive complémentaire du logos qui se fonde sur une connaissance et une expérience de multiples types d'informations intégrées et permet, par l'adaptation, une prise de décision immédiate et efficace. Cette « pensée-dormant-au-cœur-de-l'être » (Gaudel et Daumas, 1956, 87) implique ainsi d'autres relations à l'environnement.

Nous devons aussi prendre en compte la diversité des fins selon les êtres. Les êtres non-humains ont des finalités propres qui échappent à nos visées utilitaristes (Maris 2018, 207). Il est aujourd'hui démontré que chaque organisme vivant (en réalité, c'est le cas de tout système, même physique ou chimique) sélectionne et traite en fonction de ses propres fins des informations qui lui parviennent de son environnement. Les nombreux travaux des botanistes et forestiers ne cessent d'approfondir les connaissances de ces communications (Hallé, 2005 ; Wollenben, 2017). La somme de ces informations constitue la perception qu'il se constitue du monde et de lui-même. À chaque être appartient un monde différent.

La reconnaissance des altérités de perception-intelligence et de finalité s'ouvre à nous comme un élargissement du monde et de ses possibles.

Réconciliation

L'une des étapes possibles d'évolution des modes de relations entre soi et l'autre, entre l'humain et ce qui l'entoure passe par la notion de réconciliation, telle que développée par Fleury et Prévot-Julliard (2012). Si cette notion demeure largement anthropocentrée, elle permet de prendre en compte une dynamique relationnelle qui peut tendre vers une conception plus écosystémique. En s'appuyant sur les services écosystémiques définis par le MEA (Millenium Ecosystem Assessment) de 2005, la notion de réconciliation met au cœur de la réflexion les processus à l'œuvre et qui façonneront le monde de demain.

Pour autant, la notion de service, très utilitariste, serait plus intéressante si elle était complétée par sa réciproque : le soin, l'attention portée à ce qui nous rend service, ce que Baptiste Morizot appelle les égards (Morizot 2019, 279 sqq). Pour bien faire, ce même soin ou tout au moins cette même attention devrait être étendu à l'ensemble de l'être, ne serait-ce que parce que justement, nous n'en percevons pas l'utilité et que le sens nous en échappe. Selon Morizot, porter des égards aux êtres permettrait de surmonter le dualisme de la nature et de la culture, du sacré et du profane, de la protection et de l'exploitation, des moyens et des fins en faisant porter la focale non plus sur l'un ou l'autre des termes opposés, mais sur leur relation.

Penser-sentir dans, penser-sentir avec, penser-sentir comme

Une première étape pour ressentir le lien, consisterait à penser l'inclusion. Cependant, afin de permettre cette capacité de penser-sentir dans, encore faudrait-il s'y exercer dès le plus jeune âge. Or le système éducatif intègre par fragments l'apprentissage de logiques globales, chaînées, notamment au travers des sciences de la vie et de la terre qui enseignent dès le CP les notions de chaînes alimentaires ou boucles du vivant, mais où bien souvent l'humanité ne figure pas. La place de l'humain comme partie intégrante de la biosphère reste peu abordée. La construction mentale d'une appartenance et d'une communication avec des éléments non-humains demeure par conséquent difficile à mettre en œuvre. Le remplacement dans les directives onusiennes et leurs déclinaisons nationales d'une éducation relative à l'environnement, souvent pensée comme une éducation dans et par l'environnement, par une éducation au développement durable à la teinte nettement utilitariste ne va d'ailleurs pas dans ce sens (Sauvé 2007).

Or, si les programmes scolaires, tout comme les disciplines scientifiques, peut-être à cause de leur cloisonnement, peinent à se saisir véritablement de cette idée de penser-sentir dans, ces éléments existent pourtant depuis plusieurs décennies, avec des programmes supranationaux comme le programme Man and Biosphere (UNESCO, 1971), dont l'objectif est d'« améliorer les relations entre les gens et leur environnement au niveau mondial ». L'une des difficultés d'application de ce type de programme provient sans doute en partie au moins du niveau d'échelle, spatiale et temporelle auquel on se situe. Ce qui demeure loin dans l'espace et le temps reste difficile à concevoir, à appréhender. Dès lors, pour se penser dans l'environnement, la mobilisation d'éléments plus proches reste incontournable.

