Suite des articles en Riposte pédagogique à la crise du Covid



en Riposte pédagogique à la crise du Covid

Le groupe "Hybridation en coopération ouverte" créé à la sortie du premier confinement sur Riposte Créative Pédagogique montre l'intérêt d'un partage d'expériences, de ressources face à une crise qui bouleverse les conditions de formation. La vingtaine de webinaires réalisés ou en cours en sont un reflet vivant.

Face à une crise écologique qui touche à l'existence même de la société humaine sur terre, voici maintenant la création du groupe "Transition en coopération ouverte" justifiée par l'urgence de la crise. Ce nouveau groupe en coopération ouverte (pour un monde vivable et désirable) [1] privilégie les productions et contenus réutilisables .

Avec un second webinaire le 30 juin à 16h

L'agenda du groupe

Un second webinaire le 30 juin à 17h
Une rencontre pour échanger sur les coopérations possibles, les ressources à mutualiser et un programme à co-construire.

Proposition pour la rencontre

  • Présentation de la dynamique
  • Petit exercice collaboratif : souvenirs du futur
  • Nos premier plus petit pas possibles

- pour participer au webinaire bientôt le lien pour s'inscrire
- pour s'abonner à la liste d'échanges

Et déjà une collecte sur le pad pour

  • noter un liens sur la transition écologique dans l'enseignement supérieur
  • indiquer une envie de faire

Et enrichir les bases de données ressources et initiatives

Avec les formulairer
-saisir une ressource,
-saisir une initiative
il est facile de signaler une ressource ou une initiative
autour de la transition écologique dans l'enseignement supérieur francophone qui complète la centaine de ressources déjà partagées.


De la mutualisation à la coopération ouverte

Depuis 6 ans, Le magazine Innovation pédagogique met en réseau les publications d'une trentaine de sites qui acceptent de partager leur contenu. Au fil des années, la production éditoriale et la notoriété du site se sont accrues comme en rend compte ce graphe des visiteurs mensuels :

Avec la crise du Covid, les échanges d'expériences, réflexions, se sont multipliés avec plus de 200 articles publiés autour de l'hybridation et de la "Riposte Pédagogique". Dans un temps de crise où le monde ne peut plus fonctionner comme avant, l'urgence pousse de nombreuses personnes à coopérer au delà de leur seul établissement.

Pour favoriser cette coopération ouverte, un espace collaboratif "Riposte Créative Pédagogique, a été créé à l'image de Riposte Créative Territoriale [2] initié avec la direction Innovation du CNFPT et d'une dizaine d'autres espaces s'appuyant sur le même outil et la même démarche d'écriture ouverte et de partage des contenus.

Nous y apprenons un partage de ressources, de retours d'expériences au delà de nos établissements [3] avec par exemple le groupe "Hybridation en coopération ouverte" et la vingtaine de webinaires réalisés.

Alors que les publications sur Innovation pédagogique sont proposées à la publication par leur auteur ou via un flux RSS, dans les "Riposte", l'écriture est directe, modifiable et révisable (on peut facilement revenir en arrière) ; c'est un wiki. Et comme à l'école nous n'avons pas écrit à écrire publiquement pour être lu, dans les Riposte nous proposons un petit pas, le plus simple possible, pour écrire, avec l'usage de formulaires, tel celui des fiches ressources.

Les deux espaces sont reliés : les articles d'Innovation Pédagogique sur l'hybridation et en riposte pédagogique à la crise du Covid sont proposés sur Riposte pédagogique. Et les webinaires sont relayés sur Innovation Pédagogique.

Sous le "capot" des Riposte se trouve le logiciel libre yeswiki [1], particulièrement facile à utiliser dans l'esprit d'outil convivial [4] développé par Ivan iIllitch, un outil qui

- augmente l'efficience sans dégrader l'autonomie personnelle ;
- ne suscite ni esclave, ni maître ;
- renforce le pouvoir d'agir

Les bases de données facilement modifiables, fournissent aussi une cartographie lorsque l'adresse d'une initiative est renseignée comme dans Riposte Créative Bretagne.

C'est cette démarche en coopération ouverte [5] que nous proposons pour la création de ce groupe autour de la transition écologique dans l'enseignement supérieur francophone et en formation d'adultes.

Pourquoi un groupe en coopération ouverte autour de la Transition écologique ?

Je reprends ici la page de présentation du groupe dans Riposte Pédagogique.

Ce groupe travaille sur la prise en compte de la transition écologique (climat, biodiversité, raréfaction des ressources, numérique responsable, résilience .. ) dans l'enseignement supérieur francophone et la formation des adultes. Face à une crise qui touche à l'existence même de la société humaine sur terre, nous faisons ici le choix d'une démarche en coopération ouverte à toutes et tous. L'urgence de la crise justifie à nos yeux une coopération ouverte (pour un monde vivable et désirable) qui privilégie les productions et contenus réutilisables (telles celles sous licences Creative Commons ; pour répondre aux nombreuses questions qui se posent

  • Quelles transformations des contenus enseignés ?
  • Quelles formes pédagogiques qui impliquent les étudiants et relient au territoire ?
  • Quels enseignements spécifiques ?
  • Quelles ressources éducatives libres ?
  • Quels retours d'expériences, bilans, analyses ?

Cette initiative est complémentaire des démarches internes d'établissements ou de consortium qui ont mis ces questions à leur agenda. L'espace gare d'aiguillage est là pour faire le lien vers les autres initiatives rendues publiques (et ne pas refaire ce qui a déjà été fait, en précisant les conditions de leur réutilisabilité ou non).

La particularité de ce groupe en Riposte Pédagogique est son caractère ouvert avec une volonté de partage des ressources et de favoriser la réutilisabilité de ce ce qui existe déjà.

Comme nous le disions dans le préambule, l'urgence de la crise plaide pour un partage où chacun ne refasse pas dans son coin où nous enrichissons des apports des autres et inventons une intelligence collective autour de communs en actes !

Pour quoi faire ?

Espace collaboratif ouvert chacun.e peut y participer selon son envie, et même avec un petit temps disponible (il suffit de quelques minutes pour ajouter une ressource à la base de données par exemple, signaler une ressource à un collègue concerné, ajouter un lien à la gare d'aiguillage).

Que peut-on déjà faire ?

- Rejoindre le groupe transition en coopération ouverte

Pour rejoindre le groupe, il suffit de vous inscrire sur la liste sympa en cliquant ici [2]

-Participer au premier webinaire le 25 mai en s'inscrivant via le petit formulaire

-Consulter les articles issus d'Innovation Pédagogique

Une soixantaine d'articles sont proposés autour

Ces pages sont alimentées par les flux RSS associés à des mots clés mis sur les articles d'Innovation pédagogique et la page d'accueil qui présente les 5 derniers articles associés évolue au fil des publications, (d'autres sources pourront être ajoutées).

-Référencer une ressource

La base de données ressources permet de référencer ce que vous pensez être une ressource (retour d'expérience, programme, descriptif d'Unité d'Enseignement etc ..). Dés qu'un certain nombre de ressources seront disponibles elles seront proposées directement dans cet espace (via un filtre sur le mot clé transition).

-Documenter la gare d'aiguillage

Les Ripostes Créative fonctionnent dans un logique d'archipel [6, 7] et n'ont pas vocation à regroupe mais à relier. C'est l'idée de gare d'aiguillage [8] qui renvoie vers les ressources dejà existantes.

La gare d'aiguillage aussi appelée "gare centrale" dans les formations à l'animation de projets coopératifs Animacoop [9] est un espace de partage d'information qui rend visible tous les éléments utiles aux membres d'un collectif pour y agir en collaboration.

Pour la transition écologique dans l'enseignement supérieur une pagea été créée qu'il reste à documenter !

- Expérimenter un cercle d'apprentissage

L'archipel des Riposte Créative est aussi l'occasion d'un croisement des initiatives et nous pourrons nous inspirer des 10 cercles d'apprentissages mis en place par le CNFPT dans Riposte Créative Territoriale pour apprendre ensemble. Voir aussi le cercle apprenant sur la coopération entre ingénieurs, conseillers pédagogiques mis en place par le groupe hybridation en coopération ouverte (première réunion le 3 mai).

-Proposer un webinaire

Avec de 30 à 100 participants, la quinzaine de webinaires de Riposte Pédagogique ont été à la fois de riches temps de rencontres mais constituent aussi via les enregistrements et les ressources associées une base de contenus utiles sur différentes facettes de la pédagogie dans ce temps de crise.
là aussi une organisation collaborative où chacun.e peut proposer et organiser démultiplie le champs des possibles dans une organisation agile et frugale.

Voilà pour quelques propositions que nous avons déjà pratiquées [10] ; mais un groupe coopératif [9] ne manquera d'en faire émerger de nouvelles idées !

Toutes les coopérations avec des réseaux existants est bienvenue, ce groupe n'a aucune autre ambition que de faciliter la transition écologique dans un fonctionnement par consentement où celui qui a envie de faire fat dans la mesure où il n'y a pas d'objection sur le fond du projet !

Alors à bientôt pour croiser nos envies d'une transition écologique en actes dans l'enseignement supérieur francophone et ne formation des adultes.

Les publications citées

[1] Coopération ouverte pour un monde vivable et désirable, texte élaboré lors desrencontres Co-construire à Tournai, août 2019.

[2] La démarche Riposte Créative Territoriale, est présentée dans le film "Silence de l'innovation" réalisé par Thomas Troadec (54 mn), mars 2021.

[3] Ce que nous apprenons des Riposte Créative, une démarche d'écriture collaborative réutilisable, par Michel Briand et Laurent Marseault, 21 juin 2020.

[4] Le rôle du techno-pédagogue dans un « Riposte créative » espace en coopération ouverte, entretien avec Laurent Marseault et Florent Merlet, 15 avril 2021.

[5] La coopération, un changement de posture : vers une société de la coopération ouverte, diapos commentées et audio de la conférence de Michel Briand au colloque QPES 2019, dans Innovation Pédagogique, juin 2019.

[6] Partage sincère, "tragédie du LSD", fonctionnement en archipel : dialogue autour de la coopération ouverte avec Laurent Marseault, 12 mars 2021.

[7] - Agora des archipels, un espace de rencontres et de partage entre acteurs de la transition qui se retrouvent dans un fonctionnement u, qu'ils soient des individus, des collectifs en archipel.

[8] - La gare d'aiguillage aussi appelée "gare centrale" dans les formations Animacoop espace de partage d'information qui rend visible tous les éléments utiles aux membres d'un collectif pour y agir en collaboration, un exemple de circulation ds flux sur Riposte Creative Bretagne.

[9] Animacoop formation à l'animation de projets coopératifs ]] et aussi Interpole, l'espace ressource de la CIA (Collectif Inter Animacoop).

[10] Créer et animer une "Riposte Creative, formation action autour de la coopération ouverte proposée au CNFPT par Michel Briand et Laurent Marseault et mise en oeuvre pour le département de la Gironde avec Julie Chabaud (février, mars 2021).

Quelques liens autour de la coopération ouverte

-Autour des compétences qui favorisent la coopération : L'état d'esprit collaboratif, « faire avec » et « avoir le souci des communs » : trois pivots pour coopérer par Elzbieta Sanojca dans Innovation Pédagogique, 11 mars 2018.

-La compostabilité : pour un écosystème de projets vivaces par Romain Lalande et Laurent Marseault sur Vecam, 4 mars 2018.

-La coopération ouverte, un concept en émergence, par Elzbieta Sanojca, Michel Briand, dans Innovation Pédagogique, 15 mai 2018.

-E-book Cooptic un manuel à l'usage des animateurs de réseau et les contenus bonifiés par Gatien Bataille dans sa formation cooptic

-Histoires de coopération, une trentaine d'interview d'acteurs de la coopération ouverte sur le blog Coopérations, mars 2019.


Quelques projets en coopération ouverte

-Bretagne Créative
"L'innovation sociale ouverte, c'est donc donner à voir son projet/son idée, échanger avec les autres pour croiser et enrichir les savoirs-faire et compétences. Sources d'efficience et créatrices de lien social sur les territoires, les démarches collaboratives sont une manière de pérenniser et de multiplier ces initiatives tout en favorisant le bien commun."

-Riposte Créative Territoriale
L'objectif ? Co-construire, avec les collectivités territoriales, les réponses formatives innovantes pour faire face à ces défis complètement inédits, en mobilisant l'intelligence collective. Comment développer des modes d'apprentissage dans l'urgence, pour des solutions créatrices de valeur sociale pour le service public territorial et la démocratie locale ?
Notre intention fait écho à l'alerte de Bruno Latour : « Si on ne profite pas de cette situation incroyable pour changer, ce serait gâcher une crise. »

-Riposte Créative Bretagne

« Une marmite ne commence pas à bouillir par le couvercle, mais toujours par le fond ! » Proverbe de Haute-Bretagne un espace collaboratif ouvert pour

  • donner à voir et mutualiser les initiatives en complémentarité des services et groupes mis en place
    -* exprimer des besoins prenant en compte les personnes en précarité, en situation de fragilité et éloignées des services proposés
  • favoriser l'attention, le soin, et une convivialité, et ainsi contribuer au bien vivre ensemble
  • favoriser des transformations créatives solidaires et en transition pour l'après

-Faire ecole ensemble
association - collégiale et à durée de vie limitée - qui facilite le soutien citoyen de la communauté éducative durant l'épidémie de COVID-19. Ses actions s'organisent par programmes et se destinent à être supportés par des coalitions d'organisations pérennes.

-Outils libres
Internet avait été conçu comme un réseau décentralisé, qui donne du pouvoir et de la liberté aux citoyens. Sortir nos informations des gros silos de données pour revenir à des petites structures ouvertes et inter-connectées, c'est possible avec un peu de savoir faire technique et de la bonne volonté. Dans le cadre du mouvement plus global des logiciels libres, et par sa rencontre et collaboration avec l'association Framasoft, Colibris a rejoint le Collectif d'Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS) et met à disposition gratuitement des solutions libres et respectueuses de la vie privée.

-Transiscope
Aujourd'hui, de nombreux d'acteurs de la transition et des alternatives ont entamé un travail de recensement et de cartographie de leurs organisations, actions et écosystèmes.

Dans la majorité des cas, néanmoins, ces informations sont éparpillées sur les sites de chacune de ces organisations et les données ne peuvent pas communiquer entre elles en raison de choix techniques différents : aucune visualisation agrégée n'était jusqu'à présent possible.

Pour permettre de relier ces alternatives, une dizaine de collectifs travaillent depuis deux ans pour développer des outils libres permettant de connecter les différentes bases de données existantes et de les visualiser au même endroit : TRANSISCOPE

-Collectif Yeswiki
L'outil libre facilitant la coopération ouverte.
YesWiki est un logiciel libre né du croisement des discussions et savoir-faire de développeurs et animateurs de projets coopératifs.

A l'image d'une page blanche, ses usages sont quasiment illimités : ils dépendront de votre créativité !

YesWiki est aujourd'hui maintenu et amélioré par une communauté de professionnels issus d'horizons différents qui prend du plaisir à partager ses rêves, ses créations et ses développements.


[1] YesWiki est un logiciel libre né du croisement des discussions et savoir-faire de développeurs et animateurs de projets coopératifs. A l'image d'une page blanche, ses usages sont quasiment illimités : ils dépendront de votre créativité. YesWiki est aujourd'hui maintenu et amélioré par une communauté de professionnels issus d'horizons différents qui prend du plaisir à partager ses rêves, ses créations et ses développements. texte repris de la page d'accueil de YesWiki

[2] Cette liste est hébergée par Infinihébergeur associatif brestois et membre du collectif Chatons (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires)


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Tout en permettant un lien social, les réseaux numériques offrent l'opportunité d'avoir un certain contrôle sur la façon de se présenter, de répondre et d'être en relation. Shutterstock

Comme de nombreux pays du monde, la France vit, depuis maintenant une année, une situation inédite : la pandémie de Covid-19. Source d'isolement social et de perte de contrôle sur son quotidien, la pandémie et les confinements qu'elle impose peuvent également amener des difficultés psychiques.

Dans une large enquête nationale en Chine, des chercheurs ont ainsi mis en évidence un certain nombre de troubles psychiques, notamment des troubles paniques mais aussi des syndromes d'anxiété et de dépression consécutifs aux mesures de confinement destinées à lutter contre la Covid-19.




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Parmi les mesures sanitaires mises en place pour freiner la propagation du virus, la distanciation physique impose de réduire au maximum les contacts avec autrui et peut amener, par conséquent, à une distanciation sociale réduisant les interactions que nous avons avec autrui.

Or, de nombreuses recherches attestent de l'importance des relations aux autres sur le bien-être et la qualité de vie, aux différents âges de la vie.

Lien social et santé mentale

Chez les enfants, les relations familiales, les relations entre pairs, les loisirs et l'environnement scolaire sont perçus comme essentielles au bien-être et à une bonne qualité de vie. Dans le contexte d'une pandémie précédente, Stevenson et ses collègues avaient d'ailleurs évoqué que « la fermeture des écoles et autres stratégies de distanciation sociale [perturbent] les routines des enfants ».

De façon similaire, un sentiment de solitude, de moindres contacts avec les amis et un niveau bas de loisirs sont associés à une plus faible satisfaction de vie chez les adolescents. A cette période, le groupe est au centre de la vie quotidienne et les pairs apportent un soutien émotionnel. En grandissant, la transition vers l'âge adulte passe aussi par de nouvelles rencontres et de nouveaux modes d'interactions qui soutiennent les adultes émergents pour faire face aux challenges liés à l'autonomisation.




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Pour les adultes, les liens sociaux (familiaux, amicaux, professionnels) jouent également un rôle dans la gestion du stress, le bien-être et la santé mentale. Les relations sociales et le sentiment de ne pas être seul sont également un facteur de protection contre les troubles de l'humeur chez les personnes âgées.

Cela nous amène donc à réfléchir aux impacts des mesures sanitaires sur le quotidien des personnes, et surtout à la façon dont nous pouvons pallier cette réduction voire cette absence des interactions sociales.

Nouvelles interactions numériques

Les outils numériques permettent d'entrer en relation avec autrui sur un mode différent des relations en face à face. D'ailleurs, hors période de pandémie, les relations interpersonnelles sont une des principales motivations à utiliser les outils numériques (que ce soit par les réseaux sociaux, les appels vidéo, les messageries, les jeux en réseau…)

Les spécificités de ces outils – absence de contact direct ou de contrainte géographique – entraînent un autre rapport à autrui : tout en permettant un lien social, ils offrent l'opportunité d'avoir un certain contrôle sur la façon de se présenter, de répondre et d'être en relation. Les personnes pour qui être face à l'autre peut être source d'anxiété peuvent ainsi interagir dans un environnement où elles sont plus à l'aise.

Les relations numériques peuvent être de qualité et permettre intimité, authenticité, dévoilement de soi et réduire le sentiment de solitude. Par conséquent, les outils numériques peuvent répondre aux problématiques suscitées par la distanciation physique et sociale imposée par la pandémie de la Covid-19.

Les échanges numériques peuvent aussi être authentiques. Shutterstock

Le rapport de We Are Social sur le numérique dans le monde a montré que les usages numériques ont connu une forte hausse dès le début de la pandémie, au début de l'année 2020, et plus particulièrement dans les pays où les mesures de confinement et de distanciation physique étaient les plus strictes.

Cette augmentation du temps d'écran touche en particulier le smartphone (76 % déclarent une augmentation dans l'utilisation de son smartphone par rapport à leur usage avant la pandémie) et l'ordinateur portable. Elle concerne en particulier les usages sociaux qui ont connu une augmentation significative, avec un recours accru aux réseaux sociaux, messageries, appels vidéo.

Les grands-parents, souvent personnes à risque de complications en cas de contamination par la Covid, ont ainsi pu garder le contact avec leurs petits-enfants et parfois même s'en occuper pour les devoirs pendant que les parents étaient en télétravail. Les « apéros Zoom » se sont également multipliés de façon à conserver des moments de convivialité, de même que les visioconférences pour les réunions de travail.

Les réseaux sociaux (comme TikTok, Snapchat, HouseParty, ClubHouse) et les applications d'appel ou de visioconférence (ex : Zoom, GoogleMeet, WhatsApp) ont ainsi vu leur nombre d'utilisateurs fortement augmenter depuis le début de la pandémie.




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Cette augmentation de la socialisation numérique a touché toutes les classes d'âge mais reste plus importante pour les 16-34 ans, âge où le rapport à l'autre est essentiel, en particulier dans la construction de son identité. Par ailleurs, les jeunes de cet âge ont aussi rapporté un fort sentiment de solitude, ce qui pourrait expliquer le recours aux outils numériques.

Qualité de connexion

L'augmentation du sentiment de solitude a plus particulièrement touché les personnes vivant seules (avec ou sans enfant) ainsi que les jeunes (16-25 ans) et les personnes plus âgées (>70 ans). Les adolescents ont ainsi beaucoup fréquenté les réseaux sociaux pour maintenir un lien avec leur groupe d'amis et échanger par texte avec leurs amis proches.




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Les contacts virtuels étaient associés à une moindre solitude (Ellis et coll., 2020). Néanmoins, le recours aux réseaux sociaux était aussi associé à des niveaux de dépression plus élevés. Cela suggère le besoin de maintenir des liens privilégiés et pas uniquement être connectés de façon plus ou moins artificielle à d'autres personnes. Et cela peut s'expliquer aussi par le fait que, pendant cette période de pandémie, les adolescents ayant de plus hauts niveaux de dépression recherchent, à travers les relations en ligne, un soutien émotionnel.

Les contacts numériques les plus bénéfiques ne seraient pas ceux qui passent par les réseaux sociaux. Shutterstock

Le groupe de pairs peut aussi être un lieu de co-rumination et de focalisation sur les émotions négatives, ce que la pandémie a pu amplifier dans la mesure où chacun doit faire face à un nouveau mode d'être à l'autre et au stress suscité par cette période.

Les connexions virtuelles ont eu un rôle de soutien social et semblent avoir permis de réduire l'impact de l'anxiété liée à la santé, surtout chez les personnes les plus isolées. Le sentiment de soutien social n'est d'ailleurs pas uniquement l'apanage des échanges vidéo ou téléphonique, la communication par texte semblant également être un bon moyen de se sentir soutenu lorsque les interactions physiques ne sont pas possibles.

En plus des modes d'interactions classiques via les outils numériques (chat, vidéo…), les enfants ont aussi utilisé la fonction vidéo pour être en présence de leurs amis, sans nécessairement échanger avec eux. En permettant aux enfants de maintenir les liens avec l'école, leurs amis et leur famille (grands-parents notamment), les outils numériques ont joué un rôle majeur dans la vie des enfants pendant cette période de pandémie.

Cycle 2 – #6 – Les usages numériques dans la préservation des liens sociaux (Task Force Covid-19 Lille).

Sans pouvoir se substituer aux interactions physiques, les interactions numériques semblent avoir permis de compenser, en partie, la réduction des interactions due à la distanciation physique imposée par la pandémie. Cette possibilité d'échanges numériques implique portant de posséder des outils numériques (smartphone, ordinateurs, tablettes), d'une connexion Internet correcte ainsi que de compétences numériques.

Cela pose la question des inégalités face aux usages numériques, en particulier sociales, quand on sait l'impact de l'isolement sur la santé mentale. L'illectronisme et le manque d'accès à Internet touchent particulièrement les personnes âgées ainsi que les personnes socialement défavorisées. Or, ce sont aussi ces personnes qui sont les plus à risque vis-à-vis des effets de la pandémie (contamination, perte d'emploi…) mais aussi vis-à-vis de l'isolement social.

The Conversation

Marie Danet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.


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Dans le fonctionnement d'un projet coopératif, les contraintes du travail à distance ont amplifié la place des technologies. Encore faut-il que ces technologies soient au service des humains et du projet. A la lumière de l'expérience des Ripostes Créative et de projets en coopération ouverte, voici dans un entretien avec Laurent Marseault et Florent Merlet une présentation du rôle du techno-pédagoque dans une techno-socio-structure pour l'appropriation d'outils conviviaux qui augmentent l'efficience sans réduire l'autonomie, ne génèrent ni maître ni esclaves, et renforcent le pouvoir d'agir avec la proposition d'un réseau d'entraide entre techno-pédagoques.

Le terme « Riposte créative » est utilisé en référence à notre expérience de Riposte Créative Territoriale initié avec le CNFPT et prolongée dans un archipel de Riposte ou d'espaces comme l'agora des archipels ou plus largement d'espaces en coopération ouvertes partageant des choix d'une écriture ouverte, de contenus réutilisables (par des licences CC by sa) et d'une porosité rendue possible par l'outil.

Pour une découverte de la démarche Riposte Créative territoriale, voir le film "Silence de l'innovation" réalisé par Thomas Troadec (54 mn).


avec Laurent Marseault

Peux tu présenter les 3 notions d'outil convivial , d'animateur et de techno pédagogue dans un espace collaboratif en coopération ouverte ?

Peut-être en préambule expliquer pourquoi on associe ces 3 notions dans un projet coopératif. Si on parle de la partie technique et de la partie animation, ces éléments reliés forment une techno-socio-structure qui va permettre au groupe de fonctionner, en présence, à distance, avec des outils adaptés, des techniques d'animation. Bien souvent, ce que l'on peut voir dans des groupes, c'est que les techno-socio-structures sont confisquées parce que l'on a déjà choisi telle technologie qui est pensée pour le groupe et non par le groupe. Ceci fait qu'au bout d'un moment les outils et les process associés deviennent des outils qui ne correspondent plus au niveau de maturité du groupe, des outils sur lesquels le groupe ne peut plus interagir. Cela peut-être tout à fait préjudiciable, comme on peut le rencontrer dans les outils mis en place par les directions informatiques de grosses institutions ou de collectivités. Une des grosses souffrances des salariés au travail, c'est de

Les coopérations ouvertes thème du 8éme Forum des usages coopératifs à Brest du 3 au 6 juillet 2018. plus avoir la main sur les outils qu'ils utilisent pour exercer l'art de leur métier.

La notion de techno-socio-structure :

Ce sont tous les éléments techniques, les éléments qui sont du registre des accords de groupe, de l'animation, tous les éléments informatiques, numériques et humains qui permettent à un groupe de bien fonctionner. Dans des groupes qui fonctionnaient uniquement en présence, on était dans la socio-structure, avec des rôles, un mode de gouvernance. Maintenant avec la crise du Covid, nous avons des groupes qui sont uniquement à distance, en plein dans l'usage des technologies avec parfois des groupes qui pensent qu'en ne mettant que du techno cela fonctionnera. Insister sur la techno-socio-structure permet de montrer les liens féconds qui apparaissent quand on relie ces notions.

La notion d'outil convivial

la notion d'outil convivial est une notion chapeau qui nous est proposée par Ivan Illitch, sociologue des années70 qui a écrit notamment « La convivialité » qui nous explique que l'on s'est trompé dans le cahier des charges des outils, avec des humains qui sont, dès lors, devenus esclaves des outils alors que les outils étaient censés faciliter le travail des humains et être émancipateurs ; il a travaillé sur un certain nombre de conditions pour que les outils soient conviviaux. Lorsqu'il parle d'outils dans les années 70, il ne s'agit pas d'outils au sens numériques mais d'outils au sens organisation du terme. On peut ainsi dire qu'un vélo est un outil ou qu'un système éducatif est un outil. Pour Ivan Illitch un outil convivial doit respecter 3 règles fondamentales :

- La première est que ces outils mis en place doivent augmenter l'efficience du groupe sans impacter l'autonomie individuelle. Si on met en place de l'organisation, des outils, des techniques d'animation, il faut que cela permette au groupe d'être plus efficient, c'est à dire arriver au résultat en consommant moins d'énergie, mais sans impacter l'autonomie individuelle, en permettant aux humains de garder une vision globale sur l'intégralité du système. On pourrait par exemple mettre des humains à faire du travail à la chaîne, on augmenterait l'efficience ; mais chaque maillon de la chaîne aurait perdu une maîtrise de l'entièreté du processus.

- La seconde règle, c'est que les outils ne doivent générer ni maître ni esclave. Lorsque l'on met en place des modes opératoires, des outils numériques, bien souvent on va se retrouver avec un webmaster (« maître du web ») qui va avoir de super pouvoirs, qui aura le droit de créer de nouvelles rubriques, uniquement lui aura le doit d'écrire, de valider un contenu. Fabriquer un système qui ne génère ni maître ni esclave, c'est travailler à la fois l'horizontalité et le fait que cette techno-socio-structure soit co-portée par l'intégralité des personnes et que quiconque puisse à n'importe quel moment interagir avec le système.

- La troisième règle est que ces outils proposés, avec le mot outil au sens le plus large du terme, doivent augmenter le pouvoir d'agir. Ce qui rejoint la notion d'encapacitation. Si une personne fait l'expérience d'un outil au sein d'un collectif, il faut que cela puisse lui donner des idées, lui donner de nouveaux pouvoirs. Que l'expérience acquise au sein du projet puisse être transposée ailleurs. D'où l'importance que les outils soient libres (au sens librement réutilisables) et que les humains soient libres. Par exemple si j'utilise un YesWiki [1] dans un Riposte et que je trouve cet outil pertinent pour le projet, il faut que je puisse l'utiliser à l'extérieur, dans un club de tai-chi ou dans ma collectivité. A l'inverse, si je fais l'expérience de l'holacratie ou de Jalios dans un projet, comme c'est une méthode qui est copyrightée, je ne peux pas l'utiliser dans un autre contexte.

Lorsque l'on va mettre en place des systèmes, des organisations, sans être dans la perfection de cette trilogie, le fait de garder cela dans un petit coin de la tête permet de les interroger : est ce que l'on a pris en compte le partage des pouvoirs ? est ce que les personnes sont dans des logiques de formation ? des logiques d'éducation populaire ?

« Une politique conviviale s'attacherait d'abord à définir ce qu'il est impossible d'obtenir soi-même quand on bâtit sa maison. En conséquence, elle assumerait à chacun l'accès à un minimum d'espace, d'eau, d'éléments préfabriqués, d'outils conviviaux allant de la perceuse au monte-charge, et, probablement aussi, l'accès à un minimum de crédit »1.

Illich définit trois critères indispensables pour qu'une instrumentation ou une institution soit considérée comme juste ou conviviale :

- elle ne doit pas dégrader l'autonomie personnelle en se rendant indispensable ;
- elle ne suscite ni esclave, ni maître ;
- elle élargit le rayon d'action personnel.

Critères de convivialité dans l'article de wikipedia

L'articulation entre animateur et techno-pédagoque :

Pour mettre en place des techno-socio-structure, on voit très clairement apparaître le besoin d'une animation avec deux rôles qui émergent.

Une fonction d'animateur, celle de la personne qui va aider à caler les règles, à définir les objectifs, aider le groupe à avancer, à être productif, à grandir en maturité.

Mais ce que l'on voit de plus en plus c'est que les groupes n'ont pas la capacité à être en permanence autour d'une table pour travailler ou partager un temps convivial. Très souvent il va falloir travailler à distance, particulièrement dans le contexte de crise de la covid. La dynamique que l'on veut pouvoir impulser ou que l'on veut faire perdurer va se passer à distance, où l'on va avoir besoin d'outils numériques ; d'où l'intérêt d'aller solliciter le second métier celui de techno-pédagogue ; c'est à dire de personnes qui sont à l'articulation de la technique et de la pédagogie. Ce sont des personnes qui sont capables de repérer des outils et de les mettre au service de la communauté, au service de l'animation, et de ne pas choisir un outil qui encapsule le groupe dans un mode opératoire qui n'est pas le sien.

Ces deux rôles doivent être complices pour qu'à la fois l'animateur connaisse un petit peu ce que l'on peut faire techniquement et lui éviter de penser des dispositifs d'animation qui soient complètement impossibles à mettre en œuvre mais soit aussi à l'écoute de ce que permet le numérique. Et il y a aussi besoin d'une écoute du techno-pédagogue pour comprendre la logique de l'animation et la traduire par de la technique en se débrouillant pour la fluidifier pour que le numérique se mette au service de l'animation et aussi être en capacité de faire des propositions ; il y a un travail de pédagogie qui parfois n'est pas le plus grand fort des techniciens ou des « geek ».

D'où l'intérêt d'afficher ce rôle un peu particulier, qui n'est pas celui d'un informaticien mais d'une personne qui à la fois maîtrise les outils et fait preuve d'une capacité d'écoute et de pédagogie, un chaînon manquant assez rare aujourd'hui.


Peux tu préciser les fonctions du techno-pédagogue dans un espace collaboratif ouvert tel les « Riposte reative » ?

Un techno-pédagogue est d'abord quelqu'un qui fait de la veille sur toutes les possibilités qu'offre le numérique avec aujourd'hui un fourmillement d'outils pour faire de la visio, de l'écriture collaborative... Il faut que ce soit quelqu'un qui ait un sac à dos rempli de plein de petits outils utilisables en fonction des différents usage que l'on souhaitera outiller dans le groupe. Il y a donc ce travail de veille, de test, d'une suffisamment bonne connaissance des outils pour pouvoir les proposer en fonction du contexte dans lequel l'outil devra être déployé. Si je dois déployer un outil dans une collectivité territoriale qui est verrouillée par une DSI, il ne faudra pas choisir le même outil que dans une petite association. Et si je dois travailler dans un collectif où il y a , à la fois des personnes de collectivité et des associatifs, il va falloir proposer et tester l'outil qui conviendra au mieux au processus.

Deuxième élément : ne surtout pas devancer les besoins du groupe. Vraiment être en attention par rapport à ce dont le groupe aura besoin, voire même parfois surjouer le fait que les outils proposés soient un cran de moins fonctionnels par rapport aux besoins du groupe. Cela donne l'occasion au groupe ou à l'animateur de formuler lui-même ses besoins. Cela permet au groupe de maturer les usages qui ont besoin d'être outillés. Ce n'est pas du tout évident parce que, lorsque l'on a un peu l'habitude, on sait que dans un groupe il y aura besoin d'un trombinoscope, d'un annuaire, d'un porte document, et on pourrait facilement installer l'outil tip top. Mais les bons outils sont les outils fabriqués par le groupe et qui correspondent au degré de maturité du groupe. Le rôle du techno-pédagogue c'est d'avoir tout cela dans le sac à dos et de les activer, de les faire monter en puissance au fur et à mesure que le groupe en aura besoin.

Au démarrage d'un riposte :

A travers la mise en place d'une dizaine de sites "Riposte Créative" en coopération ouverte nous avons ritualisé une démarche d'apprendre en faisant. Partant d'un espace wiki vide les participant.e.s sont invité.e.s à se présenter, une écriture par fiche facile d'accès mais qui est déjà une écriture publique et non au sein d'un espace fermé. Le second exercice est l'aspiration d'une base de de données issue d'un autre riposte pour créer dans l'espace du groupe une base de données "ressource" ou "initiative". En quelques minutes la base est créée en écran partagé ; Sans vouloir en faire un savoir partagé cela montre que ce n'est pas très compliqué et surtout directement utilisable. Pour cela les participants sont répartis par groupe de deux pour remplir par interview croisée une fiche ressource. En un quart d'heure, au retour du groupe la base contient autant de fiches que de participants et dans la cas d'une fiche initiative localisées sur la carte associée au groupe !