Les modes de relations entre soi et l'autre s'élaborent dans différents contextes, dans lesquels la temporalité incarne un paramètre essentiel. En effet, il est largement établi que chacun prend conscience des phénomènes qui l'entourent d'autant plus aisément qu'ils s'inscrivent dans une temporalité en phase avec son rythme de vie. Deux exemples peuvent être mobilisés pour éclairer la sensibilisation de l'humain à son environnement naturel et aux liens qu'il peut établir avec lui. Le premier s'inscrit dans le temps court d'une activité de loisir, quand le second nécessite un temps long, jusqu'à une génération humaine.

Le premier cadre d'interprétation est constitué par les activités physiques de nature ou pratiques récréatives, ludiques, de loisirs, regroupées chez les anglo-saxons sous l'appellation outdoor activities. Leur pratique permet de passer rapidement d'une conception encore classique de domination de la nature par l'homme à une horizontalité des relations, essentielle pour pouvoir penser-sentir avec et non plus penser sur. En effet, tout pratiquant d'activité physique de nature est rapidement amené à constater que l'introduction d'un rapport de force ne saurait lui être favorable. Que ce soit sur la neige, sur l'eau ou dans les airs, la maîtrise de la pratique physique choisie passe par une connaissance des éléments, une compréhension de leur fonctionnement et, plus que tout, une communication physique, proprioceptive, sensible qui vise à mettre le pratiquant en symbiose avec l'environnement dans lequel s'inscrit son activité. Toutes les pratiques physiques de nature incluent un lexique comprenant les notions d'incorporation, de sensations, d'être « en phase », d'harmonie, de fluidité. Au travers de ce lexique, se dévoile la notion de lien, qui permet de penser-sentir avec. De très nombreux travaux en STAPS évoquent ces liens (Bessy, 2008 ; Chanvallon et Héas, 2011 ; Callède et al., 2014 ; Mounet, 2007, Ponting et O'Brien, 2015…). De manière pragmatique, la construction de ces liens nourrit l'expérience de chaque pratiquant. Le débutant, axé sur l'acquisition d'une technique « hors-sol », lutte contre l'élément socle de sa pratique. Il ressent la force de cet élément contre lequel il se bat et qui le domine. Peu à peu, sa maîtrise technique lui permet d'ouvrir sa perception à son environnement de pratique, de le ressentir, de faire corps avec. Son degré de réception des informations évolue et une communication peut se mettre en place. Sa prise d'information permet l'ajustement des gestes, qui en retour donnent des informations supplémentaires. Si cette évolution des perceptions peut s'inscrire sur un temps long, la compréhension de l'inefficience, voire de la dangerosité d'une tentative de domination de l'humain sur le non-humain est quasi-immédiate.

Dans d'autres contextes, en revanche, cette compréhension peut prendre plus de temps, car la visibilité de ses conséquences relève de processus s'étalant sur plusieurs années, voire dizaines d'années. Ainsi en est-il de l'agriculture, dont la nuisance des intrants sur les sols se perçoit sur le temps long, tout comme le bénéfice d'une agriculture plus respectueuse de l'écosystème (Rabbhi, 1996).

L'étape ultime est de penser-sentir comme. Cette pratique est souvent mise en œuvre par les chasseurs, les pêcheurs, parfois même les jardiniers : il s'agit de comprendre et de s'approprier le mode d'être au monde de l'autre afin de communiquer, voire de communier avec lui. Cela peut pourtant s'avérer insuffisant. Aldo Leopold nous invitait à « penser comme une montagne » (Leopold 1944, 2019), c'est-à-dire à s'élever au-delà du point de vue du berger, du chasseur, du cerf ou du loup, pour adopter celui de leur milieu et de leur interdépendance secrète.

Penser comme le cerf, le loup ou la montagne suppose d'abord de leur prêter une pensée et d'essayer de s'y conformer. Cela relève de l'animisme tel que le décrit Descola (Descola 2005) et rompt avec nos habitudes dualistes. Néanmoins, il convient de ne verser ni dans l'anthropo- ni dans le bio-centrisme. Penser-sentir comme demeure de l'ordre de l'empathie et/ou de la représentation. Penser-sentir avec l'autre ne peut signifier penser-sentir contre soi, ni annihiler l'altérité (Maris, 2018). Penser-sentir comme ouvre la possibilité d'une mutuelle adaptation, d'une négociation ou d'une diplomatie (Morizot 2017, 25) :

« Voilà l'intensité du projet diplomatique envers les non-humains, et en particulier les vivants : ils se lèvent parmi nous comme des cohabitants négligés, et exigent qu'on traite avec eux, qu'on négocie, qu'on compose. Le diplomate est celui qui se présente aux non-humains qui se sont levés, et qui doit trouver pratiquement comment élaborer avec eux un monde commun meilleur. Avec ceux qui ont la singulière manie de se taire, de ne pas raisonner avec notre logos, de ne pas formuler avec notre parole, de ne pas passer de pactes et d'accords suivant nos modes de convention. »

Hic et nunc

Comme le font remarquer Haraway (2020) et Morizot (2015), ce n'est pas sur le mode abstrait de l'anthropocène que peut s'éprouver le lien avec l'altérité, mais dans l'épaisseur, le trouble du moment et du lieu. Le changement de paradigme se veut total : la science ne peut plus se contenter de rechercher la netteté de la distinction et de la séparation, ni se préoccuper de tenir un discours universellement vrai tenu pour objectif. Elle doit se frotter à l'épaisseur des lieux et à la fugacité des moments quitte à se transformer elle-même et à accepter sa contingence (Latour et Woolgar, 2006).

La part des SIC

Dans ce grand chamboulement paradigmatique qui fait que nous devons nous inclure dans notre objet d'étude et nous centrer non plus sur les essences, mais sur les liens, la communication environnementale ne peut plus se contenter d'étudier les discours sur le monde. Elle doit assumer le fait que, comme toute activité humaine, elle contribue à le modifier en permanence et d'une manière devenue aujourd'hui critique. Dans l'urgence du trouble, les sciences de l'information et de la communication doivent faire leur part [6]. Pour en revenir à notre projet initial, comment passer d'une étude de la communication sur la relation homme/environnement à l'étude de la communication entre humains et non humains et sur ses conséquences sur les relations interhumaines ?

Il est difficile à ce jour, en dehors de pratiques chamaniques dont se font écho les anthropologues, de penser les relations humains-non humains. Nous pouvons analyser la circulation des informations à l'intérieur des différents systèmes humains et non humains et entre eux, nous pouvons accumuler des données, mais il reste utopique, si l'on exclut les quelques cas d'empathie que peuvent éprouver entre eux les humains, les animaux domestiques, et quelques rares espèces d'oiseaux ou de reptiles, de parler de communication, c'est-à-dire de co-construction d'un sens.

Pourtant les nouvelles technologies, par l'accumulation de datas et leur traitement par l'intelligence artificielle, accroissent chaque jour notre connaissance et notre compréhension du monde. C'en est à un point tel que le communicologue se trouve aujourd'hui devant la nécessité de faire un choix entre deux anthropocènes : l'anthropocène cybernétique cher à Wiener (1950, 2014) dans laquelle, grâce à une gestion fine des informations, l'homme devient le pilote du vaisseau Terre [7] et peut, selon les rêves transhumanistes changer sa nature propre ; ou l'anthropocène humaniste, où l'homme s'étant rendu sensible au reste du non-humain est capable de créer des liens respectueux et durables intra- et extra-spécifiques. Nous faisons quant à nous le second choix.

Trois pistes pour repenser la communication environnementale à la lumière des liens humains/non-humains s'offrent déjà à nous.