Ces petites expériences irréversibles de coopération sont un des deux piliers (à côté d'apports sur la coopération ouverte dans un groupe) de la formation action "Créer et animer un Riposte Creative" que nous avons récemment mis en oeuvre pour le département de la Gironde avec le CNFPT. Comme tous les autres contenus en coopération ouverte ce descriptif est librement réutilisable (cc by sa).

Le faire au début pour le groupe, puis le faire devant le groupe et puis le faire avec le groupe et puis ensuite se débrouiller pour que le groupe puisse le faire lui-même.

Il y a là un travail d'"égo mesuré" lorsque l'on se retrouve le maître des clés, avec un nouveau lieu de pouvoir de l'organisation. Une des tâches du techno-pédagogue est de transférer ces compétences acquises et ce pouvoir pour que le groupe puisse se l'approprier et faire évoluer lui-même son propre processus. C'est quelque chose d'intéressant qui demande une certaine finesse.

Le troisième élément est plus méta qui est souvent un impensé dans un groupe naissant. Un groupe qui travaille va petit à petit se trouver en contact avec d'autres groupes, on parle souvent de logique d'archipel [2]. Il est assez naturel qu'un groupe qui commence à travailler soit plutôt centré sur lui, avec assez peu de porosité. Par contre un groupe qui va grandir va davantage échanger, comme par exemple les projets Riposte qui, petit à petit, sont de plus en plus en liens les unes avec les autres. Ce sont des choses que le techno-pédagogue doit aider à anticiper : se débrouiller pour que les outils mis en place soient des outils qui ne favorisent pas l'enclosure mais soient au contraire des outils qui favorisent la porosité, des outils qui permettent des flux entrants numériques et des flux sortants numériques. C'est un travail de vigilance à avoir dès le début du projet, l'animateur n'aura pas cette conscience là ; le groupe n'aura pas cette conscience là ; par contre il faut absolument que le techno-pédagogue l'ait pour que l'on puisse par exemple connecte un Riposte avec d'autres Riposte, le connecter avec Transiscope, avec un blog. On ne dit pas que ce projet sera connecté avec d'autres projets mais il ne faut pas que les choix techniques enclosent le projet parce que l'on n'aurait pas veillé à cette porosité.

Voilà les 3 notions, un travail plutôt individuel, un travail d'accompagnement au niveau du groupe et du processus avec un vrai transfert de compétences, un travail de formation et un troisième niveau, plus en anticipation : comment se débrouiller pour que ces outils permettent de continuer à faire du web au sens lien entre personnes et projets !

Quels sont les points d'attention pour une personne qui joue ce rôle ?

Le premier point d'attention est de comprendre que chaque groupe doit passer par ses propres étapes. Je me rappelle d'une techno-pédagogue qui avait acquis de l'expérience dans un projet et qui, quand elle est passée dans un autre groupe, a repris d'emblée tous les outils du groupe précédent. Elle s'est alors aperçue qu'elle avait complètement noyé les gens. Toutes les fonctionnalités potentiellement utiles étaient activées, mais le groupe étant débutant s'est trouvé complètement dispersé. Ce n'est pas parce que quelque chose marche dans un groupe qu'il devrait marcher dans un autre,la notion d'étape, de processus par lesquels passent un groupe est importante. Bien sur il y a un certain nombre d'invariants dans les groupes mais il y a aussi de nombreuses singularités.

L'autre point d'attention est celui de jardinage des espaces qui sont fabriqués. On a tendance à rajouter en permanence des pages, des rubriques, des fonctionnalités, des outils. Si on ne prend pas le temps de réorganiser, de retravailler à l'ergonomie, les gens vont être complètement perdus et seules les personnes qui ont suivi le projet depuis le début s'y retrouveront. On pourra alors imaginer plusieurs entrées lorsque l'on a des projets qui sont un peu matures, un peu complexes :

  • une entrée avec un aiguillage vers toutes les pages pour ceux qui sont dans le projet depuis le début et qui savent ce qu'il y a derrière les pages et les outils ;
  • une entrée pour les personnes qui n'ont pas beaucoup de temps où l'on va mettre en évidence les points importants du moment
  • une entrée pour les nouveaux où l'on sera dans une interface extrêmement épurée et avec des moments d'accueil où on leur fera visiter cette techno structure



avec Florent Merlet

Peux-tu expliquer ton rôle dans Riposte Créative Territoriale : ?

On utilise le terme de techno-pédagogue mais je dirai plutôt celui d'un facilitateur en usage numérique au même titre que l'on peut avoir des facilitateurs en intelligence collective pour animer, faire émerger de l'intelligence collective. Mon rôle se rapproche beaucoup de celui d'un facilitateur mais du point de vue des usages et des outils associés.

Est-ce que tu peux expliciter quelques une de ces taches de facilitation ?

La première tâche, même si j'avais déjà pu travailler de mon côté avec des wikis (autres que YesWiki) a été d'apprendre moi-même quelles étaient les possibilités de l'outil et m'y former. J'ai beaucoup travaillé avec Laurent Marseault au début pour bien comprendre jusqu'où pouvait aller l'outil. Je me suis formé avec Laurent et en autonomie et de cette auto-formation accompagnée, j'ai pu proposer des tutoriels qui facilitaient la prise en main du wiki pour les utilisateurs ; pas assez à mon goût mais cela demande toujours pas mal de travail pour réaliser un tutoriel ou une vidéo.

Mais surtout, j'ai pu accompagner toutes les personnes qui avaient besoin de mettre des contenus en ligne à la prise en main du wiki et à développer leur autonomie ou mettre des dispositifs en place pour les aider à en mettre facilement, notamment à travers des bases de données comme celles des ressources, des acteurs et il y en a beaucoup d'autres, avec aujourd'hui 25 petites bases de données dans le wiki de Riposte Créative.

Un autre gros travail a été de faciliter en mettant en place des pages spécifiques, des outils particuliers pour permettre de travailler en session de travail à distance avec un grand nombre d'acteurs. C'est par exemple mettre des liens, des boutons sur des pages, rendre les choses visibles dans le programme d'une journée pour faciliter l'accès à des pads de prise de notes ou à des salles de réunion virtuelles pour des ateliers, l'aller-retour avec des salles de réunion plénières... Là où je passe beaucoup de temps sur le wiki c'est pour la création de ces pages spécifiques : déroulé, programme et accès aux différents outils pour une réunion de travail ou alors pour des pages de contenus qui sont là pour être lues à tête reposée par d'autres acteurs de la Riposte ou des personnes qui s'y intéressent.

Dans cet esprit de facilitation, tu as été très présent aux réunions de coordination de Riposte Créative Territoriale, quels ont été les points de difficulté ?

Très présent, oui, je dirai même presque trop. J'en viens à ce point de vigilance sur la posture du techno-pédagogue dans ce cadre-là. A quel moment va-t-il travailler sur l'autonomisation et à quel moment va-t-il plutôt donner un petit coup de pouce pour que cela aille plus vite ? C'est un des écueils et j'ai toujours du mal à en sortir. Ma préférence va toujours lorsque l'on me pose une question « tiens j'aimerais faire ça sur le wiki, comment cela se passe ? » à « tiens passons un moment ensemble je t'explique comment on le fait et tu le fais, toi ». Mais souvent les utilisateurs, et j'avoue ne pas avoir résolu cette problématique, sont dans une forme d'urgence et ils ont l'impression que cela va être plus long d'apprendre et de le mettre en place eux, alors qu'ils vont rentrer dans un apprentissage, plutôt que je le fasse moi-même. Et souvent j'entends « oui mais là c'est spécifique, c'est urgent, je n'ai pas le temps, il faudrait que cela soit mis en place tout de suite, est-ce que tu peux le faire, s'il te plait ? » et souvent j'accepte parce que l'urgence fait que... Et souvent pour moi ce sont des étapes un petit peu loupées de possibilités d'apprentissage nouveau pour les différents acteurs de la Riposte. C'est vraiment un écueil que j'ai rencontré sur l'accompagnement que je peux proposer : comment arriver à montrer aux gens que ce n'est pas si long d'apprendre, que faire n'est pas si compliqué ?

C'est aussi comment dépasser la peur de casser, il y a beaucoup de personnes qui ont peur de casser et c'est vrai que cela arrive mais ce n'est jamais un problème. On a eu plein de choses qui ont été cassées dans des pages d'accueil mais en deux clics cela se répare. Les difficultés rencontrées sont autour de ces deux notions : « ce n'est pas parce que c'est urgent qu'il ne faut pas passer par un petit temps d'apprentissage pour pouvoir le faire ensuite en autonomie plus facilement » et « ne pas avoir peur de casser » ; ce sont deux notions que j'ai du mal à faire passer avec cet outil du wiki.


C'est peut-être lié au contexte de cet outil qui était complétement ouvert en écriture, est ce que cela t'a amené des problématiques nouvelles ?

La problématique nouvelle que l'on a rencontré avec l'ouverture du wiki, c'est la vision des RSI (Responsable Sécurité Informatique), pas forcément des nôtres, mais des RSI qui ont pris contact avec nous assez rapidement pour nous dire : « attention votre wiki est ouvert, n'importe qui peut mettre du contenu en place » et notre réponse a été : « oui, c'est l'idée ! ». Cela a fait beaucoup peur à quelques RSI qui nous ont fait remarquer que tous nos contenus étaient ouverts, modifiables, supprimables... Je les ai quand même rassurés en leur disant qu'il y avait des filets de sécurité. On a eu le cas de notre page d'accueil qui a été piratée par un petit malin qui avait mis une publicité pour un produit qui n'avait rien à voir avec la Riposte. Quelqu'un l'a vu en disant « mince qu'est ce qui se passe », on l'a corrigé dans les 10 minutes et ce n'est jamais revenu.

Il est arrivé aussi que beaucoup de gens cassent la page d'accueil et cela devient complètement illisible, mais en deux clics on revient à la version précédente et c'est assez simple à corriger ; Ce sont toujours les peurs de casser ou que notre contenu disparaisse, mais techniquement cela n'arrive pas et on peut y remédier facilement.

Mais surtout, ayant l'habitude proposer des outils numériques à beaucoup d'acteurs dans tout ce que l'on peut mettre en place au laboratoire d'innovation du CNFPT, même avant l'arrivée de Riposte, une des grandes problématiques reste les mots de passe parce que les gens oublient leur mot de passe, ne savent plus comment on se connecte, ne savent pas comment installer l'application qui va avec... Là, avec Riposte, on est dans la cadre d'une proposition où il n'y a pas de mot de passe, je fais un simple clic, je peux modifier, un autre clic pour enregistrer, si j'ai fait une bêtise on revient facilement en arrière. On ne sait pas forcément qui fait quoi, c'est une petite mise en garde, et à quel moment sur le wiki, mais finalement cela ne nous a jamais posé de problème. Les gens n'ont rien besoin de se souvenir, juste l'adresse de la Riposte ; ils s'y rendent et ils font, cela c'est vraiment un gros plus et quand on arrive à canaliser cette peur de casser, les gens prennent de plus en plus la main dessus.

Souvent c'est encore moi qui met en place la page d'accueil parce qu'il y a des petits éléments graphiques un peu plus complexes, mais j'ai des collègues qui habituellement ne sont pas du tout à l'aise avec les outils, le numérique cela leur fait peur. Quand il faut corriger un mot dans un texte sur le wiki, pour eux c'est très facile aujourd'hui, et du coup cela va très vite. On n'a plus de mel qui dit « Florent il faudrait corriger la page », c'e sont plutôt des mel qui disent « Il y avait une faute sur la page d'accueil, t'inquiètes pas c'est moi qui l'ai corrigée, c'est fait » et parfois il y a un petit message à côté « en revanche la mise en forme a un peu cassé, si tu peux regarder ». Comme cela on est plusieurs à travailler sur le contenu et pas seulement un exécutant, je déteste avoir cette posture d'exécutant qui fait parce qu'il a la technicité. Comme la technicité est simplifiée, on est dans des actions un peu plus intéressantes pour chacun de nous.

Est-ce que tu penses que ce type d'espace collaboratif ouvert peut intéresser d'autres projets au CNFPT ?

Clairement oui, après la formation qui a été faite avec le département de la Gironde (Créer et animer un Riposte Créative) le collègue du CNFPT qui l'organisait m'a tout de suite appelé, et pour lui ce wiki est potentiellement une base de travail pour tellement de projets, même sur des projets qui ne travaillent pas forcément sur la notion de coopération, la posture de collaboration dans laquelle on est permet d'aller sur tellement de terrains qu'il faut absolument creuser cette question-là. On n'a pas encore eu le temps de se poser pour y réfléchir pleinement mais c'est quelque chose qui ouvre un champ des possibles très large et qui peut aller très loin pour nous, surtout dans le champ de la formation où l'on parle souvent de communauté, de communauté apprenante, et le wiki sur n'importe quelle thématique est une vraie base de travail pour une communauté pour produire du contenu, garder des éléments intéressants, avoir des espaces qui sont faciles à mettre en place en trois clics.


Les contenus de Riposte sont sous une licence qui en permet la réutilisation ce qui est un peu nouveau pour le CNFPT est ce que dans ton vécu avec les personnes contributrices du Riposte cela a posé problème et est ce que l'idée de communs peut faire son chemin ?

L'idée de communs a déjà fait son chemin parmi nos acteurs. Je n'ai pas souvenir de difficulté dans le cadre de la Riposte. C'est une des premières choses que l'on avait posé au démarrage du projet : sur la Riposte, par défaut les contenus sont sous une licence Creative Commons by SA, pour que l'auteur soit cité (ndr et qu'il n'y ait pas d'enclosure). Cela me semble important d'être dans cette démarche et surtout personne n'a trouvé argument pour aller à l'encontre de celle-ci. Tout le monde y voit l'intérêt ; moi-même à titre personnel, cela fait 20 ans que, lorsque j'étais enseignant, mes cours étaient accessibles en ligne et partagés, il n'y avait pas forcément la licence creative commons, mais les contenus étaient réutilisables, modifiables. C'est une posture qui est vraiment partagée dans la communauté. Il y a vraiment cette idée d'avancer ensemble, la posture de nos acteurs est plutôt dans le partage, pour faire avancer les choses, ces notions de coopération de collectif, de comment on fait mieux ensemble, et s'il n'y avait pas ce partage des contenus on serait incohérent. De mon souvenir, on a dû croiser 300 ou 400 personnes autour de la démarche de la Riposte avec plus ou moins d'acteurs réellement engagés dans le processus, mais personne ne nous a fait remonter l'idée comme quoi ce serait bien de « protéger » nos contenus.


Vers un réseau d'entraide entre techno-pédagoque

Oui c'est une idée intéressante. Techno pédagogue est un métier qui est un peu nouveau, qui commence à s'affirmer, Ces personnes sont trop souvent dans l'ombre alors qu'elle sont aussi déterminantes que des bons animateurs et il est important de leur donner un peu plus de place et de visibilité au sein du projet. Ce sont des personnes qui restent souvent isolées dans leur structure. Quand un projet a un techno-pédagogue c'est plutôt bien. Quand je parlais de veille sur des outils, de tester ces outils avant de les proposer, cela milite pour l'intérêt d'un fonctionnement en réseau. C'est aussi relier des techno-pédagoques impliqués dans des structures de formation éloignées par le public concerné et qui ne coopèrent pas naturellement. Un réseau pourrait aider à structurer ce métier en devenir avec des formation ou à minima des contenus partagés entre techno-pédagoques.

ndr : il s'agit d'un groupe d'entraide entre personnes ayant ce rôle dans un espace en coopération ouverte, si tel est votre cas et que ce groupe vous intéresse, merci de contacter Laurent Marseault.


Quelques mots pour se présenter :


Laurent Marseault : Animateur nature durant une vingtaine d'année, passionné de pédagogie, des relations homme / nature et des insectes, j'accompagne et forme autour des postures, méthodes et outils qui permettent aux collectifs de grandir en coopération. Je suis un des co-créateurs de l'association Outils-Réseaux, de la formation animacoop mais aussi de YesWiki. Je suis accessoirement pompier volontaire, élu et papa.



Florent Merlet : Technopédagogue au sein de la mission innovation et du laboratoire d'apprentissage du CNFPT, mon action consiste principalement à proposer des outils méthodologiques et numériques, reposant sur l'intelligence collective et la collaboration, au service de la transformation de l'action publique et de la formation. Je porte AVEC de nombreux acteurs engagés la démarche Riposte Créative Territoriale et pilote l'Université de l'Innovation Publique Territoriale.



Michel Briand : Après une activité d'élu local à Brest et professionnelle(responsable de formation d'ingénieur à l'IMT Atlantique) ancrée dans une démarche contributive, et la participation au Conseil National du Numérique [3] je suis en retraite professionnelle et d'élu. Je m'implique dans des projets coopératifs au croisement des innovations pédagogiques, des innovations sociales, des transitions et des communs.


Aller plus loin :

Quelques liens sur explorer des facettes de la coopération ouverte :

- Animacoop formation à l'animation de projets coopératifs ]] et aussi Interpole, l'espace ressource de la CIA (Collectif Inter Animacoop).

-Archipélisation : comment Framasoft conçoit les relations qu'elle tisse, sur le blog de Framasoft, 10 décembre 2019.

-Agora des archipels, un espace de rencontres et de partage entre acteurs de la transition qui se retrouvent dans un fonctionnement u, qu'ils soient des individus, des collectifs en archipel.

-Autour des compétences qui favorisent la coopération : L'état d'esprit collaboratif, « faire avec » et « avoir le souci des communs » : trois pivots pour coopérer par Elzbieta Sanojca dans Innovation Pédagogique, 11 mars 2018.

-Ce que nous apprenons des Riposte Créative, une démarche d'écriture collaborative réutilisable, par Michel Briand et Laurent Marseault, 21 juin 2020.

-La compostabilité : pour un écosystème de projets vivaces par Romain Lalande et Laurent Marseault sur Vecam, 4 mars 2018.

-La coopération, un changement de posture : vers une société de la coopération ouverte, diapos commentées et audio de la conférence de Michel Briand au colloque QPES 2019, dans Innovation Pédagogique, juin 2019.

-Créer et animer une "Riposte Creative, formation action autour de la coopération ouverte proposée au CNFPT par Michel Briand et Laurent Marseault et mise en oeuvre pour le département de la Gironde avec Julie Chabaud (février, mars 2021).

-E-book Cooptic un manuel à l'usage des animateurs de réseau et les contenus bonifiés par Gatien Bataille dans sa formation cooptic

-La gare d'aiguillage aussi appelée "gare centrale" dans les formations Animacoop espace de partage d'information qui rend visible tous les éléments utiles aux membres d'un collectif pour y agir en collaboration, un exemple de circulation ds flux sur Riposte Creative Bretagne.

-Histoires de coopération, une trentaine d'interview d'acteurs de la coopération ouverte sur le blog Coopérations, mars 2019.

-Partage sincère, "tragédie du LSD", fonctionnement en archipel : dialogue autour de la coopération ouverte avec Laurent Marseault, 12 mars 2021.

-Le rôle du techno-pédagogue dans un « Riposte créative » espace en coopération ouverte, entretien avec Laurent Marseault et Florent Merlet, 15 avril 2021.


Quelques projets auxquels nous participons autour de la coopération ouverte

-Bretagne Creative


"L'innovation sociale ouverte, c'est donc donner à voir son projet/son idée, échanger avec les autres pour croiser et enrichir les savoirs-faire et compétences. Sources d'efficience et créatrices de lien social sur les territoires, les démarches collaboratives sont une manière de pérenniser et de multiplier ces initiatives tout en favorisant le bien commun."

-Riposte Creative Territoriale


L'objectif ? Co-construire, avec les collectivités territoriales, les réponses formatives innovantes pour faire face à ces défis complètement inédits, en mobilisant l'intelligence collective. Comment développer des modes d'apprentissage dans l'urgence, pour des solutions créatrices de valeur sociale pour le service public territorial et la démocratie locale ?
Notre intention fait écho à l'alerte de Bruno Latour : « Si on ne profite pas de cette situation incroyable pour changer, ce serait gâcher une crise. »

-Riposte Creative Bretagne


« Une marmite ne commence pas à bouillir par le couvercle, mais toujours par le fond ! » Proverbe de Haute-Bretagne un espace collabortaif ouvert pour

  • donner à voir et mutualiser les initiatives en complémentarité des services et groupes mis en place
    -* exprimer des besoins prenant en compte les personnes en précarité, en situation de fragilité et éloignées des services proposés
  • favoriser l'attention, le soin, et une convivialité, et ainsi contribuer au bien vivre ensemble
  • favoriser des transformations créatives solidaires et en transition pour l'après

-Faire ecole ensemble
association - collégiale et à durée de vie limitée - qui facilite le soutien citoyen de la communauté éducative durant l'épidémie de COVID-19. Ses actions s'organisent par programmes et se destinent à être supportés par des coalitions d'organisations pérennes.

-Outils libres


Internet avait été conçu comme un réseau décentralisé, qui donne du pouvoir et de la liberté aux citoyens. Sortir nos informations des gros silos de données pour revenir à des petites structures ouvertes et inter-connectées, c'est possible avec un peu de savoir faire technique et de la bonne volonté. Dans le cadre du mouvement plus global des logiciels libres, et par sa rencontre et collaboration avec l'association Framasoft, Colibris a rejoint le Collectif d'Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS) et met à disposition gratuitement des solutions libres et respectueuses de la vie privée.

-Transiscope


Aujourd'hui, de nombreux d'acteurs de la transition et des alternatives ont entamé un travail de recensement et de cartographie de leurs organisations, actions et écosystèmes.

Dans la majorité des cas, néanmoins, ces informations sont éparpillées sur les sites de chacune de ces organisations et les données ne peuvent pas communiquer entre elles en raison de choix techniques différents : aucune visualisation agrégée n'était jusqu'à présent possible.

Pour permettre de relier ces alternatives, une dizaine de collectifs travaillent depuis deux ans pour développer des outils libres permettant de connecter les différentes bases de données existantes et de les visualiser au même endroit : TRANSISCOPE

-Collectif Yeswiki


L'outil libre facilitant la coopération ouverte.
YesWiki est un logiciel libre né du croisement des discussions et savoir-faire de développeurs et animateurs de projets coopératifs.

A l'image d'une page blanche, ses usages sont quasiment illimités : ils dépendront de votre créativité !

YesWiki est aujourd'hui maintenu et amélioré par une communauté de professionnels issus d'horizons différents qui prend du plaisir à partager ses rêves, ses créations et ses développements.


[1] YesWiki est un logiciel libre né du croisement des discussions et savoir-faire de développeurs et animateurs de projets coopératifs. A l'image d'une page blanche, ses usages sont quasiment illimités : ils dépendront de votre créativité. YesWiki est aujourd'hui maintenu et amélioré par une communauté de professionnels issus d'horizons différents qui prend du plaisir à partager ses rêves, ses créations et ses développements. texte repris de la page d'accueil de YesWiki


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De nombreuses études alertent sur les effets de l'enseignement à distance et de l'isolement sur la santé mentale des jeunes. Entre stress, crises d'angoisse, sous-alimentation, et sédentarité, le monde étudiant est très touché par les mesures de confinement prises pour lutter contre la pandémie de coronavirus.

Face à cet état de fait, les équipes responsables de l'éducation physique et sportive dans les grandes écoles et universités s'efforcent de mettre en place des pédagogies innovantes pour aider les étudiants à mieux gérer leur vie physique, et les inciter à rester actifs, tout en créant du lien.

L'activité physique, un besoin essentiel

Au Canada, l'étude de l'USask (Université de la Saskatchewan) souligne les effets néfastes des contraintes sanitaires, et des confinements à répétition sur le mode de vie des étudiants. Les préjudices sur la santé physique et mentale sont significatifs et avérés. Les résultats présentés dans la revue Applied Physiology, Nutrition and Metabolism, soulignent l'urgence de la situation et la nécessité d'utiliser de nouvelles pédagogies incitatives soutenant l'activité physique régulière des jeunes.

En France, le constat est tout aussi alarmant. À la fin du premier confinement, l'étude CoviPrev confirmait déjà une dégradation, problématique, de la santé mentale des jeunes (18-24 ans), avec une prévalence des états dépressifs et anxieux.

Dans le même sens, l'Observatoire de la Vie étudiante a également réalisé une enquête sur la vie d'étudiant confiné. Elle montre que la crise sanitaire a eu un impact sur leurs conditions de vie et sur leur cursus académique. Les signes de détresse psychologiques ont été dans l'ensemble plus nombreux dans la population étudiante pendant cette période de confinement, de même que la consommation d'alcool ou le renoncement aux soins. Les restrictions liées à la crise sanitaire jouent sur le moral des étudiants et sur leur niveau de performance cognitive.

Pour lutter contre l'isolement, la sédentarité, l'activité physique apparaît aux yeux de nombreux scientifiques et chercheurs comme l'un des leviers majeurs ; « le seul moyen d'améliorer l'immunité » souligne le professeur François Carré. L'allocution de cet éminent cardiologue et chercheur à l'Inserm n'est pas passée inaperçue. Auditionné par le Sénat, il pointe les méfaits de la sédentarité qui ne cesse de se renforcer. Pour lui, « l'activité physique est une cause nationale » ; « bouger est vital pour notre santé ! ».

Réinventer l'offre

Face au mal-être étudiant, l'enseignement supérieur a déployé des dispositifs de soutien psychologique, des accompagnements personnalisés, de multiples concertations. Concernant l'activité physique, les principales initiatives et innovations sont véhiculées par les enseignants d'éducation physique et sportive en charge des services des sports dans les grandes écoles et universités, notamment sous l'impulsion du groupe APSCGE. La Fédération française du Sport universitaire propose, elle aussi, des challenges inédits pour dynamiser les étudiants sur la dimension compétitive.

Trois difficultés majeures se posent à ces acteurs. En premier lieu, les questions de protocole et d'effectifs limitent fortement le champ des possibles. Ensuite, de nombreuses difficultés apparaissent du fait des couvre-feux, le sport et l'activité physique se pratiquant, habituellement, pour une grande part des étudiants, le soir, à partir de 18h. Comment déplacer tous ces cours le jeudi après-midi sans pouvoir disposer des infrastructures nécessaires à leur mise en œuvre ? Enfin, la gestion des étudiants dans un contexte ou l'activité physique n'est pas, dans tous les cas, considérée comme obligatoire et dotée de crédits, n'est pas simple. Trop souvent, le jeudi après-midi est phagocyté par d'autres enseignements, jugés plus sérieux.

En outre, isolement, dépression, stress, sous-alimentation, phobie, angoisse, vie en colocation ou retour chez les parents sont autant de paramètres à gérer pour l'enseignant du supérieur. La transformation des habitudes, le manque de liberté, les nouveaux soucis à gérer, dans cette période compliquée, donnent aux étudiants de multiples raisons de se laisser aller. Il faut donc lutter en permanence pour limiter l'absentéisme, l'investissement sporadique, et les déviances d'un nouveau genre.

Dans ce contexte, raccrocher les étudiants à une activité physique régulière est un vrai challenge. L'offre s'est diversifiée pour s'adresser au plus grand nombre. Elle s'est même digitalisée ce qui peut paraître paradoxal en termes de bienfaits sur la santé. Les enseignants d'EPS et vacataires spécialisés se sont formés pour produire des cours online pouvant s'inviter dans les appartements, colocations et foyers familiaux.

De nombreuses écoles et universités ont ainsi proposé aux étudiants, aux personnels mais également au grand public, des programmes d'activité physique, respectant des charges et des plages d'intensité précises. Les plates-formes de type Zoom ou Teams, ont été fortement utilisées pour assurer un suivi synchrone des étudiants sur des activités sportives, interdites en présentiel (séances de renforcement musculaire en live, fitness, yoga etc.).

Des cours asynchrones ont également été proposés avec un accompagnement à distance et des ressources en ligne ont été mises à disposition des étudiants pour qu'ils puissent se prendre en main. De nombreuses vidéos ont régulièrement été postées sur des plates-formes de streaming en réseau fermé ou ouvert (Youtube, Stream etc.).

Plus en marge, des applications ont été utilisées pour que l'étudiant puisse vivre l'activité physique, tester sa condition physique et se mettre en projet individuellement ou collectivement. Ces initiatives, ces innovations pédagogiques ont été grandement relayées sur les réseaux sociaux pour faciliter leur accessibilité et leur diffusion dans le monde étudiant.

Mais au-delà de cette proposition, c'est bien le sport en live et l'activité physique connectée qui ont su tirer leur épingle du jeu. Car, c'est bien le fait de vivre l'activité physique en direct et en groupe qui a généré le plus de plaisir et d'enthousiasme.

Sur ce registre, les propositions de la Fédération sportive du Sport universitaire ont ouvert la voie à des pratiques hybrides à la fois physiques et digitales, activités très attrayantes auprès des étudiants. Après la U'RUN, course à pied connectée (970 000 kms parcourus par 13 500 étudiants inscrits et 450 établissements classés), la U'RIDE sur vélos connectés, les étudiants auront même la possibilité de participer à la U'ROW, une compétition de rameurs connectés.

Tuto U'RUN Challenge FFSU (Janvier 2021).

Si ces propositions digitales sont très intéressantes d'un point de vue pédagogique, elles ne doivent cependant pas occulter l'essentiel. Tout comme le vaccin qui nous laisse entrevoir une fin de crise sanitaire, c'est bien l'activité physique « réelle et régulière », pratiquée sur les terrains de sports, qui aura un impact positif sur le monde étudiant. Avant toute chose, l'activité physique doit se vivre, s'éprouver pour être ressentie et avoir un impact sur la santé physique, psychologique et sociale.

The Conversation

Franck Luccisano does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.


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Ce webinaire est la suite logique du webinaire proposé par Marie Latour "Des jeux sérieux réutilisables pour l'apprentissage autour de la documentation" le 22 janvier 2021. Elle nous propose aujourd'hui de tester ensemble un nouveau jeu de documentation et de revenir sur le comment il a été construit.

un article repris de la page des webinaires du groupe Hybridation en coopération ouverte

Pour vous inscrire et obtenir le lien de connexion par retour de mail, merci de compléter le questionnaire d'inscription

Depuis 2015, le SCD de l'Université de Guyane s'est engagé dans un renouvellement de sa pédagogie : des séquences de jeux sont régulièrement introduites dans ses formations à la recherche documentaire afin de favoriser l'interactivité et le plaisir de l'apprentissage. Dans ce cadre, neuf jeux de plateau sérieux ont été créés (dont trois ont été traduits en anglais) ainsi qu'une bande-dessinée pédagogique (pour plus d'informations, voir l'enregistrement du premier webinaire).

Devant la généralisation du distanciel induite par la crise sanitaire mondiale traversée actuellement, le SCD de l'Université de Guyane a adhéré au consortium national « Games for Citizens » afin de créer des adaptations de ses créations en tables de jeu numériques jouables en solo ou en multijoueurs, sur ordinateur ou sur smartphone. Les équipes travaillent actuellement sur l'adaptation numérique d'un premier jeu de plateau, « Licences to kill », portant sur la connaissance des grandes licences de la propriété intellectuelle (Copyright, Domaine public, Copyleft et Creative commons).

Dans ce cadre, nous vous proposons, de manière très expérimentale, de tester en avant-première le prototype du jeu non encore achevé. Le webinaire s'organisera en trois temps : après une courte présentation du projet de des acteurs de 15-20 minutes environ, vous pourrez ensuite tester le jeu en solo. Enfin, à l'issue d'une courte séance de discussion autour de vos premières impressions sur le jeu, nous vous demanderons de remplir un court questionnaire qui nous permettra de travailler à l'amélioration de la version en cours. Vos avis comptent, et feront partie d'une vaste campagne de bêta-tests qui nous permettra de sortir la version la plus ergonomique possible et la mieux adaptée aux besoins des étudiants !

Les intervenants seront Marie Latour, directrice adjointe du l'Université de Guyane et porteuse du projet, et Thomas Planques, chef de projet pour la réalisation technique du jeu au sein du consortium "Games for Citizens".

La prise de notes pendant le webinaire sera collaborative sur ce pad : https://lite1.infini.fr/p/testonsEnsembleJeu


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Au fil de nos nos implications et accompagnements de projets autour des transitions les questions de coopération ouverte, des silos culturels et du fonctionnement en archipel reviennent fréquemment. Le but de cet article est de les expliciter et d'éclairer leur interaction dans un monde confronté à l'urgence des crises sanitaires, climatiques et à la montée des inégalités.

Et d'abord quelques mots pour se présenter :


Laurent Marseault : Animateur nature durant une vingtaine d'année, passionné de pédagogie, des relations homme / nature et des insectes, j'accompagne et forme autour des postures, méthodes et outils qui permettent aux collectifs de grandir en coopération. Je suis un des co-créateurs de l'association Outils-Réseaux, de la formation animacoop mais aussi de YesWiki. Je suis accessoirement pompier volontaire, élu et papa.



Michel Briand : Après une activité d'élu local à Brest et professionnelle(responsable de formation d'ingénieur à l'IMT Atlantique) ancrée dans une démarche contributive, et la participation au Conseil National du Numérique [1] je suis en retraite professionnelle et d'élu. Je m'implique dans des projets coopératifs au croisement des innovations pédagogiques, des innovations sociales, des transitions et des communs.


voir une liste de quelques projets auxquels nous participons en fin d'article.

Pourquoi parler de coopération ouverte ?

MB : La coopération et les pratiques collaboratives sont d'actualité dans un monde en crise (avec son pendant "force obscure" des replis identitaires, de l'autoritarisme et du déni de la catastrophe climatique et environnementales...). Mais pourquoi ce besoin de distinguer la "coopération ouverte" ? où se situe la différence ?

LM : L'idée de coopération se retrouve un peu partout, on a même des super méthodes et logiciels qui permettent de faire de la coopération au sein des équipes. Mais notre humanité est actuellement confrontée quelques petits problèmes qui nous obligent à une autre urgence pour que les problèmes des uns, les réussites des autres puissent être beaucoup plus partagés, échangés. Si quelqu'un produit des contenus, des réalisations intelligentes, il est urgentissime que ces expérimentations, ces questions puissent être visibles, accessibles par d'autres personnes que celles du petit groupe avec qui il a coopéré.

Parler de coopération ouverte c'est arrêter d'enkyster les groupes de réflexion, c'est arrêter, sans en avoir toujours conscience, de se mettre en concurrence avec la collectivité d'à côté, l'association d'à côté. Par rapport aux enjeux que certains qualifient "d'objectifs suprêmes", comment arriver à dépasser les logiques de structure, les logiques d'entre soi pour que ce qui est fait par l'un puisse servir à l'autre.

Les coopérations ouvertes thème du 8éme Forum des usages coopératifs à Brest du 3 au 6 juillet 2018.