Le choix de la pensée complexe

La prise en compte des systèmes sympoïétiques devrait orienter les SIC vers un modèle complexe de la communication dans lequel l'information n'est pas seulement échangée entre deux systèmes, mais co-construite et joue un rôle dans la modification mutuelle des systèmes ainsi que du méta-système dont et auquel ils participent. L'échange d'information ne contribue pas seulement à établir et à modifier la relation, il crée aussi une nouvelle réalité qui détermine les échanges à venir. Conformément aux présupposés de la sémiotique et du pragmatisme peirciens, le monde est foisonnant d'êtres et de faits qui nous demeurent inconnus et que nous ignorons tant qu'une situation pratique particulière ne les fait advenir comme perception nouvelle. Nous les transformons alors en informations et notre rapport au monde et à nous-mêmes s'en trouve changé. Les informations que nous tirons du monde qui nous entoure sous forme de données et de liens sont les produits d'une recherche orientée par une idéologie sous-jacente. Autrement dit, nous n'avons de connaissance du monde que celle que nous voulons en avoir, jusqu'au jour où un nouvel aspect de ce monde jaillit comme une perturbation du système que nous avons construit. Le système a ainsi nécessairement toujours un temps de retard sur le métasystème qu'il produit avec son environnement. D'autre part, seuls les liens établis créent une réalité, de même qu'une molécule n'existe que par ses liaisons atomiques.

L'approche systémique et relationnelle qui définit la pensée complexe induit deux conséquences directes, déjà connues, mais qui méritent d'être rappelées, concernant le chercheur et sa pratique :

  • Le chercheur est inclus dans les systèmes qu'il étudie, voire ces systèmes le constituent.
  • Il a une position et une fonction spécifique à l'intérieur de ces systèmes.

De là découlent les deux pistes suivantes.

Le choix d'une recherche située

Devant l'accélération technologique et l'urgence écologique, revendiquer une neutralité n'est plus possible, il y a nécessité d'affirmer des valeurs tout en gardant un positionnement différent du militantisme. D'ailleurs la science a-t-elle jamais été neutre ? Nous avons pris conscience du fait que la science moderne relevait d'une ontologie particulière et que sa revendication d'objectivité relevait en fait d'une idéologie séparatiste prônant l'exception humaine. Plus qu'une impossible objectivité, y compris dans les sciences dures, nous devrions rechercher le décentrement : sortir des valeurs « centrées » (bio-, anthropo-, techno-) pour aller vers des valeurs situées. Comme pour tout acte de communication, la situation d'une recherche scientifique implique quatre repères : moi, l'autre, ici, maintenant. C'est ainsi notamment que la théorie de l'acteur réseau conçoit la fabrication du fait scientifique (Akrich, Callon, Latour 2006).

En SIC, la communication engageante, dont le modèle est issu de théories psycho-sociales, est l'exemple type d'une communication qui agit justement dans ce cadre situé. Utilisée en communication environnementale, elle ne se contente pas d'analyser un discours ou des comportements, mais vise à opérer chez les individus des changements de comportement. Selon Françoise Bernard (Bernard, 2016), « La « communication engageante » propose une théorisation du sujet social en situation de communication. Le sujet est alors défini comme étant plutôt hétérodéterminé, habité par la présence réelle et imaginaire de l'autre, influencé par l'autre et les situations sociales qu'il vit, ce qui le conduit bien souvent à rationaliser ses actes (trouver de bonnes raisons pour agir comme il l'a fait). Le sujet social est ainsi défini en rupture avec certains présupposés dominants, souvent psychologisants : un humain introdéterminé, rationnel et guidé essentiellement par ses « idées » (vs ses actes) ». Il s'ensuit que « Dans ces travaux, la question de l'action, est couplée à celles de la signification et de la symbolisation. Le couple action-symbolisation mobilise notamment les catégories de l'altruisme (pour les générations à venir…), d'une conscience et d'une empathie élargies (les autres espèces vivantes et naturelles…). Il s'agirait en quelque sorte d'“attaquer la forteresse de l'égoïsme psychologique” (formulation empruntée aux travaux de Terestchenko, 2004 : 7) ». (F. Bernard, 2020)

Cet engagement fructueux des SIC dans l'épaisseur des situations ne repose pas seulement sur une démarche décentrée, mais également sur des valeurs d'ordre philosophique et éthique qui convainquent le chercheur de mettre son art au service d'une cause. La communication engageante, souvent utilisée pour faire adopter des comportements éco-citoyens, se révèle située et engagée. Nous pourrions retrouver ce même type de positionnement dans l'éducation relative à l'environnement, en particulier dans ses formes dites d'éducation « par et dans l'environnement », héritières de l'éducation nouvelle.