MB : La coopération ouverte est un profond changement de culture dans une société où le travail est organisé de manière cloisonnée et hiérarchique. Apprendre à donner à voir, copier, réutiliser, partager demande du temps parce que ce n'est pas dans nos habitudes. Aujourd'hui l'innovation ouverte progresse dans les entreprises où elle stimule la créativité, dans les services où elle favorise l'implication des personnes, dans le tiers secteur où elle est facteur d'innovation sociale, dans "Territoires en réseaux : d'internet aux innovations sociales ouvertes'. [2]

conf : Cooperation ouverte, un changement de posture par Julie Boiveau à QPES 2019,( cc by sa nc)

LM : Pour donner un exemple, lors d'une réunion à laquelle j'assistais entre un grand réseau Sesamath, un réseau de prof de math qui co-produisent des contenus et un autre réseau qui s'appelle les rallyes mathématiques au Québec où l'on s'apercevait que les contenus de l'un pouvaient s'amplifier avec les contenus de l'autre et réciproquement. Et pour des raisons d'imperméabilité entre les deux structures, les contenus ne pouvaient pas se bonifier. Il y a eu tout un travail de discussion pour dépasser des peurs, qui sont courantes en amont de la coopération ouverte et qu'il serait d'ailleurs intéressant à analyser. Une fois cela résolu, on a pu se débrouiller pour que, pour résoudre les questions apprenantes développées au sein d'un rallye mathématique, les élèves puissent utiliser les notions fort bien développées dans les cours de Sesamath. Et d'un autre côté cela a permis que les contenus parfois un peu théoriques de Sesamath soient nourris par les questions apprenantes des rallyes mathématiques.

Dans le monde la transition, on a énormément de structures qui inventent, qui expérimentent sur les territoires. Le fantasme c'était de fabriquer une carte qui référencerait toutes ces initiatives. Et plutôt que d'alimenter la concurrence entre structures qui voulaient être cette carte centralisée des initiatives en transition, c'est une approche collaborative agrégeant une trentaine se sources qui a émergé. Transiscope a convaincu toutes ces structures à partager leur données en permettant à d'autres de les réutiliser. Et ainsi Transiscope cartographie plus de 30 000 initiatives en France avec de nombreuses nouvelles sources de données qui s'y agrègent au fil du temps.


MB : Et c'est dans un contexte de monde en crise que la coopération ouverte prend tout son sens comme nous l'exprimions dans Coopération ouverte pour un monde vivable et désirable, lors des rencontres co-construire à Tournai le 30 aout 2019.

Face à l'urgence climatique nous proposons aux un-es et aux autres de faire un pas vers une coopération ouverte et un partage sincère.

  • L'urgence ne nous permet plus d'attendre, il n'est pas possible de réinventer chacun dans son coin. Le partage sincère c'est permettre aux autres de réutiliser ses contenus de formation, ses techniques d'animation, ses retours d'expérience et ne pas les garder pour soi ou son groupe.
  • Agir ensemble demande une confiance, une ouverture à l'autre qui reconnaît, en humilité les compétences, les savoir faire de chacun.e.
  • Le vivre ensemble des futurs désirables demande un changement de posture où nous enrichissons de la diversité de nos pratiques de nos histoires, nous démultiplions nos forces en transition.


Une vidéo de Laurent Marseault pour le parcours Numérique Ethique de l'université des Colibris et le texte associé, le texte publié dans Innovation Pédagogique le 19 ocrobre 2020.

Dépasser le fonctionnement en silo, la "tragédie du LSD, Libre, Solidaire et Durable"

MB : Dans cette urgence de la transition il y a aussi besoin de faire en sorte que des personnes issues de monde différents travaillent ensemble , ce que nous avons appelé la "Tragédie du LSD, Libre, Solidaire et Durable"

LM : C'est une appellation imaginée lors d'une discussion autour de la coopération en réseau avec Jean Michel Cornu [3] sur les bancs d'une crêperie à Brest en 2012. En partageant nos expériences d'accompagnement de structures dans différents domaines, on s'apercevait que toutes ces structures avaient des finalités semblables, des envies d'un monde meilleur, de changements de posture, de pratiques plus coopératives. Mais ces structures s'ignoraient les unes, les autres. En prenant plaisir à inventer des mots, on a parlé de "tragédie du LSD". La tragédie du Libre Solidaire et Durable c'est le constat que le silo des Libristes, celui des Solidaristes et celui des Durabilistes ont tendance à travailler les uns à côté des autres, parce que chacun a son histoire, son vocabulaire, sa culture. Et en côtoyant une diversité de structures on voyait que le problème d'un silo était résolu dans le silo d'à côté. Si on arrivait à établir un peu plus de lien, de porosité entre ces silos, il serait possible que cela permette à la fois à ces silos d'avancer mais surtout de passer à l'échelle au delà de leur propre cercle. Les sujets auxquels nous sommes confrontés, sont trop vaste pour que nous les traitions seuls.

On s'est arrêté sur tragédie du LSD avec ces 3 mondes là parce que cela sonne bien, mais on pourrait aussi ajouter le monde de la culture, de l'économie sociale, d'entreprises qui s'impliquent dans la transition, de certaines formes d'organisations territoriales qui fonctionnent un peu différemment (conseil de développement participatifs, réseau tels Bruded en Bretagne, le RTES pour l'économie sociale et solidaire)...

Quelles sont les richesses mais aussi les handicaps de ces différents silos, en étant un peu caricatural, dans l'intention d'enclencher des débats et surtout pas de choquer qui que ce soit.

Si l'on prend le monde des "libristes", leur grande richesse c'est que des humains sont capables de travailler à distance pour faire du Wikipedia, de l'Open Street Map, ou de développer du code Linux avec des milliers de personnes tout autour de la planète sans jamais se rencontrer. C'est quand même une sacré prouesse. Leur difficulté est un manque de pédagogie en étant un peu entre soi, en parlant entre spécialistes. Un autre élément fabuleux des libristes c'est que dès son démarrage le projet est blindé comme étant un commun avec des licences juridiques qui permettent de protéger les codes sources comme étant des communs.

Si on passe au silo d'à côté, les "solidaristes", leur dimension fabuleuse c'est l'histoire de la pensée politique, des mots en expliquant par exemple les différences entre libertaires et anarchistes et en les situant dans l'histoire et leur conséquence aujourd'hui. Mais dans leur fonctionnement on a souvent des réunions un peu tristounettes qui n'ont pas changé depuis des décennies. Mais ils sont sur des sujets hyper impliquant avec des capacités de mobilisation extrêmement intéressantes.

Si on passe du côté des "durabilistes", il y a un côté un peu rigolo, dans la dimension pédagogiques avec des techniques assez sympathiques de communication et d'animation. Avec des contenus scientifiques qui sont parfois un peu fragiles alors que paradoxalement ils s'appuient sur des données scientifiques qui sont parfois un peu obsolètes. Chez eux la notion des communs est souvent un impensé.

Si l'on fait ce petit pas de recul en repérant ce qui est bien dans nos différents silos mais aussi en se moquant de nous pour voir les points sur lesquels on n'est pas bon on s'aperçoit
- que la pédagogie des durabilistes pourrait tout à fait servir aux solidaristes mais aussi aux libristes,
- que l'idée de travailler sur des communs et de savoir les protéger juridiquement pourrait servir aux solidaristes et aux durabilistes,
- qu'il ne suffit pas que ce soit libre pour que ce soit bon et rajouter l'histoire des idées peut donner plus de sens...
C'est en travaillant sur nos forces à partager mais aussi et surtout sur nos faiblesses à travailler que les liens entre ces silos deviennent évidents et hyper efficients.

Pour donner un exemple : la rencontre entre Framasoft et les Colibris lors du Forum des usages coopératifs 2018 à Brest. Les colibris agrègent des dizaines de milliers de personnes qui veulent travailler ensemble mais qui n'étaient pas bon du tout en terme d'outils collaboratifs. Est-ce que vous pourriez nous aider à utiliser les outils de Framasoft que l'on puisse en retour aider à les améliorer ? Framasoft était honoré de cette sollicitation et en réciproque, les Colibris avec la quantité de projets et de personnes qui en avaient besoin ont permis des retours d'usage très intéressants et permis d'ajouter aussi un peu d'esthétique et de pédagogie tel le parcours outils libres réalisé par les Colibris qui sont des contenus de formation utiles aussi à Framasoft. Cette porosité, cette perméabilité entre Framasoft et les Colibris est un exemple de passerelle entre le monde des libristes et celui des durabilistes.

MB : Dans le même esprit on pourrait parler de passerelle avec la dimension créativité des artistes, la dimension service public des collectivités locales qui pourraient enrichir d'autres silos.

Le fonctionnement en archipel

LM : Ce qui est important au delà de la liste "LSD" donnée en exemple c'est à la fois de repérer ce sur quoi on est bon et de se laisser transformer. On s'approche de la notion d'archipel : repérer ce sur quoi nous sommes bon, c'est travailler sur notre identité racine : qu'est ce qui fait que l'on n'est pas l'autre, quelle est ma singularité ? Qu'est ce que je sais faire et aussi qu'est ce que je ne sais pas faire ? A partir du moment où, en conscience, on arrive à repérer nos forces et nos faiblesses, cela permet de travailler sur une seconde notion qui est la notion d'identité relation : ce qui va me permettre de me chaîner à l'autre. Comment va-t-on pouvoir établir de la relation ou de l'échange avec le silo d'à côté. Et il n'y a identité relation que s'il y a transformation de part et d'autre d'autre de la relation. L'idée, ce n'est pas de dire moi j'ai raison, et mon projet doit se diffuser à un niveau intergalactique et quand tout le monde fera comme moi le monde sera sauvé, mais plutôt de gagner en humilité de structure en disant cela on sait faire, cela on ne sait pas faire et de travailler en liens, des liens qui remettent de la vie dans les différents petits îlots que sont nos projets, que sont nos structures.

MB : En quoi cette notion d'archipel apporte quelque chose aux besoins de transition ?

La notion d'archipel est un apport un peu poétique d'une idée travaillée par Édouard Glissant, poéte et philosophe proche d'aimé Césaire et qui a beaucoup parlé des notions d'archipelisation en contre-pied de la centralisation, produit historique de l'état français.

La notion d'archipel remet en cause l'idée de la centralité. Et pour les acteurs de la transition, peut-être qu'une idée forte est d'arrêter de dire qu'il y a une de nos structures qui va prendre le "lead" sur toutes les autres. Comment pour faire la transition ? Pensons -nous comme différentes petites îles et réfléchissons à comment nous allons nous mettre en lien pour faire projet commun sans chercher à ce qu'une île devienne plus grosse que les autres et prenne le commandement sur la totalité des autres.

Donc déjà deux notions :
- Pas de centralité et être plutôt dans une distribution des savoirs et des pouvoirs
- Des identités racine travaillées et visibles et des identités relations fécondes de transformations.

Ce qui va être intéressant c'est certes que l'on travaille sur nos identités, sur la coopération au sein de notre structure mais aussi d'identifier les flux d'informations entre les différentes îles. Bien souvent, les structures, je ne sais s'il s'agit d'une question d'égo de structure, ont tendance à imaginer que ce qu'elles font est central pour leur problématique. A partir du moment où je me vois comme une petite île dans un projet qui me transcende, on va se mettre à travailler sur les flux d'information entre les îles et cela va obliger les structures à repenser leur porosité. C'est une notion qui est très féconde dans l'idée d'archipel : comment se débrouiller et réfléchir aux conditions qui vont faire que les données, les contenus puissent circuler d'une île à l'autre et ainsi fabriquer des idées, des concepts qui vont complètement nous dépasser.

carte illustrant l'archipel des lowtech en france publié par le lowtechlab un site sous licence CC by par défaut

Pour que cette coopération ouverte, cette porosité entre les îles soit possible il y a 3 grandes conditions :

- Le premier est la porosité politique, comment va-t-on afficher ce que l'on est ? décrire ce que l'on est mais surtout le rendre visible aux autres. Certains parlent de code social [4] Voyant le code social de l'île d'à coté j'aurais plus ou moins envie de travailler avec elle ou travailler sur tel point et pas sur tel autre plutôt que d'avoir un jugement à priori. Cela concerne aussi les postures, la volonté de partage sincère.

- Le second élément concerne les conditions juridiques de l'archipelisation. Comment, si on parle de partage sincère, les contenus que j'ai fabriqué vont pouvoir sortir de ma structure ? comment est ce que je vais spécifier que d'autres vont pouvoir réutiliser mes contenus ? Est ce que ces contenus ont les bonnes licences juridiques qui permettent d'emblée que les personnes qui les voient sachent qu'ils peuvent les modifier, les réutiliser dans leurs projets, que les usages commerciaux sont possibles ou pas ? Sans alignement sur des licences comme les Creative Commons by Sa et GNU GPL et autres licences qui permettent un partage sincère, nous ne pourrons pas connecter nos contenus pour en faire du meilleur. Cela se chaîne avec la notion de compostabilité de nos contenus

- Et troisième élément enfin et seulement enfin, des conditions numériques qui permettent à nos interfaces, et autres plateformes de retrouver leurs porosités : comment va-t-on se débrouiller pour que les technostructures que l'on va mettre en place au sein de nos îles puissent diffuser de l'information, vont pouvoir recevoir de l'information ou envoyer de l'information d'autres îles. On parle de flux entrants et sortants, de flux rss, xml, json qui permettent de faire des Transiscopes et autres nouveaux niveaux de communs. Cela va obliger les structures à réfléchir non plus sur elles, mais sur quelles sont les conditions pour que l'on puisse se connecter avec l'îlot d'à côté et faire des veines et des artères de communication entre îlots qui vont faire transition.

l'exemple de framasoft :

L'association Framasoft a fait le choix d'une démarche en archipel au croisement de la mise en place des Chatons [5], d'une rencontre avec l'association québecoise FACiL, d'échange avec les Colibris au « Forum des Usages Coopératifs » de Brest, en 2018, et des lectures d'Édouard Glissant (1928-2011).

« J'appelle créolisation la rencontre, l'interférence, le choc, les harmonies et les dysharmonies entre les cultures. » Par ces mots, Édouard Glissant fait de la « créolisation » une décontinentalisation, qu'il nomme archipélisation, et qu'il corrèle à ce qu'il appelle le « tout-monde ». Le monde entier, pour lui, se créolise et s'archipélise.

Cette notion, si elle est associée à celle des outils conviviaux d'Ivan Illich ou la figure du rhizome, héritée de Deleuze et Gattari, déjoue l'opposition entre centre et périphérie. Il s'agit donc de passer d'une vision continentale, où on essaye de faire continent tous ensemble, à une « archipélisation » d'îlots de résistance émergents.

dans Archipélisation : comment Framasoft conçoit les relations qu'elle tisse, sur le blog de Framasoft

MB Ces trois élements condition d'une coopération ouverte pour les archipels sont tout aussi pertinents pour des associations, collectifs, établissements, entrepreneurs intéressés par un fonctionnement en réseau ouvert.
Et en particulier toutes celle et ceux qui se sentent concerné.es. par l'urgence des transitions !

Un chemin autour de multiples expériences irréversibles de coopérations fait de belles rencontres et d'apprentissages qui se renouvellent.

Aller plus loin :

Quelques liens sur explorer des facettes de la coopération ouverte :

- Animacoop formation à l'animation de projets coopératifs ]] et aussi Interpole, l'espace ressource de la CIA (Collectif Inter Animacoop).

-Archipélisation : comment Framasoft conçoit les relations qu'elle tisse, sur le blog de Framasoft, 10 décembre 2019.

-Archipel Citoyen "osons les jours heureux, un chemin vers une autre gouvernance et une page biblio sur la notion d'archipel sur Riposte Creative Bretagne et en perspective une agora des archipels.

- Autour des compétences qui favorisent la coopération L'état d'esprit collaboratif, « faire avec » et « avoir le souci des communs » : trois pivots pour coopérer âr Elzbieta Sanojca dans Innovation Pédagogique, 11 mars 2018.

-Ce que nous apprenons des Riposte Créative, une démarche d'écriture collaborative réutilisable, par Michel Briand et Laurent Marseault, 21 juin 2

-La compostabilité : pour un écosystème de projets vivaces par Romain Lalande et Laurent Marseault sur Vecam, 4 mars 2018.

-La coopération, un changement de posture : vers une société de la coopération ouverte, diapos commentées et audio de la conférence de Michel Briand au colloque QPES 2019, dans Innovation Pédagogique, juin 2019.

-Créer et animer une "Riposte Creative, formation action autour de la coopération ouverte proposée au CNFPT par Michel Briand et Laurent Marseault et mise en oeuvre pour le département de la Gironde avec Julie Chabaud (février, mars 2021).

-E-book Cooptic un manuel à l'usage des animateurs de réseau et les contenus bonifiés par Gatien Bataille dans sa formation cooptic

- La gare d'aiguillage aussi appelée "gare centrale" dans les formations Animacoop espace de partage d'information qui rend visible tous les éléments utiles aux membres d'un collectif pour y agir en collaboration, un exemple de circulation ds flux sur Riposte Creative Bretagne.

-Histoires de coopération une trentaine d'interview d'acteurs de la coopération ouverte sur le blog Coopérations, mars 2019.


Quelques projets auxquels nous participons autour de la coopération ouverte

-Bretagne Creative


"L'innovation sociale ouverte, c'est donc donner à voir son projet/son idée, échanger avec les autres pour croiser et enrichir les savoirs-faire et compétences. Sources d'efficience et créatrices de lien social sur les territoires, les démarches collaboratives sont une manière de pérenniser et de multiplier ces initiatives tout en favorisant le bien commun."