Le choix de l'engagement

Faire de la recherche située en SIC, c'est bien souvent s'engager dans de la recherche-action en favorisant les modèles praxéologiques et interactionnistes. Le chercheur n'est pas situé à l'extérieur du système qu'il étudie, mais en son sein. Il en est un des acteurs et son rôle est double. Il établit des procédures qui établissent la validité du savoir produit et assure une réflexivité par rapport aux conditions de cette production (Meyer 2006). Cette posture à la fois intérieure et distanciée permet une compréhension plus fine, source de liens et intègre de ce fait le chercheur comme partie prenante de la réalité étudiée. Mais contribuant aussi à faire advenir une nouvelle réalité, le chercheur doit non seulement parler sur elle, mais aussi pour elle.

C'est ainsi que les SIC doivent continuer à analyser les discours et la circulation des savoirs afin de saisir les logiques en cause dans les jeux d'acteurs, mais elles doivent aussi, selon nous, contribuer à créer de nouveaux modes de récits et à rendre efficace la parole des nouveaux diplomates : « Là où les modernes ne voient qu'indifférence ou nuisibilité, il s'agit de faire lever des alliances vitales. La diplomatie commence par faire saillir les intérêts enchevêtrés, y cherche ensuite les causes communes, pour les transmuter enfin en alliances vitales, et travaille au bien de la relation même entre une communauté humaine chaque fois locale et ses cohabitants vivants non humains » (Morizot 2016, 36). Morizot montre ainsi à propos des controverses autour de la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées comment une reconfiguration du rôle des actants dans le récit peut modifier le sens de ce dernier. Parler au nom de l'ours peut permettre de changer les rapports entre les hommes eux-mêmes (Morizot 2016, 37).

La diplomatie selon Morizot se présente comme une traduction de l'impératif de respect à l'égard du non-humain en termes politiques. Elle s'insère dans les controverses comme un outil éristique de négociation et d'adaptation qui non seulement bouleverse notre rapport aux non-humains, mais aussi les rapports des hommes entre eux. Elle se veut une parole efficace propre à faire advenir un nouveau mode de perception et de relation.

Conclusion

La communication environnementale, sous les formes par exemple de l'éducation relative à l'environnement, de la communication engageante ou de la communication praxéologique, est déjà engagée sur certaines des pistes que nous évoquons dans le présent article. Nous pensons néanmoins que ces voies doivent être approfondies et que d'autres, comme celles de la diplomatie trans spécifique esquissée par Morizot et qui visent un changement épistémique plus profond, doivent être explorées. Elles concernent notamment le passage d'un systémisme déjà présent vers une pensée du complexe et la révision désinhibée du statut d'un chercheur que l'on voudrait plus impliqué dans son objet, partie prenante de la nécessaire modification de notre rapport au monde. Ce monde serait à penser et à vivre comme un monde de relations, de liens, d'interactions seuls à même de permettre une projection vers un à venir.

Bibliographie

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[1] Lévi-Strauss C., Eribon D., De près et de loin, Odile Jacob, Paris, 2001, p. 193, cité par Morizot 2020, p. 35.

[2] Dans le sens donné par Denise Jodelet (1989/2003, 53) : « Forme de connaissance socialement élaborée et partagée, ayant une visée pratique et concourant à la construction d'une réalité commune à un ensemble social ».

[3] La récursion est le fondement de l'auto-production et de l'auto-organisation de soi.

[4] Au principe hologrammique devrait sans doute s'ajouter un principe scalaire permettant d'envisager l'emboitement des structures (de la micro- à l'astro- physique), des systèmes, des spatialités et des temporalités.

[5] Le computo est la base biologique du soi est la faculté de reconnaitre les substances nocives venues de l'extérieur afin de les éliminer.

[6] En référence à la légende amérindienne du colibri, souvent utilisée dans la communication environnementale.