-Riposte Creative Territoriale


L'objectif ? Co-construire, avec les collectivités territoriales, les réponses formatives innovantes pour faire face à ces défis complètement inédits, en mobilisant l'intelligence collective. Comment développer des modes d'apprentissage dans l'urgence, pour des solutions créatrices de valeur sociale pour le service public territorial et la démocratie locale ?
Notre intention fait écho à l'alerte de Bruno Latour : « Si on ne profite pas de cette situation incroyable pour changer, ce serait gâcher une crise. »

-Riposte Creative Bretagne


« Une marmite ne commence pas à bouillir par le couvercle, mais toujours par le fond ! » Proverbe de Haute-Bretagne un espace collabortaif ouvert pour

  • donner à voir et mutualiser les initiatives en complémentarité des services et groupes mis en place
    -* exprimer des besoins prenant en compte les personnes en précarité, en situation de fragilité et éloignées des services proposés
  • favoriser l'attention, le soin, et une convivialité, et ainsi contribuer au bien vivre ensemble
  • favoriser des transformations créatives solidaires et en transition pour l'après

-Faire ecole ensemble
association - collégiale et à durée de vie limitée - qui facilite le soutien citoyen de la communauté éducative durant l'épidémie de COVID-19. Ses actions s'organisent par programmes et se destinent à être supportés par des coalitions d'organisations pérennes.

-Outils libres


Internet avait été conçu comme un réseau décentralisé, qui donne du pouvoir et de la liberté aux citoyens. Sortir nos informations des gros silos de données pour revenir à des petites structures ouvertes et inter-connectées, c'est possible avec un peu de savoir faire technique et de la bonne volonté. Dans le cadre du mouvement plus global des logiciels libres, et par sa rencontre et collaboration avec l'association Framasoft, Colibris a rejoint le Collectif d'Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS) et met à disposition gratuitement des solutions libres et respectueuses de la vie privée.

-Transiscope


Aujourd'hui, de nombreux d'acteurs de la transition et des alternatives ont entamé un travail de recensement et de cartographie de leurs organisations, actions et écosystèmes.

Dans la majorité des cas, néanmoins, ces informations sont éparpillées sur les sites de chacune de ces organisations et les données ne peuvent pas communiquer entre elles en raison de choix techniques différents : aucune visualisation agrégée n'était jusqu'à présent possible.

Pour permettre de relier ces alternatives, une dizaine de collectifs travaillent depuis deux ans pour développer des outils libres permettant de connecter les différentes bases de données existantes et de les visualiser au même endroit : TRANSISCOPE

-Collectif Yeswiki


L'outil libre facilitant la coopération ouverte.
YesWiki est un logiciel libre né du croisement des discussions et savoir-faire de développeurs et animateurs de projets coopératifs.

A l'image d'une page blanche, ses usages sont quasiment illimités : ils dépendront de votre créativité !

YesWiki est aujourd'hui maintenu et amélioré par une communauté de professionnels issus d'horizons différents qui prend du plaisir à partager ses rêves, ses créations et ses développements.


[2] intervention à la journée du département de Loire Atlantique, article en ligne sur a-brest, 9 octobre 2012 (et enregistrement) ; voir aussi La coopération ouverte, un concept en émergence par Elzbieta Sanojca et Michel Briand sur Innovation pédagogique le 18 mai 2018 et La coopération ouverte : principes et tentative de définition sur le blog “Travail en Réseau et Coopération Ouverte”, de Lilian Ricaud, 4 février 2013 et Pourquoi coopérer, par Joel Candeau dansTerrain anthropologie &sciences humaines, 58, 4-25, mars 2012.

[3] La coopération, nouvelles approches. Livre en ligne

[4] La démarche #CodeSocial est un modèle de description des intentions et des actions d'une organisation. Cette démarche est à destination des acteurs souhaitant s'inscrire dans des démarches de transparence, de reliance, d'efficience, de résilience, de collaboration, de transition et de cohérence. extrait du site Code socia initié en 2019 par Mathieu Coste, d'autres trames de documentation du comment faire sont librement réutilisables telle les recettes libres initiées au Forum des usages coopératifs 2012 et aux rencontre Moustic 2013 : "Territoires en réseaux et diffusion de nos innovations Recettes libres, codes sources, écrivons le comment faire de nos innovations sociales, mai 2013, et les codes sources mises en oeuvre pour les Tiers lieux open source par Movilab

[5]
CHATONS est le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Ce collectif vise à rassembler des structures proposant des services en ligne libres, éthiques et décentralisés afin de permettre aux utilisateur⋅ices de trouver rapidement des alternatives respectueuses de leurs données et de leur vie privée aux services proposés par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). CHATONS est un collectif initié par l'association Framasoft en 2016 suite au succès de sa campagne Dégooglisons Internet.


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Les enseignements de l'enquête Marsouin sur les usages numériques des élèves, des enseignants et des familles pendant le confinement.

Pascal Plantard, CREAD-Marsouin
Avec la contribution de Fabien Collas et Géraldine Guérillot, Marsouin
Et de Didier Perret, Mathhieu Serreau et Sandrine Guérin, CREAD-Marsouin

Le numérique nous a-t-il aidé à bien vivre confinés ? C'est la question que se sont posés les chercheurs de Marsouin dans une enquête exceptionnelle intitulée « CAPUNI crise » réalisée pendant le premier confinement. Une enquête qui fait écho à l'enquête « CAPUNI » menée auprès des individus un an auparavant (2019) mais aussi aux travaux menés par les laboratoires membres du GIS sur l'e-éducation (ANR-INECUC, collèges connectés, eFRAN-IDÉE, Gtnum…).
CAPUNIcrise est soutenue par la Région Bretagne et l'Agence Nationale de la Cohésion des Territoires, « CAPUNI crise » a permis d'interroger 2317 Français (métropolitains).

Introduction

La crise du COVID-19 et surtout les mesures déployées pour lutter contre la propagation de l'épidémie ont mis à rude épreuve le monde éducatif et plus globalement l'organisation entre l'école et la famille au printemps 2020. Le confinement a entraîné le développement du travail scolaire à distance. L'école à la maison s'est développée en parallèle de l'apprivoisement des Technologies Numériques (TN) qui a permis, dans une certaine mesure, la « continuité pédagogique » et le maintien des liens entre les familles et les enseignants.
L'objectif de cette note est de révéler la perception des familles, des élèves et des enseignants pour apporter des éléments de réponse sur la place et les apports du numérique comme appui au maintien des activités pédagogiques et éducatives pendant la période de confinement du printemps 2020. Elle fait suite aux différents « workpapers » qui concerne l'analyse de la vie quotidienne des Français et des Bretons pendant le confinement ainsi que des focales sur le télétravail en France et en Bretagne publiées sur le site Marsouin.

1 • Les familles

Nos données CAPUNI Crise indiquent que 40 % des parents, qui se disent très impliqués avec leurs enfants pendant l'épisode école à la maison du confinement, estiment savoir réaliser aujourd'hui beaucoup plus de choses avec le numérique. Elles indiquent aussi que 17 % des parents concernés par l'école à la maison ont rencontré des difficultés, dont 9 % liées à l'usage des technologies et 11% liées au suivi scolaire. Dans les familles, tous nos répondants ou presque pointent l'absence d'un ou plusieurs enseignants avec, comme en écho, beaucoup d'enseignants qui stigmatisent la distance des familles vis-à-vis de l'école (Fiévez, 2017).

Qui accompagne les enfants dans leur scolarité ?

Source : CAPUNI Crise 2020

Commençons par un panorama de la parentalité scolaire.
• Sexe : Les hommes, quand ils sont impliqués, le sont plus souvent comme référent secondaire (40% Oui, mais pas référent principal | 31% Oui, très impliqué)
• Tranche d'âge : Les 18-29 ans (59% non) et 60-74 ans (58% non) sont plus rarement impliqués, à l'inverse des 30-44 ans (20% non) qui sont dans la moyenne d'âge des parents d'élèves.
• ZRI : Les personnes de Zone Rurale Isolée se sont plus souvent déclarées “Très impliqué” : 53% (Total : 40 %). L'hypothèse d'un renforcement de la vigilance des parents de ZRI dû aux caractéristiques éducatives sur leurs territoires reste à creuser dans la continuité de l'ANR INEDUC qui démontre que si les territoires sont importants pour lutter contre les inégalités par la mise à disposition des ressources éducatives, les capitaux économiques, sociaux et culturels des familles sont déterminants dans l'appropriation de ces ressources territoriales par les adolescents (Danic et all, 2021)
• Niveau d'études : Les personnes ayant un CAP/BEP, quand elles sont impliquées, le sont moins souvent comme référent principal (44% Oui, mais pas référent principal | 25% Oui, très impliqué)
• CSP : Les personnes sans activités professionnelles ont plus forte tendance à ne pas s'impliquer dans l'accompagnement scolaire (54% Non) tandis que les professions intermédiaires, quand elles sont impliquées, le sont plus souvent en tant que référent principal (52% Oui, très impliqué). Et les ouvriers à l'inverse, sont, quand ils sont impliqués, plutôt référents secondaire (43% Oui, mais pas référent principal)
• Perception du niveau de vie : Les personnes déclarant trouver leur vie difficile se déclarent moins souvent “Très impliqué” dans l'accompagnement scolaire (24%)
• S'est amélioré avec le numérique depuis le confinement : Les personnes déclarant s'être améliorées avec le numérique durant le confinement étaient plus impliquées dans l'accompagnement scolaire (Non 19% | Oui, très impliqué 50%)
• Composition du foyer en termes d'adultes et mineurs : Les personnes seules avec des mineurs ont plus forte tendance à ne pas être impliquées dans l'accompagnement (Non 42%) [1].
• Présence d'enfants de la maternelle au collège : Lorsqu'il n'y a pas d'enfants de la maternelle au collège dans le foyer (autrement dit lorsqu'il y a uniquement des lycéens), les répondants ont tendance à ne pas être impliqués dans l'accompagnement scolaire (Non : 46%)
• Présence d'enfants en primaire uniquement : Lorsqu'il y a un ou des enfants au primaire (et uniquement au primaire) dans le foyer, les répondants ont tendance à être plutôt très impliqués dans l'accompagnement (54% Oui, très impliqués)

Le degré d'équipement des foyers avec des enfants scolarisés

Dans le baromètre du numérique 2019 du CREDOC, plusieurs éléments sont à noter pour avoir une idée de la situation avant le confinement :
• 86 % des Français ont accès à internet à domicile (Capuni : 91 %)
• 77 % des Français possèdent au moins un ordinateur et 25 % plusieurs. Ces courbes d'équipements baissent depuis 2012 et, en 2019, le smartphone devient le premier mode d'accès à internet.
• 42 % des Français possèdent au moins une tablette.
Depuis le plan informatique pour tous de 1986, l'argument de la réussite scolaire est un puissant levier marketing pour la vente de biens et de services technologiques, ce que démontre une nouvelle fois nos données CAPUNI Crise.

Source : CAPUNI Crise 2020
Lecture : 9% des foyers avec enfants scolarisés n'ont pas d'ordinateur et plus de la moitié en possède 2 ou plus (54%).

• 91 % des familles possèdent au moins un ordinateur (Credoc : - 5 pts)
• 60 % des familles possèdent au moins une tablette (Credoc : - 18 pts)
• 80 % des familles possèdent au moins une imprimante / scanner
• 95 des familles possèdent au moins un smartphone avec accès internet (Credoc : - 18 pts)
Ce qui donne, en négatif, 9 % des familles sans ordinateur, 40% sans tablette, 20% sans imprimante-scanner et 5% sans smartphone avec accès internet.

Les écarts très nets entre les deux enquêtes ne peuvent s'expliquer par différences méthodologiques ou des achats massifs entre juin 2019 (CREDOC) et avril 2020 (CAPUNI crise) mais bien par le suréquipement des familles avec des enfants scolarisés par rapport à la moyenne nationale. Si le confinement a pu révéler des inégalités entre les familles, il a aussi montré que la notion de fracture numérique est caricaturale et idéologique. Personne n'est véritablement in ou out vis-à-vis du numérique. Résumer le décrochage des élèves de milieu populaire au manque d'équipement numérique, c'est faire fi des autres problématiques (économique, sociale, culturelle, etc.) qui touchent ces populations et qui expliquent en grande partie leur éloignement de l'institution scolaire. Ce qu'a mis en avant de manière plus surprenante la crise, ce sont les fragilités numériques de tous les autres. L'envahissement du numérique via l'école à la maison et le télétravail a mis en difficulté nombre de familles traditionnelles, recomposées, monoparentales, des personnes modestes comme des « cadres sup » ayant fait de bonnes études. Par exemple, de nombreux citadins partis se confiner dans leur maison de campagne se sont vite aperçus qu'ils ne disposaient pas d'assez de réseau.

Normes d'usages du numérique VS normes scolaires

En référence à Michel De Certeau (1980), nous définissons les « usages » comme des normes sociales d'usages afin de pouvoir analyser à partir des données de CAPUNI Crise la continuité entre les pratiques sociales, culturelles ou scolaires et les pratiques numériques (Plantard, 2016). Nous avons constaté une potentielle dépendance entre le niveau d'études des parents et le type de difficultés rencontrées lors du confinement, soit vis-à-vis de la dimension proprement technologique du suivi ou de la dimension scolaire. C'est ce que l'on retrouve dans le graphe suivant.

Lecture : Difficultés technologiques : (-) Bac +3/+4 : 1% | (+) CAP BEP : 16% // Difficultés liées au suivi scolaire : (-) Bac +5 et plus : 4% | (+) Sans diplôme : 38%

On constate donc une nette prévalence du rapport des parents à l'école dans les difficultés évoquées. Là où les « sans diplôme » sont 14 % à avoir des difficultés avec la technologie, ils sont 38 % à déclarer avoir eu des difficultés avec le suivi scolaire (VS Bac +5 et plus : 4%). Ce qui confirmerait que l'apprentissage expérientiel des pratiques numériques est moins discriminant que le vécu scolaire des parents peu ou pas diplômés. Ce qui rejoint les travaux constatant le poids des déterminants sociaux et académiques sur l'accompagnement des élèves en situation de confinement (Sanrey & all, 2020).
En compressant les données relatives aux niveaux d'études des parents, l'effet est encore bien visible.

Le bricolage (Levi-Strauss, 1962) numérique a néanmoins ses limites dans le sentiment d'auto-efficacité. En effet, si 31 % des répondants considèrent savoir faire plus de choses avec le numérique depuis le confinement, ils sont 57 % chez les Bac +3/+4 et seulement 15 % chez les niveaux Bac et inférieur.

La communication entre les familles et les enseignants

C'est probablement là un des effets majeurs de la pandémie de 2020 que d'avoir augmenté la fréquence des échanges autour de la scolarité avec des différences notables entre le 1er et le 2nd degrés ainsi que dans les classes « pivot » que sont la grande section de maternelle, le CM2, la 3ème et la Terminale.

Pour les familles ayant des enfants scolarisés dans le 1er degré, les échanges avec les enseignants ont littéralement explosé pendant le confinement avec 65 % d'échanges habituels et 30 % d'échanges ponctuels soit 95 % sur un échantillon représentatif de la population française. Lorsqu'on interroge cet échantillon sur la situation avant le confinement, 78 % répondent que ces échanges n'existaient pas. Serait-ce le signe d'un nouveau dialogue entre les enseignants et les familles ? La différence est moins nette en ce qui concerne les échanges entre parents (38 % Vs 59 %) qui se sont peu développés et qui sont très discriminés socialement comme avait pu le démontrer, entre autres travaux, l'ANR INEDUC (Danic et al., 2021). Pour le suivi de l'orientation, l'évolution est aussi moins nette (33 % Vs 24%) et l'on peut évoquer au moins deux raisons à cela. L'impératif de la « continuité pédagogique » a reculé dans le temps et dans le rang des priorités ; les questions d'orientation dans le 1er degré et les effets de palier d'orientation sont moins forts dans le 1er que dans le 2nd degré.

Pour le 2nd degré, les échanges avec les enseignants sont très proches de ceux du 1er degré avec 63 % d'échanges habituels et 31 % d'échanges ponctuels soit 94 %. C'est la situation de départ qui était différente puisque qu'avant le confinement, 55 % de ceux qui ont échangés pendant le confinement (1er degré : 78 %) répondent que ces échanges n'existaient pas. Il s'agit plus d'un développement que d'une explosion. Rappelons aussi que les « Environnement Numérique de Travail » (ENT) permettant une communication institutionnelle ne sont pas encore tous déployés dans le 1er degré et, en conséquence, les enseignants du 1er degré en avaient moins l'expérience. Les échanges entre parents sont encore moins développés (2nd : 26 % Vs 55 % ; 1er : 38 % Vs 59 %) ce qui peut s'expliquer par une socialisation parentale plus forte autour de l'école quand les enfants sont petits. Par ailleurs, le suivi de l'orientation a été plus fort pendant le confinement (2nd : 58 % Vs 53 % ; 1er : 33 % Vs 24%), essentiellement autour des paliers d'orientation de la troisième et de la terminale.

Quid de l'école à la maison pour les enseignants et les personnels de santé ?

Dans notre échantillon, 14 % des parents sont enseignants et 12 % soignants. Sur d'aussi faibles effectifs, on ne peut avoir de résultats véritablement significatifs statistiquement mais on peut noter des tendances à approfondir dans des recherches ultérieures :
• Seul 1% des parents enseignants ont déclaré avoir des enfants ayant des difficultés liées au suivi scolaire contre 11% sur l'ensemble des personnes interrogées.
• Ils semblent aussi être plus souvent très impliqués dans l'accompagnement (60% contre 48%).
• À l'inverse des parents dans l'enseignement, les parents travaillant dans le domaine de la santé déclarent plus souvent que leurs enfants ont rencontré des difficultés liées au suivi scolaire (24% contre 11%).
• Il est important de noter que si l'on regarde les professions dans le détail, mis à part un cadre de santé, le reste des répondants ont l'un des métiers suivants : infirmier, aide-soignant, secrétaire médicale. La période, particulière pour ces professions au « front » du Covid, pourrait expliquer ces difficultés sur le suivi mais cela peut également être lié aux modalités particulières d'accueil par l'éducation nationale des enfants de soignants ou par le rapport à l'école de ces familles.