[7] Nous ne pensons pas que l'homme puisse jamais piloter la Terre. Nous pensons en revanche qu'il peut croire fermement le faire.


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La crise du covid nous fait vivre la fragilité de notre monde.

Face aux crises à venir comment :

  • former à la compréhension des défis à venir ?
  • accompagner les jeunes dans leur implication pour résoudre ces défis ?
  • développer un pouvoir d'agir porteur de nouvelles réponses collectives ?
  • quelle place de la résilience dans l'éducation à l'école mais aussi dans l'éducation populaire et les mouvements de la transition ?

“Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous sentons qu'une civilisation a la même fragilité qu'une vie.” Paul Valery

citation reprise des voeux inspirants de François Taddei

éco systéme résilient, dessin par elicec@live.fr publié par Riposte creative territoriale
dessin éco systéme résilient

éco systéme résilient, dessin par elicec@live.fr publié par Riposte creative territoriale

Une idée, une proposition ne vient jamais seule, mais à un moment de nouveau possibles pour Résilience et éducation cette proposition de groupe FB est née au croisement

- de l'appel en communs "Résilience des territoires", initié à l'Ademe par Gabriel Plassat [1]

A l'image de la fabrique des mobilités, l'idée est d'identifier des défis à travailler ensemble pour contribuer à la résilience des territoires. C'est remplacer la compétition des appels à projets sélectifs et souvent fermés par une coopération ouverte où les productions sont des communs réutilisables

de la lecture des veux inspirants de François Taddei

2020 marquera une année de rupture. Il n'y aura pas de retour en arrière. Nous avons pris conscience que les solutions aux problèmes d'hier ne sont pas adaptées aux défis que nous devons et aurons à affronter. Nous devons inventer, collectivement, de nouvelles réponses.
Il est plus que jamais essentiel de former les jeunes générations à la résolution des défis de manière collective.

[2]

d'un échange avec Benjamin et Hélène de Faire Ecole Ensemble qu'est venue l'idée de proposer un groupe Résilience et éducation.

Faire École Ensemble est une association - collégiale et à durée de vie limitée - qui facilite le soutien citoyen de la communauté éducative durant l'épidémie de COVID-19. Ses actions s'organisent par programmes et se destinent à être supportés par des coalitions d'organisations pérennes.

avec un appel relayé par Lorenzo Favia, acteur et connecteur de réseaux et projets coopératifs en communs comme Transiscope, le groupe facilitateurs et facilitatrices

et de la démarche des "Riposte Creative" initiée par Riposte creative territoriale (avec la direction Innovation du CNFPT) [3] puis par Riposte Creative Bretagne et en décembre par les Riposte Alimentaire pour une résilience alimentaire.



la carte d'initiatives en riposte au premier confinement en Bretagne

Un groupe pourquoi faire ?

C'est tout d'abord une envie de relier Education et résilience, dans la suite de mon implication dans le magazine Innovation pédagogique où nous avons initié il y a un an une rubrique enseigner la transition

C'est aussi une envie d'une prise en compte globale des questions éducatives à la manière de Bretagne Educative qui essaie de relier école éducation populaire, formation tout au long de la vie, éducation à l'environnement.

Voici les questions posées dans l'à propos du groupe,

Comment :

  • former à la compréhension des défis à venir ?
  • accompagner les jeunes dans leur implication pour résoudre ces défis ?
  • développer un pouvoir d'agir porteur de nouvelles réponses collectives ?
  • quelle place de la résilience dans l'éducation à l'école mais aussi dans l'éducation populaire et les mouvements de la transition ?

et proposées à la discussion.

Une démarche qui fait le choix des communs

Comme indiqué dans les croisements, la coopération ouverte et les communs sont au coeur de la démarche. Avec d'autres nous avions écrit une petite contribution aux rencontres Co-construire de Tourna (août 2019) i ;
une coopération ouverte pour un monde vivable et désirable

L'urgence ne nous permet plus d'attendre, il n'est pas possible de réinventer chacun dans son coin. Le partage sincère c'est permettre aux autres de réutiliser ses contenus de formation, ses techniques d'animation, ses retours d'expérience et ne pas les garder pour soi ou son groupe.
Agir ensemble demande une confiance, une ouverture à l'autre qui reconnaît, en humilité les compétences, les savoir faire de chacun.e.
Le vivre ensemble des futurs désirables demande un changement de posture où nous enrichissons de la diversité de nos pratiques de nos histoires, nous démultiplions nos forces en transition.

Cette attention aux autre, bienveillance avec un souci de réutilisation (compostabilité) des productions guide aussi le fonctionnement proposé pour le groupe :

Et quelques règles, postures favoriser une convivialité et la coopération

  • des échanges en bienveillance
  • une attention aux initiatives de celles et ceux qui font
  • un donner à voir (retour d'expérience, récits ;)
  • un souci de documentation
  • une coopération ouverte qui croise les réseaux
  • un partage sincère (contenus réutilisables)
  • une écriture sans "crier" ou vouloir parler plus fort (texte grossi, écriture en majuscule...)
  • sans publicité commerciale
donner un sens à la riposte
un dessin par elicec@live.fr issu des rencontres Riposte Creative avec les cousinades de Gironde

un dessin par elicec@live.fr issu des rencontres Riposte Creative avec les cousinades de Gironde

Quelles étapes envisagées

Avec 200 inscrit.e.s en 2 jours, le sujet rencontre un intérêt,
voici quelques idées pour démarrer :
- une discussion sur les questions qui se posent ?
- une présentation des participant.e.s
- les réseaux proches d e Résilience et éducation
- les PPPP prochains petits pas possibles
- vers un espace collaboratif à la mode des "Riposte" ,
.... en attendant d'autres à recevoir en intelligence collective.

Un groupe FB pour commencer

La proposition initiale est celle d'un groupe FB , tout simplement pour assoicier rapidement quelques centaines de personnes.

Si le sujet motive des personnes nous pourrons ouvrir un espace collaboratif ouvert à la mode des Riposte Creative initiés durant le premier confinement, ou depuis décembre des Riposte alimentaire ;


[1] "Organiser la résilience des territoires ; Ces besoins qui appellent à produire ensemble des Communs
Connaissances, Données, Logiciels, Matériels, Alimentation, Transport, Énergie, Bâtiment, Aménagement urbain et territorial, Communication, Sécurité ..", Fév 2021 - 10 mois - 10 défis - 300 personnes - 30 communs, Initié par l'ADEME avec la participation de l'AFD et l'ANCT

[2] et qui qui nous donne rendez-vous les 24 et 25 janvier prochain autour du Festival de l'Apprendre

[3] d'où sont repris les deux illustrations par elicec@live.fr


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[Carte blanche] Dans un esprit d'ouverture, Profs en transition laisse la parole à ces acteurs de l'éducation qui par leurs initiatives apportent un éclairage nouveau, ouvert sur la pluralité et la complémentarité des pédagogies.

Temps de lecture : 3 minutes

Chers collègues enseignants.
Je m'appelle Frédéric Plénard. Je suis professeur de SVT et réalisateur de films documentaires.
J'aimerai vous partager une belle histoire vraie : L'histoire du Grand Secret du Lien !!
50 enfants et jeunes adultes âgés entre 9 et 22 ans, venant de cinq régions de France, ont vécu une belle aventure avec la nature. Accompagnés d'adultes éducateurs et suivi par une équipe de chercheurs, ces 50 aventuriers devaient accomplir la mission que leur avait donné six « grands sages » (Emmanuelle Grundman, Françoise Serre Collet, Pierre Rabhi, Philippe Meirieu, Vincent Munier et Danis Bois) :

Retrouver le Grand Secret du Lien, un Grand Secret perdu depuis que l'être humain s'est progressivement séparé des espaces naturels.

Pour le retrouver, ils allaient devoir vivre, pendant 25 jours hors temps scolaire, par période de 2 à 5 jours, un Grand Voyage avec la nature. Mais le Grand Secret du Lien ne se donne pas facilement. Pour le retrouver, il leur a fallu avant tout, réapprendre à écouter le langage des feuilles des arbres, à discerner les teintes des ciels nuageux, à ralentir. Ils ont aussi dû modifier leur relation aux milieux naturels. Au lieu de les utiliser et les consommer, ils ont dû les rencontrer avec tous les sens, intéroceptifs, proprioceptifs et intéroceptifs.