2 • Les enseignants

Notre point d'entrée vis-à-vis des pratiques numériques des enseignants est l'enquête en ligne EFRAN-IDÉE [2] effectuée en décembre 2019 sur un effectif 936 enseignants du 2nd degré en Bretagne. L'échantillon est déclaratif et n'est donc pas représentatif de la population enseignante mais suffisamment proche des moyennes pour faire des projections. Sur l'ensemble des données encore à travailler, nous retiendrons le tableau suivant :

En assemblant différentes catégories, on arrive au constat global suivant :

• 1/4 des enseignants étaient acculturés aux technologies numériques (Ex : 25 % « Tous les jours ou presque » : ligne 6)
• 1/2 des enseignants avaient des usages simples (Ex : 51 % « Tous les jours ou presque » : ligne 2)
• 1/4 des enseignants n'avaient pas ou peu d'usages (Ex : 22,5 % « jamais ou rarement » : moyennes des lignes 1 à 6)
Les résultats sont similaires au niveau du type d'établissement (collège, LP, LEGT).
A partir de ce constat de départ, nous avons relancé une enquête en ligne [3] comparable à celle de décembre 2019 mais adaptée au contexte de « l'école à la maison ». Elle s'est déployée, dans le cadre de activités Marsouin, en parallèle de CAPUNI Crise sur un effectif de 525 enseignants du 2nd degré en Bretagne au printemps 2020.
Si la comparaison « toutes choses égales par ailleurs » est impossible statistiquement, elle nous donne des indications de tendances intéressantes pour poursuivre les recherches. Nous avons réduit le tableau « modalités pédagogiques » à 3 entrées (sur 15 initiales) pour le tableau suivant :

Q26 - Modalités pédagogiques

Cette enquête nous indique que le confinement aurait poussé les enseignants des 50 % médian vers des usages plus importants dans la mise à disposition de ressources pédagogiques, de scénarisation de cours et d'enseignement à distance.
Les données qualitatives du volet 1 [4] du projet eFRAN-IDÉE permettent d'identifier six facteurs déterminants de l'engagement des enseignants dans la continuité pédagogique :

• La peur de perdre le contact avec les élèves et les familles les plus fragiles, ce qui renvoie, historiquement, au fondement de la pédagogie [5].
• L'ouverture aux propositions des élèves.
• L'effet prescriptif des enseignants sur les environnements numériques éducatifs utilisés par les familles qui représente probablement un nouvel espace de liberté pédagogique.
• Le rôle des chefs d'établissement : le chef d'orchestre chargé du pilotage, de la dynamique et de l'organisation de l'enseignement hybride ou à distance.
• La distance réflexive des enseignants par rapport aux injonctions paradoxales produites par les discours politiques et médiatiques vis-à-vis des réalités de terrain (Perret et Plantard, 2020).
• Les cultures numériques des enseignants où la formation entre pairs et/ou avec l'entourage personnel devient fondamentale [6].

La situation du quart dans lequel on trouve les enseignants décrocheurs de la continuité pédagogique est préoccupante. S'il y a des situations critiques de santé, de technophobie ou de burn out, il y a aussi des enseignants minés par des conflits de légitimité entre la forme scolaire classique à laquelle ils sont arrimés et cette évolution rapide, pendant le confinement, s'appuyant sur les technologies numériques qui passent de l'illusion du contrôle, dans l'enseignement présentiel classique au devoir d'accompagnement dans l'enseignement hybride ou à distance (Peraya, D. 2020).

3 • Les élèves

En 2018-2019, dans le projet eFRAN-IDÉE, l'équipe d'économistes du CREM [7] a mené une expérience « contrôlée » à base de jeux en classe sur tablette pour observer et révéler les préférences individuelles et sociales autour des thèmes de la coopération, l'altruisme et du goût pour la compétition avec 432 collégiens. Dans ce protocole d'économie expérimentale, l'égoïsme et la compétition semblent beaucoup plus rentables scolairement que l'altruisme et la coopération ce qui questionne les valeurs promues par l'école. La première campagne d'enquête du projet eFRAN-IDÉE menée par les sociologues [8] du CREAD sur 1685 élèves de 5ème de collège et leur famille en 2017-2018 donne des indications précieuses sur le travail scolaire hors temps d'école qui permet d'éclairer certains aspects du confinement. On constate que les très bons élèves ont tendance à travailler moins leurs devoirs à la maison que les autres dans les trois disciplines étudiées (mathématiques, histoire-géographie, anglais) alors que les bulletins scolaires des élèves les plus faibles sont remplis de critiques sur leur manque de travail et d'injonction à se mettre au travail. Dans la même enquête, on constate aussi que ce sont les élèves les plus faibles qui mettent le plus de temps à rechercher des ressources sur internet pendant leurs devoirs à la maison. Avant le confinement, les difficultés scolaires n'étaient donc pas réductibles à un manque de travail ou d'investissement chez les élèves les plus fragiles mais de dispositions à apprendre dans la forme scolaire actuelle qui, là aussi, questionnent les objectifs de l'école.

La parole des élèves, qu'on a très peu entendus tant qu'ils étaient enfermés chez eux, se libère. Ce qu'ils ont vu d'hésitations ou d'insuffisances dans les établissements peut nourrir une mise en cause qu'ils verbalisent souvent sans filtre. Eux aussi ont entendu dire autour d'eux que « tout se passait au mieux », que l'enseignement était assuré « presque comme d'habitude », que le CNED [9] les aiderait. Ce discours volontariste, déconnecté de leurs difficultés quotidiennes, a pu être très mal vécu. Nous aimerions aujourd'hui faire entendre la parole de ces lycéens pendant le premier confinement du printemps 2020, pour ce faire nous avons mis en place en février 2021 un questionnaire ouvert et en ligne avec de larges plages qualitatives destinées aux étudiants de 1ère année de licence de Rennes qui étaient lycéens l'an passé. Voilà quelques verbatims qui semblent indiquer les signes d'une auto-organisation coopérative :

« Nous avions un camarade qui a créé un serveur discord pour tous les élèves et les professeurs, il était très bien organisé et tenu c'était très pratique. Puis les professeurs ont voulu changer de plateforme ce qui a été plus complexe. Mais nous communiquions toujours sur ce serveur entre nous. (Bac S, Carentan les Marais) »

Ce que confirme cet enseignant de Lycée lors d'atelier de recherche coopérative organisé dans le cadre du Forum Recherche et Éducation du 2 février 2021, mais pas pour toutes les classes :

« J'ai créé tout de suite dès le premier jour du confinement un groupe messenger et ça a extrêmement bien marché parce qu'ils étaient concernés par leur scolarité. Ça a nettement moins bien marché avec des Secondes... C'est beaucoup beaucoup plus difficile avec des élèves par exemple de Seconde, qui ont vu dès le début l'occasion évidemment de perdre le fil et de ne pas travailler, enfin de moins travailler. Donc avec les Secondes, ça a été un autre outil, ça a été plutôt l'outil officiel. Malheureusement l'outil officiel a eu très très vite ses limites et ça a été un vrai problème. Donc autant messenger finalement en tant que réseau social a très très bien fonctionné, autant l'outil officiel moi je suis très très dubitatif sur ça . Parce que les familles ne jouent pas le jeu non plus. »

On peut émettre l'hypothèse que les élèves de Terminale ont des échéances mais sont globalement dans un état de maturité plus important que les collégiens, les secondes et les premières. On constate aussi une perméabilité très importante entre les pratiques numériques ordinaires et les pratiques numériques scolaires des élèves (Cottier & Burban, 2016).
Les Lycéens pointent aussi une diversité dans la communication avec les enseignants :
« Pour certains, il y avait une meilleure communication mais pour d'autre on avait du mal à les contacter et j'ai eu certains cours que je n'avais plus à partir du confinement, mes camarades et moi-même n'avons eu aucun devoir, ni polycopié de leur part (Bac professionnel service à la personne, Bain-de-Bretagne). »

Ou témoigne d'une profonde détresse :
« […] être enfermé, ne pas avoir pu passer le bac, ne pas sentir le mériter, de se battre pour avoir son bac, ne pas avoir eu le bal de fin d'année, ne pas avoir pu finir le lycée comme tout le monde, être dans le déni tout le temps, ne plus pouvoir sortir, ne plus voir ses amis, avoir l'impression d'être privé de sa jeunesse (Bac ES, Dol-de-Bretagne) »

Conclusion
Dès le début du confinement, la recherche française [10] a saisi le sujet de l'École à la maison. Les enquêtes sont en cours d'analyses et le travail conceptuel est à approfondir car il règne une confusion sémantique autour des notions d'école à la maison, de continuité pédagogique (Cerisier, 2020), d'enseignement hybride, en ligne ou à̀ distance (Frau-Meigs, 2020). Au niveau international [11], on voit se dessiner deux tendances, la première qui interroge les aléas institutionnels de la massification de l'enseignement à distance et l'autre qui identifie assez clairement l'augmentation des inégalités éducatives sur des bases territoriales, culturelles ou économiques. Le confinement a placé les enseignants, les élèves et les familles dans des conditions inédites et difficiles. L'Éducation nationale, en tant qu'institution, n'était pas du tout préparée à ce fait social total numérique qu'a été le confinement. Depuis quarante ans, malgré la succession des plans, le numérique s'articule encore mal avec l'univers scolaire (Amadieu et Tricot, 2014). Au-delà des difficultés matérielles, des difficultés de connexion, ce sont surtout des difficultés de pratique du numérique pédagogique qui ont été dévoilées par le confinement articulées avec des expériences préalables et des capitaux culturels numériques très inégaux chez les enseignants mais aussi chez les élèves envahis par l'économie de l‘attention et les sollicitations des réseaux sociaux, des jeux vidéo et des plate-forme de VOD [12] ainsi que dans les familles aux prises avec le dessaisissement parental vis-à-vis du numérique. Si on prend très au sérieux le concept de Fait Social Total Numérique, il est probable que la sortie de la crise éducative que nous traversons se situe plus autour des processus coopératifs de médiation, d'accompagnement et de formation que du côté des solutions technologiques proposées par les EdTech et les GAFAM. A travers l'analyse des pratiques numériques éducatives, c'est aussi la communication transgénérationnelle qui est en jeu car on ne peut imaginer priver plus longtemps la jeunesse de sa jeunesse.

Bibliographie
Amadieu, F., & Tricot, A. (2014). Apprendre avec le numérique. Mythes et réalité. Retz Eds.
Cerisier, J-F. (2020). Covid-19 : heurs et malheurs de la continuité pédagogique à la française. The Conversation, 17 mars 2020.
Cottier, P. & Burban, F. (2016). Le Lycée en régime numérique – Usages et recomposition des acteurs. Octares.
Danic I., Hardouin M., Keerle R., Plantard P. et David O. [dir.] (2021), Adolescentes et adolescents des villes et des champs : la construction spatiale des inégalités éducatives, Rennes, PUR
De Certeau, M. (1990). L'invention du quotidien, T.1, Arts de faire. Gallimard. (Édition originale, 1980)
Fiévez, A. (2017). L'intégration des TIC en contexte éducatif : Modèles, réalités et enjeux
. Presses de l'université du Québec.
Frau-Meigs, D. (2020). Pédagogie à distance : les enseignements du e-confinement. The Conversation, 3 mai 2020.
Jouët, J. (2000). Retour critique sur la sociologie des usages. Réseaux. Communication - Technologie - Société, 18(100). 487-521 ; https://doi.org/10.3406/reso.2000.2235
Lapassade, G. (2016). Observation participante. Dans Jacqueline Barus-Michel (dir.) Vocabulaire de psychosociologie : Références et positions (p. 392-407). ERES. https://doi.org/10.3917/eres.barus.2016.01.0392
Levi-Strauss, C. (1990). La pensée sauvage. Paris : Plon. (Édition originale, 1962)
Peraya, D. (2020). Conférence de conclusion des états généraux du numérique pour l'éducation en Bretagne, 15 octobre
Perret, D. & Plantard, P. (2020). Pratiques numériques des enseignants en Bretagne pendant le confinement. Analyse anthropologique des premières données qualitatives et quantitatives. Formation et profession, 28(4 hors-série), 1-12.
Plantard, P. (2016). Temps numériques et contretemps pédagogiques en collège connecté. Distances et médiations des savoirs, 16 https://doi.org/10.4000/dms.1660
Sanrey, C., Stanczak, A., Goudeau, S. & Darnon, C. (2020). Confinement et école à la maison : l'illusion de la solution numérique. Psychologie & Éducation, AFPEN, 2020. hal-02978531

Encadré sur l'enquête CAPUNI Crise

L'enquête CAPUNI Crise a été réalisée par le Groupement d'Intérêt Scientifique Marsouin. Soutenue par la Région Bretagne et l'Agence Nationale de la Cohésion des Territoires, « CAPUNI crise » a permis d'interroger par téléphone un échantillon représentatif de la population nationale (2 317 individus). La représentativité est assurée par la méthode des quotas sur les critères d'âge, de sexe, de catégorie socioprofessionnelle, de taille d'unité urbaine de résidence et de département. CAPUNI crise a pour but d'objectiver les évolutions des pratiques numériques pendant le confinement. Nous avons effectué la collecte au téléphone à partir d'un questionnaire pour éviter le biais de la collecte en ligne.
L'enquête a porté sur les équipements et usages numériques avant et pendant le confinement, ainsi que sur l'école à la maison et le télétravail.
Pour plus d'informations, https://www.marsouin.org/article1214.html.
Le Groupement d'Intérêt Scientifique Marsouin a été créé en 2002 à l'initiative du Conseil Régional de Bretagne. Il rassemble les équipes de recherche en sciences humaines et sociales des quatre universités bretonnes et de trois grandes écoles, soit 18 laboratoires, qui travaillent sur les usages et transformations numériques.


[1] Nous indiquons ici une tendance car le % est non significatif statistiquement (effectif trop petit de 41 foyers).

[2] Remerciements à Agnès Leprince pour la mise en forme des données statistiques.

[3] Un autre biais est identifiable dans notre méthodologie d'enquête volontaire en ligne, la culpabilité de déclarer ses difficultés en ligne que nous connaissons bien avec nos enquêtes antérieures sur le non-usage. Nous continuerons les travaux avec des observations et des entretiens qualitatifs d'enseignants non-usagers des technologies numériques.

[4] Voir thèse en cours : Dynamiques collectives et parcours individuels dans l'appropriation des instruments numériques par les enseignants du second degré par Didier Perret, CREAD-Marsouin, Université Rennes 2

[5] On doit noter une forte convergence des études francophones de 2020 sur ce point : IFÉ, Pascale Haag, Pierre-Olivier Wiess, Thierry Karsenti et Simon Parent …

[6] Ex : Les Coopératives Pédagogiques Numériques (Inter@ctik, Bretagne) et “la maîtresse part en live” sur YouTube (Marie-Solène Letoqueux, Fougère, 35)

[7] Voir Thèse en cours : Le numérique est-il vraiment un facteur de réduction de l'inégalité scolaire ? par Étienne Dagorn, CREM-Marsouin, Université de Rennes 1

[8] Agnès Leprince, Laurent Mell et Lila Le Trividic.

[9] Centre national d'enseignement à distance

[12] Vidéo à la demande.


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Préoccupante depuis un certain nombre d'années, la souffrance étudiante est actuellement sous les feux de l'actualité, la crise sanitaire accentuant l'isolement des jeunes et les problèmes de précarité mis à jour depuis l'immolation par le feu d'un étudiant à Lyon, en novembre 2009.

Y a-t-il des éléments qui contribuent au mal-être de la jeunesse, et qui sont spécifiques à l'Hexagone ?

Dans le modèle français valorisé du devenir adulte, on considère que l'indépendance économique de l'étudiant ne devrait pas relever de la responsabilité de la famille. Mais les aides de l'État envers les étudiants ne leur permettent pas de les prendre complètement en charge si les familles ne sont pas au rendez-vous.

Dans les pays nordiques, l'État finance l'autonomie des étudiants et dans des pays comme l'Espagne le modèle familialiste prédomine.

La pression du logement

Pendant la période de la jeunesse, en France, il est admis que, pour s'autonomiser, deux conditions doivent être réunies : la séparation physique de la famille et la vie en solo, au moins, pendant une période. Nous estimons à près de 40 % le nombre des étudiants qui habitent seuls (dans leur logement, en résidence universitaire ou dans un logement de la famille).

La construction des logements des étudiants du CROUS (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) a été pensée, depuis les années 1960, en adéquation avec ce modèle et la majorité des logements (plus de 90 %) sont de petites surfaces conçues pour des étudiants en solo, principalement des chambres individuelles. Le parc privé suit la même tendance.

En temps de pandémie, où apparaît plus que jamais l'importance de l'autre et du lien social dans la vie, la crise met en lumière les limites de ce modèle d'autonomisation de soi qui établit un lien entre bonheur individuel et vie en solo. Or nous assistons à une vie en solo H24.

Dans d'autres pays, par exemple en Espagne, il n'y a pas un lien établi et socialement valorisé entre devenir adulte et vivre seul, être seul physiquement – ni pendant l'enfance, ni pendant la jeunesse, ni au moment de la maladie ou du vieillissement.

Les étudiants choisissent les résidences étudiantes où les repas ont lieu collectivement, ou les appartements en colocation, sur le mode de l'auberge espagnole – n France, cela ne concerne que 11 % des étudiants, selon l'enquête OVE 2016. Ceci a comme conséquence qu'en temps de pandémie, bien qu'affrontant aussi les difficultés de l'enseignement à distance, les jeunes se sentent moins seuls.