Après avoir vécu 25 jours à courir dans la campagne, grimper dans les arbres, construire des cabanes, réaliser des œuvres d'art avec des plantes et des cailloux, après avoir passé des heures à ne rien faire ou simplement à regarder les vaches, les insectes, s'émerveiller devant un coucher de soleil ou un paysage, goûter de nombreuses plantes sauvages comestibles, ils ont trouvé le Grand Secret du Lien.

Le secret le voici : celui qui retrouve la conscience du lien qui l'unit à la nature en devient solidaire !

Tous les témoignages recueillis par les chercheurs tendent à montrer que la révélation de ce Grand Secret permet à celui qui l'a trouvé de ne plus regarder le bonheur de la même façon. Il ne le voit plus dans l'argent ou le pouvoir d'achat, mais dans la qualité de la relation qu'il construit avec le monde.

Le Grand Secret du Lien ne se révèle pas à celui qui le connaît, mais à celui qui le cherche, et cela dans la rencontre sensible avec la nature, c'est à dire la rencontre avec soi, l'autre, le monde vivant et minéral.

A l'issue de ce Grand Voyage avec les 50 jeunes et d'une recherche en science de l'éducation, nous avons mis au point une proposition éducative qui permet à tous et partout, de vivre cette rencontre avec la nature : « l'Éveil au Lien ». Elle s'appelle « L'Éveil au Lien » . Elle est présentée par un film et un livre.

Si je vous raconte cette expérience, c'est parce que je partage avec vous tous, acteurs et participants de ce beau mouvement « Prof en transition », la volonté de faire évoluer l'éducation vers plus de nature car je suis convaincu que les espaces naturels sont notre meilleur allié pour l'éveil de l'enfant vers l'écologie.

L'association Le Grand Secret du Lien, va mettre au cours du premier trimestre 2021, à la disposition de tous les enseignants, et adultes éducateurs, une plateforme numérique : « actionnature.org ». Cet outil a pour vocation de mettre en lien, à l'échelle d'un territoire, toutes les personnes qui pourront être ressources avec tous ceux qui auront besoin d'être aidé pour lever tous les freins qui aujourd'hui limitent l'accès aux espaces naturels (peurs et fausses idées sur la nature, manque de temps, de connaissances, méconnaissance des lieux, questions relatives à la loi, manque de savoirs faire dans la nature, etc.). Et pour ceux qui voudront faire l'expérience de l'Éveil au Lien avec leurs publics, il y a le livre et le film.

Pour plus d'informations venez partager avec nous le projet sur notre site.

L'aventure du Grand Secret du Lien continue avec notamment la mise en place d'une grande action exemplaire en associations avec des élus de France pour laquelle vous pourrez être partenaires. Nous vous tiendrons au courant très vite.

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Le 10 Septembre dernier, l'équipe du Shift était invitée au Ground Control pour parler du chemin restant à parcourir pour décarboner notre société et la rendre plus résiliente.

Après un mot d'introduction de Jean-Marc Jancovici, président du Shift, l'équipe a eu l'occasion de présenter le PTEF, son Plan de transformation de l'économie française mis en chantier après la crise sanitaire et qui rassemble des mesures concrètes « permettant de réduire nos émissions de gaz à effet de serre mais aussi de faire face aux chocs à venir dans une vingtaine de secteurs. »

Au cours de cet événement, un focus a été réalisé sur trois secteurs spécifiques du PTEF :

Retrouvez toutes les interventions en replay

Partie 1/5 : Intervention de Jean-Marc Jancovici, autour de « La double contrainte carbone : comprendre la problématique climat-énergie »

Partie 2/5 : Le numérique dans la transformation – Maxime Efoui-Hess

Partie 3/5 : La culture dans la transformation – Samuel Valensi

Partie 4/5 : L'enseignement supérieur et la recherche dans la transformation – Clémence Vorreux

Partie 5/5 : Échange entre le public et l'équipe du Shift Project

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