Conditions d'études plus complexes

Un deuxième aspect central de la vie étudiante est la pression que subissent les étudiants, compte tenu de la valeur accordée au diplôme, garant et déterminant de la position que les jeunes occuperont dans leur vie professionnelle future, comme l'a montré Cécile Van de Velde dans son ouvrage Devenir adulte, ce qui ajoute une couche de stress à cette période de la vie où il faut subir pour grandir. Et la question se pose aujourd'hui de la valeur des diplômes de la génération Covid.

La France accueille de nombreux étudiants étrangers. Ceci est possible pour certains, compte tenu des tarifs d'inscription dans les universités, du prix des résidences du CROUS et de leur job étudiant. La plupart d'entre eux ont perdu ce travail, ils se retrouvent dans des chambres et des résidences pas toujours agréables.

À ceci s'ajoute qu'ils n'ont pas toujours le matériel informatique adéquat et se trouvent contraints de continuer l'année universitaire avec pour seul outil leur téléphone portable, comme nous l'avons observé dans notre université avant le prêt d'ordinateurs. Les données nationales sont inexistantes à ce jour.

S'y ajoutent d'autres problématiques plus globales de la jeunesse : trouver sa voie. C'est une période où de nombreux jeunes s'interrogent sur le choix de leurs études, leur avenir et où ils découvrent que finalement ils voudraient changer. D'où la création de nombreuses possibilités de bifurcation, par exemple à la fin du premier semestre et tout au long de certains parcours universitaires.

Le distanciel ajoute une difficulté supplémentaire pour échanger et rencontrer les interlocuteurs chargés de la réorientation. Puis, il y a la peur et l'insécurité pour affronter le marché du travail, après des années à entendre recommander l'importance des stages et à faire des projets tout en en stand-by.

Injonction à l'autonomie

L'injonction à l'autonomie est très importante au sein de la jeunesse. Certains ressentent aujourd'hui un sentiment d'échec, étant donné qu'ils ont préféré, ou ont été contraints, de retourner chez leurs parents, privés d'une autonomie censée s'apprendre progressivement, comme nous l'avons observé dans les entretiens auprès d'étudiants retournés chez leurs parents pendant le premier et le deuxième confinement.

Leur image d'eux-mêmes se détériore à l'idée de ne pas voir le moyen, ni le moment de s'éloigner de la famille. Sans compter que le départ pour les études avait permis à certain·e·s de quitter des environnements toxiques. Ces jeunes ne trouvent pas toujours dans le distanciel la force de volonté nécessaire pour s'organiser, pour préparer des travaux à présenter parfois six semaines plus tard, des textes à lire, etc.

Pour les autres, restés dans leur chambre ou dans leur studio, l'échec est celui de voir qu'ils vivent mal, que la vie en solo mais sans lien avec les autres, à la fac ou dans les soirées, est dure, voire déprimante. Même les étudiants en master trouvent ceci difficile. Leurs seules sorties se limitent à faire les courses ; ils n'ont pas la force de volonté de s'habiller pour les cours par visio et ils éprouvent le sentiment d'être les seuls confinés avec les personnes âgées.

La société continue à fonctionner et eux sont mis à l'écart. Le poids de la solitude s'accentue lorsqu'il y a un cumul des difficultés, notamment financières. Avant la pandémie, les jeunes avaient des stratégies pour y remédier, parmi lesquelles la fréquentation des amis était centrale. Aujourd'hui, elles ne peuvent plus être déployées comme le témoignent les étudiants interviewés.

Le jeune doit apprendre à être seul avec lui-même et à se sentir bien : il serait ainsi mieux armé pour affronter le monde des adultes et la société dans laquelle il vit. La souffrance pendant la jeunesse est souvent associée à la trop forte dépendance familiale, conjugale, professionnelle, et le bonheur à la liberté.

La crise montre que le modèle français du logement étudiant de taille réduite pour des étudiants seuls comme symbole de l'autonomie acquise pendant la jeunesse doit être repensé. Nous assistons à l'expérimentation réelle et collective de la limite de la vie en solo pendant la jeunesse en temps de pandémie.

The Conversation

Sandra Gaviria ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.


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Après plusieurs mois de continuité pédagogique à distance liée à la pandémie de la Covid19, le Living Lab Sofa du Cnam a interrogé les alternants pour savoir comment ils allaient : comment vivent-ils leur formation ? Dans quelles conditions étudient-ils ? Souhaitent-ils revenir en cours et sous quelle modalité ?

Un questionnaire a été envoyé à 1700 alternants du Cnam des Pays de la Loire. Le premier constat, montre qu'ils ressentaient le besoin de s'exprimer.
Beaucoup d'élèves (700) ont répondu à l'enquête, ce qui constitue en soi un résultat : il est rare d'avoir un tel taux de retour (43%).

Que disent-ils ?

2/3 des alternants vivent la situation relativement bien tandis que 1/3 se déclarent en difficulté en formation

31% des élèves disent vivre difficilement ou très difficilement cette continuité pédagogique à distance. Le Living Lab Sofa leur a demandé de se positionner sur une échelle de 1 à 10, 1 correspondant à un vécu « très difficile », 10 à un vécu « très facile ». Près de la moitié des répondants a coché un indicateur inférieur à 5, un tiers inférieur à 4.

Parmi les difficultés énoncées, le « manque de concentration » ou de « motivation » revient très souvent comme source potentielle de « décrochage ». Viennent ensuite des expressions autour du manque de lien social : « se sentir seul », « le manque d'échanges, de contacts, de sentiment d'appartenance à une promotion… ». Parmi les arguments pédagogiques avancés, on retrouve la longue durée des journées de 7 heures, le manque de pédagogie de certains enseignants ou la difficulté de certains cours, parfois les travaux en sous-groupe, jugés « fatigants »… Et encore quelques mentions techniques (BBB)…

Les arguments en faveur du distantiel sont aussi désormais bien identifiés, avec par ordre de priorité : moins de trajet, de déplacement entrainant moins de fatigue et des économies, ne pas devoir porter le masque en permanence, et bien sûr ne pas s'exposer au virus…

Des conditions matérielles d'études chez soi plutôt correctes
C'est la bonne nouvelle de cette enquête ! Les répondant disposent plutôt de bonnes conditions matérielles d'études.

Un bon accompagnement du Cnam pour les 2/3 des enquêtés
Davantage que la question matérielle, c'est celle de l'accompagnement qui ressort des verbatim. Même s'ils appartiennent à différents groupes d'apprenants (via Facebook, WhatsApp ou Discord), ils sont un certain nombre à ressentir le besoin de plus de liens avec les équipes pédagogiques. 'accompagnement du Cnam est globalement jugé positif dans les mêmes proportions : pour 66% il est satisfaisant, pour 34% insuffisants.

Les enquêtés insatisfaits attendent davantage de contacts (individuels ou collectifs) avec leurs enseignants ou leurs responsables pédagogiques.

Des attentes de retours en présentiel très contrastées
Les élèves ne partagent pas tous le même avis sur le retour en présentiel, loin de là ! Certains le demande avec insistance, quand d'autres ne veulent pas en entendre parler…
En conséquence, la modalité la plus prisée est celle d'un retour ponctuel en petit groupe, pour se retrouver entre élèves. Les autres propositions font l'objet d'avis plus tranchés.

Un positionnement compliqué, donc, pour les organismes de formation, puisque dès lors que certains apprenants expriment leur volonté de revenir en présentiel et d'autres non, il devient difficile d'organiser les cours ! Surtout dans un environnement sanitaire qui demeure incertain. La plupart des élèves ont d'ailleurs bien conscience de ces contraintes, l'un d'eux écrit : « je sais que c'est compliqué pour tout le monde. Le CNAM n'est pas responsable de tout ça. Restons soudés ».

Davantage de résultats de l'enquête ici.


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La salle de cours telle qu'on la connaissait n'existe plus. Julia M Cameron/Pexels, CC BY

Quel enseignant n'a-t-il jamais été confronté au bruit d'un marteau-piqueur pendant son cours ? L'effet est en général le même : on s'agace et on peste, on cherche l'origine du parasite, on peut agir dessus (ou pas…).

Mais, en temps normal, tout finit par rentrer dans l'ordre, et on peut reprendre le cours de son activité pédagogique comme si de rien n'était.

La pandémie, c'est un marteau-piqueur qui s'impose, qui rentre par la fenêtre quand on veut fermer la porte, et qui petit à petit, envahit l'espace et les esprits, devient le centre de préoccupation de tous, pour finir par déstabiliser durablement les dispositifs d'enseignement traditionnels.

Redéfinition de la classe

Avant la pandémie, pour beaucoup, une classe c'était avant tout un espace clos dans lequel étaient rassemblés selon des dispositions spatiales spécifiques l'enseignant et la totalité des enseignés, dans le même temps, tous concentrés (plus ou moins), avec une finalité commune.

Des éléments parasites pouvaient apparaître : externes (le marteau-piqueur, la neige qui se met à tomber à gros flocons, des cris dans le couloir…) ou internes (le vidéo-projecteur qui tombe en panne, les chuchotements entre élèves…). Leur apparition, généralement soudaine, et leur durée, plus ou moins brève, vient rappeler que les éléments habituels du contexte sont en général contrôlés, maîtrisés, intégrés par l'ensemble des participants (enseignants et enseignés).

Mais, l'enseignant, fort de son statut, finissait vite par recentrer l'attention du groupe et reprendre son rôle traditionnel, de celui qui « sait », habituellement, et qui maîtrise l'ensemble des paramètres du contexte didactique :

  • sa séance du moment,

  • la séquence pédagogique dans laquelle celle-ci s'inscrit,

  • plus globalement, le cursus dans son ensemble, cursus temporellement marqué avec un début et une fin, construit selon une progression spécifique avec des évaluations formatives et sommatives.

Ce schéma pédagogique traditionnel était intégré par tous : enseignants, encadrants, enseignés, familles, institutions. La pandémie le bouscule très profondément, et les paramètres de base de la classe sont durablement altérés.

Se repositionner pour enseigner

Tout d'abord, l'organisation et la cohésion spatiale du groupe-classe changent : au mieux, celui-ci peut être divisé en sous-groupes en fonction des contraintes sanitaires, voire, avec des enseignés à domicile, intégrés au groupe ou au sous-groupe du jour par caméra interposée ; enseigner en « streaming » est devenu dans certains pays une des modalités de structuration du groupe-classe.

Au pire, l'enseignant est tout seul devant sa caméra, dans sa classe la plupart du temps, les enseignés chacun dans son domicile devant un ordinateur, une tablette, un smartphone.

L'entourage familial est ainsi susceptible de faire irruption dans la classe devenue partiellement ou totalement virtuelle. Parents et fratrie deviennent des témoins directs du dispositif pédagogique, des « intrus » car ne faisant pas partie des « acteurs » traditionnels de la classe.

Les conséquences quelquefois néfastes de cette intrusion amènent les établissements à mettre en place une charte de bonnes pratiques, de manière à ce que les familles s'engagent à ne pas interférer avec ce qui se passe au sein de la classe, qui a subi une extension (vers le domicile) et des transformations (du présentiel au virtuel) qui bousculent la structuration traditionnelle.

La centration sur l'apprenant, sur les savoirs et les savoir-faire est également profondément altérée, au profit de la centration sur les éléments du contexte qui deviennent une priorité génératrice d'insécurité durable. L'effet parasite est d'autant plus perturbant que ces éléments sont difficilement contrôlables et que leur durée est difficilement prévisible. L'organisation du temps pédagogique se trouve altérée, que ce soit le temps de la séance ou le temps plus long du cursus.

La position de l'enseignant est fortement ébranlée. Celui-ci n'est de fait plus expert compte tenu de la multiplicité et de la gravité de tout ce qui lui échappe et qui devient le centre des attentions, avec un impact direct sur l'organisation générale du dispositif pédagogique : le temps de la pandémie, l'ouverture ou non des établissements, la tenue des évaluations, les modalités d'enseignement (présentiel, hybride, distanciel).




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L'absence totale de contrôle des paramètres de la situation sanitaire, et l'impossibilité d'anticiper suffisamment à l'avance les événements à venir, tout cela fait que le temps court devient la référence, et l'incertitude règne.

L'émergence de la pandémie a provoqué un effet de sidération. La crise s'est installée dans la durée, la résignation et l'abattement ne sont pas loin.

Gérer les distracteurs

À partir du moment où les facteurs dus à la pandémie – y compris l'incertitude qui impacte l'organisation des différents temps scolaires – sont installés dans la durée, il faut les intégrer comme composante intrinsèque du nouveau contexte didactique.

A terme, et tant que la pandémie impose son scénario, la finalité est que l'impact des facteurs dus à la pandémie soit atténué, voire neutralisé. Mais pour que cela puisse se réaliser, il est indispensable qu'il y ait des ajustements pérennes dans le nouveau schéma des paramètres de base de « la classe ».

Tout d'abord, partir du principe que l'avant-Covid est révolu. Difficile à intégrer, certes, mais salutaire. Il est probable que la pandémie se termine un jour (ou pas !) : en attendant, on doit faire avec.




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Ensuite, il faut se demander comment faire au mieux, en intégrant ce paramètre comme faisant partie intégrante, pérenne, non négociable, du contexte. Les institutions et les enseignants qui sont confrontés à la modalité d'enseignement à distance depuis plus d'un an s'adaptent. Ils établissent des règles de fonctionnement dans ce qui est devenu le nouveau quotidien des enseignants et de leurs apprenants : ne pas suivre un cours en ligne de son lit, ou en pyjama, avec une canette de soda ; s'habiller, se coiffer, s'installer dans un endroit dédié, se mettre en situation « comme si » on était en classe. Car dans les faits, on est en classe.

Prenons le bon vieux « schéma de la communication » de Roman Jakobson : un émetteur s'adresse à un récepteur (qui peut être un groupe) pour transmettre un message à l'aide d'un canal en utilisant un code (commun de préférence). Quoi de plus simple ! Sauf que la pandémie fait voler cette structure en éclat, les distracteurs prennent une place prépondérante. Il est nécessaire d'apporter une réponse appropriée à chaque distracteur :

  • Un animal domestique dans le champ : une présence discrète peut être une source de « brise-glace » et de bien-être (des ressorts de la « câlinothérapie » par temps de crise).

  • L'entourage familial : une neutralité totale et absolue doit être exigée, y compris par une charte ou un engagement signé. Cela ne peut être négociable sous peine de remettre en cause la nature même du contrat didactique.

  • La maîtrise technique : une formation maximale fait partie des pré-requis indispensables. Enseignants et apprenants doivent maîtriser parfaitement les outils utilisés : ces éléments de contexte (le code et le canal) doivent (re)devenir totalement familiers et totalement maîtrisés par tous. De la même manière que dans une classe d'avant-Covid, on n'imagine pas un enseignant ou un apprenant ne pas maîtriser le langage utilisé pour un cours, ou la photocopieuse qui sert à reproduire les supports, ou le maniement du vidéoprojecteur, du tableau noir ou blanc, du manuel, etc., dans une classe post-Covid, on n'imagine pas un enseignant ni un apprenant ne pas maîtriser les outils numériques.

  • L'adaptation des modalités d'enseignement : un apprenant devant son ordinateur est soumis à une multitude de sollicitations. Il est parfaitement illusoire d'imaginer lui interdire l'accès aux réseaux sociaux ou à d'autres distracteurs alors qu'on ne maîtrise pas le support informatique qui est à sa disposition. Partant de là, les enseignants sont obligés d'intégrer cette dimension en faisant en sorte que les apprenants n'aient pas le temps/l'envie/la possibilité de céder à ces distracteurs.

Nouveaux réflexes

Organiser un cours post-Covid peut être bien plus chronophage et exigeant, bien plus inventif et créatif. Cela peut consister à solliciter systématiquement divers types de ressources dans la même séquence. Cela peut amener l'enseignant à une organisation temporelle différente, une séance de cours planifiée sur des périodes de temps relativement courtes et parfaitement structurées – un cours d'une heure divisé en trois ou quatre séquences par exemple, et dans lesquelles les apprenants sont systématiquement actifs, individuellement, par binômes, par groupes, sur la base d'activités spécifiquement conçues à cet effet.

Les principes de la « classe inversée », privilégiant des temps de découverte, de recherche documentaire, de consultations en ligne diverses, sont à valoriser et de nombreux formateurs ne s'y sont pas trompés qui proposent des formations en ligne à la classe inversée, depuis le début de la crise sanitaire. Car ces temps qui résultent de « l'inversion » sont des temps d'apprentissage préalables à la séance de cours elle-même.

Les paramètres spatio-temporels de la classe traditionnelle sont ainsi soumis à une extension pérenne : la classe, c'est ce qu'il y a avant, pendant, et après la séance de cours à proprement parler. Et dans un tel nouveau schéma didactique, le traditionnel cours magistral d'une ou de deux heures appartient très clairement à l'ère pré-Covid et semble pour beaucoup bel et bien révolu.

La « réception » du cours est également profondément ébranlée. Que ce soit sur le plan matériel (avoir devant soi une tablette ou un ordinateur, et son cahier ou classeur, cela exige une organisation spécifique, de l'espace, de la flexibilité pour alterner les temps dédiés au clavier et les temps dédiés au cahier), ou sur le plan des stratégies de réception et de traitement de l'information.

Écouter, comprendre, orienter son attention, exprimer son souhait d'intervenir en cours – la fameuse main de Zoom, distracteur potentiellement puissant ! intervenir en contrôlant l'ajustement vocal, le micro, la vidéo, etc., autant de sources potentielles de gêne et de décalage dans ce qui correspondait aux bonnes vieilles interactions ordinaires d'une salle de classe.

The Conversation

Laura Abou Haidar does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.


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